V. — PLAN DE l'œuvre DE SISMONDI
social est, à la fois le régulateur de toutes les grandes classes de phénomènes sociaux, et le fondement de la prospérité de tous. Les autres livres des Nouveaux Principes seront à leur tour l'illustration de cette doctrine qui en est Tàme, en constitue Tunité organique, et l'exposé des effets redoutables que la méconnaissance de Tenchaînement naturel des faits entraine avec elle. A la critique des perturbations sociales, dont il est le témoin ému, s'associe la critique de l'Ecole chrématistique, dont les principes entraînent ces perturbations mêmes. Le livre III est consacré à la richesse territoriale y le livre IV à la richesse commerciale. Par richesses territo^ rialeSy Sismondi entend les richesses qui sont acquises directement par l'application du travail au sol, ci dont Tacquisilion n'implique pas d'échange entre les producteurs : ce sont des valeurs utiles, «les utilités ; par richesses commerciales, il entend les richesses qui ne s'acquièrent que par des échanges, et ne s'appliquent à la satisfaction des besoins qu'au moyen d'échanges : ce sont les valeurs échangeables. Il ne faut donc pas voir là la richesse de la classe de^i commerçants, ni môme de distinction rigoureuse entre la production agricole et la production industrielle, car les produits agricoles deviennent, au sens de Sismondi, des richesses commerciales dans la mesure où elles sont acquises par l'échange et destinées à l'échange. C'est dans ces deux parties que Sismondi développe, avec le plus de profondeur, ses vues sur Tinfluence que la répartition du revenu exerce sur la prospérité des nations. Il faut joindre à ces deux livres les divers Essais presque tous admirables, qui se rapportent soit à la situation des classes agricoles dans différents pays, soit à la situation des ouvriers des manufactures. C'est là aussi queSismondi étudie le rôle positif de l'Etat,
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l'action que doit exercer le législateur pour assurer la prospérité commune, action beaucoup mieux définie par lui dans l'agriculture, ce que Ton n'a pas assez remarqué, que dans les manufactures. Sismondi s'est d'ailleurs préoccupé à un bien plus haut degré de la richesse territoriale qu*Adam Smith, et à cet égard il se rattache beaucoup plus directement aux Physiocrates. Les deux derniers livres des Nouveatcx Principes de Sismondi, V et yi, sont consacrés à Timpôt et à la population : leur rapport avec le revenu social est nettement indiqué ; de tnème que Timpôt a pour assiette et pour limite le revenu, de môme c'est la distribution du revenu qui règle le mouvement de la population, aux yeux de Sismondi. Dans cette dernière partie de son œuvre dont l'objet, la population, n'a pas été abordé par Adam Smith, Sismondi s'applique à rectifier la doctrine de Malthus auquel il rend un éclatant hommage. \ii le rôle du législateur, dans la solution du problème de la population, est encore d'assurer la plus juste répartition du revenu. C'est ainsi que nous apparatt Tunité de composition de celte œuvre à la fois si large, si simple et si puissante, et dans laquelle l'Economie politique est toujours associée à la philosophie de l'histoire, et pénétrée du sentiment le plus profondément humain qui ait jamais fait palpiter l'œuvre d'un philosophe.
§ 8. La Statique économique de Sismondi. — Essayons maintenant de nous rendre compte de l'idée maitresse de Sismondi, de sa théorie fondamentale de l'ordre naturel de la richesse, en empruntant ses éléments essentiels aux différentes parties de l'œuvre, et non pas seulement au livr.* II, A'^. P. Sismondi déclare à diverses reprises (1), qu^* \d question fondamentale de V Economie
(1) Etudes, I, p. 66, Bruxelles, 1838.