‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 15 sur 220 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DB GODWIN ET CONDORCET · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DB GODWIN ET CONDORCET

faits aux théories économiques de la valeur et de la répartitioa des richesses.

Cependant non seulement Godwin ne songe nulle part à en appeler à la force pour faire disparaître ces inégalités, mais il attend des seuls progrès de la raison leur redressement (1).

Dans les chapitres où il combat les objections au système d'égalité, il déclare qu*à la vérité des soulèvements hâtifs peuvent s'abriter sous le principe de l'égalité, mais que c'est seulement une claire et calme conviction de la justice, de la justice mutuellement rendue, du bonheur que Ton répandra par l'abandon des habitudes les plus enracinées, qui peut assurer Tinvariabilité à un pareil système (2). La méthode efficace pour hâter le déclin de Terreur et pour produire l'uniformité des jugements n'est pas dans la force brutale, mais au contraire elle consiste à enseigner à chacun à penser par luimême (3).

Les bienfaits que Godwin attend (4) de Tinstauration d'un système d'égalité appartiennent à l'ordre intellectuel et moral ; c'est la disparition des maux inhérents à Tmégalité : tels que les sentiments de dépendance, de servilité, l'influence qu'exerce sur le jugement le spectacle de Tinjustice, et sur les aspirations légitimes qu'elle étouffe, la perversion du jugement qu'elle détermine. La richesse héréditaire est une prime payée àla paresse, une immense annuité dépensée pour retenir l'humanité dans la brutalité et l'ignorance (5). L'inégalité décourage le déve-

(2) II, p. 475.

(3) II, p. 493.

(4) Liv. VIIÏ et chap. m.

(5) II, p. 452.

loppement intellectuel, et au point de vue moral, l'avènement de Tégalité ferait disparaître les causes générales du crime, car la source féconde du crime est dans cette circonstance qu'un homme possède en abondance ce dont un autre est privé (1).

Dans les longs chapitres qu'il consacre à la défense du système d'égalité des conditions et, comme il le dit, de l'égale admission aux moyens de développement et de jouissance, c'est toujours au point de vue moral qu'il se place.

La difGculté d'établir ce système dérivant de la fragilité de l'esprit humain, cédera devant le puissant développement del'intelligence, qui est la condition essentielle de l'avènement de l'égalité (2). Son instabilité ne serait à redouter que s'il était instauré par la force et qu'on s'efforçât de le maintenir par une législation positive, et nous le savons, il ne peut être que le résultat de convictions sérieuses et bien délibérées, et d'un large développement de l'opinion publique (3). Les séductions de la paresse ne pourront non plus prévaloir contre la justice car elles seront conjurées d'avance par les progrès de la raison, et d'ailleurs le travail sera singulièrement réduit dans le régime d'égalité. Godwin revient deux fois sur l'extraordinaire réduction du temps de travail qu'il comporte : il révalue au vingtième du temps de chaque homme, à environ une demi-heure par jour (4). Mais pour comprendre la pensée du réformateur, il faut songer qu'il se place dans Thypothèse d'un Etat où règne la plus rigide

(3) II, p. 471.

(4) P. 478 et 487.

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