V. — l'œuvrb critique db sismondi
tous deux, muiually inhrestingy qu'Owen en oublia l'heure de son dîner (1). Ovven a donc dû inspirer, éclairer, ou contribuer à fortilier Topinion de Sismondi sur la gravité des faits, et sur la nécessité d une association du capital et du travail, le seul point qu'il reconnaisse avoir en commun avec les socialistes.
Mais si le plan d'une réorganisation sociale lui échappe encore, ce qu'il proclame résolument, c'est la nécessité de faire sortir TEtat lui-même de cette sphère d'intervention pureni^Tit négative, où l'école Vavait rigoureusement enserré. Avec Sismondi apparaît Tidée. qui jouera dans l'histoire de la science et dans les événements un rôle si considérable^ que PËtat a des fonctions positives à accomplir dans la solution du problème social. Si l'organisation de la société quHl étudie n'est autre chose qu'un état historique, résultat d'une évolution historique antérieure, les arrangements sociaux, au lieu d'exprimer un ordre invariable et absolu, sont d'institution humaine, Tautorité du législateur pourra s'étendre sur ce qui est le résultat de ses lois, elle pourra le modifier pour le rapprocher de la justice.
Cette intervention positive de TEtat à laquelle il faisait appel, c'était la condamnation définitive du principe du laisser faire^ du laisser passer^ déduite par le père de l'Ecole classique de sa conception abstraite d'un ordre naturel.
L'économie politique a donc bien pour lui le caractère d'une science du gouvernement ; elle ne sépare jamais la conception théorique de la pratique, elle est toujours prête à passer à l'application^ et là même elle tient compte de toutes les complexités d'intérêts, en les
(1) The Life of Robert Owen, I. p, 173.
soumeltant tous à la grande loi fondamentale de la société, à la n^cherche du plus grand bien de l'espèce humaine (1). C'est une grave erreur de penser, comme le pçnse encore Cossa, l'auteur de l'excellent Guide dans Vétude de Vvconomie politique (2), que Sismondi n'a fait aucune proposition décisive dans l'intérêt des travailleurs. Son effort persistant est de constituer une législation transitoire, qui non seulement atténue les maux de l'individualisme absolu, mais encore prépare la réunion du capital, de la propriété et du travail dissociés. L'Etat qu'il conçoit est l'organe d'un droit économique évolutif, et l'on sera surpris de retrouver dans les projets, dans les plans qu'il propose pour résoudre les questions agitées de son temps, des formes légales que nous avons vu, à près d'un demi-siècle de là, introduire dans les faits.
En étudiant Sismondi, on assiste à un effort incessant et admirable pour prolonger l'histoire vers un idéal de justice ; c'est pourquoi, historien comme Malthus, mais bien plus largement humain, il ost l'un des instaurateurs de Tinterprétation économique de l'histoire, ou de la sociologie économique dynamique ; il n'est pas un seul de ses Essais qui ne porte Tempreinte de cette puissante compréhension des événements ; plusieurs d'entre eux sont admirables de profondeur, comme ceux qu'il consacre à la campagne romaine, à l'Irlande, aux paysans gaéliques, aux colonies. Dans son Histoire de la chute de r Empire romain, il développe les causes économiques
(1) Sur tout Tensemble de la conception, v. surtout Etudes d'Economie politique de Sismondi, édit. de 1838, Bruxelles, 1, p. 41-44, p. 130-131. p. 166-169, p. 185, p. 265 et II, p. 2-3, p. 50- 59, p. 149 et suiv.,p. 166-168.
(2) Guida allô studio delVeconomia politicaf p. 234.