‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 16 sur 220 · LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCKT · texte numérisé non relu

LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCKT

simplicité^ « the most rigid simplicity » (1). Le système imposera-t-il une contrainte inflexible à l'individu et déchainera-t-il l'esprit de révolte? est-il incompatible avec Tindépendance personnelle? Là Godwin s'élève contre tout communisme autoritaire, faisant de Tindividu un instrument passif. Il condamne môme la coopération, te travail en commun autant que la consommation en commun et la cohabitation.

c( La réponse évidente à cette objection est que, raisonner ainsi, c'est prévoir des difGcultés à grande distance. Les trois quarts du globe habitable sont encore soustraits à la culture. La partie déjà cultivée est susceptible d'améliorations illimitées. Des myriades de siècles de population toujours croissante peuvent s'écouler, sans que la terre cesse de suffire à la subsistance de ses habitants. Qui peut dire les remèdes qui se suggéreront eux-mêmes pour des dangers aussi distants de nous.... » (2)

II va même jusqu'à penser que la combinaison des ef* forts qu'exigent des travaux comme ceux de l'abattage d'un arbre, du creusement d'un canal, de la manœuvre d'un navire, disparaîtra peu à peu par les progrès des machines (3). 11 ne parle qu'en passant de la division du travail, il ne cite Adam Smith que cette fois et l'appelle écrivain commercial {commercial writer) ; les progrès de la division du travail sont dus surtout au luxe, et elle entraine assez de maux pour qu'on la réduise en sacrifiant toutes les superfluités du luxe (4).

Godwin déploie toutes les audaces de son génie, et

(2) PoliticalJu$Hce, W, 510.

(3) II, p. 494.

déroule toutes les splendeurs de ses aspirations, dans sa réponse à l'argument admis par Wallace, que le système donnerait Tessor aune population excessive dépassant les subsistances.

Il refoule d'abord dans un avenir lointain Thypothèse d'un excès de population relativement aux subsistances ; mais la perspective d'une limite à la puissance productive du sol ne le fait pas reculer.

Le génie de Godwin ira en effet jusqu'à prévoir la synthèse totale des principes immédiats de nos aliments.

Mais le puissant idéaliste ne s'arrête même pas à cette argumentation déjà décisive à ses yeux, et qui sera plus tard opposée encore à Malthus. C'est dans Tintimité de l'évolution de l'esprit qu'il poursuit la découverte des conditions mêmes de l'équilibre.

L'esprit deviendra un jour tout puissant sur la matière, avait dit Franklin. C'est la môme foi qui guide Godvvin. La préoccupation psychologique qui traverse tout son livre est de transformer graduellement les actes inconscients et involontaires, les actes réflexes en actes volontaires. 11 admet que la volonté humaine parviendra à exercer une action régulatrice sur bien des fonctions qui lui échappent, par exemple f^ur la circulation du sang : il admet que la science nous permettra sinon de triompher de la mort, du moins de la retarder de plus en plus ; semblablement la discipline morale que nous nous imposerons à nous-mêmes vaincra flnalement nos appétits sensuels ; de telle sorte que lorsque la terre se refusera à porter une population plus considérable que celle qui aura réussi à subsister, cette population cessera probablement elle-même de se reproduire. 11 y aura un peuple d'hommes sans enfants (1).

(\) Livre VIII, ch. IX, p. 321.

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