‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 139 sur 220 · Y. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES · texte numérisé non relu

Y. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES

participer le travail à la propriété, qui donne un point d'appui stable à la propriété des bras et des facultés, qui harmonise des intérêts dont Taccord spontané lui paraît impossible.

. Il y a, dans la correspondance de Ricardo^ un passage important qui témoigne de Tinfluence que Sismondi a exercée sur lui, en même temps que de l'irréductibilité du conflit. Il écrit à Trower après son retour de Genève : « M. Sismondi a de larges vues, et il est sincèrement désireux d'établir les principes qu'il conçoit comme les plus propres à conduire au bonheur du genre humain. Il soutient que la grande cause de la misère de la masse du peuple, dans tous les pays, c'est l'inégale distribution de la propriété qui tend à abrutir et à dégrader les classes inférieures. La voie pour élever Thomme, pour le préserver de Taccomplissement de mariages inconsidérés, c'est de lui donner la. propriété et un intérêt dans le bien-être général, jusque-là nous serions bien d'accord, mais lorsqu'il soutient que l'abondance de la production causée par les machines et par d'autres moyens est la cause de l'inégale distribution de la propriété, et que la fin qu'il poursuit ne peut être atteinte aussi longtemps que cette production abondante continue, là, je pense, il méconnaît complètement la question, et il ne réussit pas à montrer la connexion de ses prémisses avec sa conclusion (i). » Ricardo reconnaissait avec Sismondi^ dans l'inégale distribution de la propriété, la cause de la misère, c'est là un fait d'un grand intérêt ; l'illustre économiste mourut moins d'un an après, qui sait s'il ne se fût pas rapproché davantage de Sismondi ? Ce n*est pas dans la productivité des machines que Sismondi place la cause

(1) Letters of Ricardo to Trmer, 14 déc. 1822, p. 195-196,

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de l'ioégalité ; il la place dans les institutions juridiques ; elles succèdent à celles où les membres des métiers étaient associés à la propriété de leur industrie, où les métayers, les censitaires, les fermiers étaient associés à la propriété du sol. Cette association est rompue; les forces du travail, sans lien avec la propriété, s'opposent dans un régime de concurrence sans frein, d'insolidarité, absolue, aux forces du capital débarrassé de tous liens légaux on coutumiers de protection à l'égard du travail. C'est donc encore dans le droit qu'est le problème, qu'est la division des Ecoles : Sismondi conçoit les machines au service d'intérêts harmoniques, elles ne sont pas par ellesmêmes causes d'inégalité, mais, avec une concurrence anarchique, elles^ portent à l'extrême les effets de la dissociation du capital et du travail, et accélèrent la concentration de celui-ci par la défaite des plus faibles dans la lutte.

Malthus comme Sismondi combattait l'optimisme de l'Ecole de Ricardo, il ne reconnaissait pas que la production se créât par elle-même une demande ; il admettait que le capital put être surabondant relativement aux emplois assurés à un moment donné, et aux débouchés ouverts aux produits ; il établissait que les besoins des classes productives ne se développent pas aussi rapidement que la puissance productive des capitaux ; il admettait dès lors comme possibles des ruptures d*un caractère général, dans la balance de la production et de la consommation (i). Il concluait par suite à la nécessité du développement d'une classe adonnée aux services personnels, d'une classe de travailleurs improductifs rétribuée soit

(l) Malthus, Principes d'Economie politique, édit. Guill., p. 322 et p. 364. Sismondi, Nouveaux PrineipeSj édit. de 1827, H, p, 440.

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