‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 154 sur 220 · V. — l'œuvre critique et organique de sismondi · texte numérisé non relu

V. — l'œuvre critique et organique de sismondi

s'associant ses enfants, la classe des paysans propriétaires ne croîtrait que jusqu'à ces limites naturelles où tout accroissement nouveau s'accompagnerait d'une déchéance dans les conditions de la vie ; il ne se formerait pas de classe salariée, il n'y aurait pas de pauvres qui pussent être mis à charge de la bienfaisance publique. 11 a plu aux propriétaires de cesser de cultiver les terres, de les faire cultiver par des fermiers, et les grands fermiers à leur tour ont cessé de travailler de leurs mains, pour faire exécuter Touvrage par des journaliers sans attache à la terre et sans garanties ; obéissant à leur intérêt, les propriétaires et les fermiers tendent à économiser le plus possible la main-d'œuvre, et à obtenir le travail au plus bas prix possible, ou livrant les journaliers à une concurrence sans frein. La bienfaisance publique recueille les victimes de ces luttr^, c'est-à-dire qui' tous les membres de la communauté, rm' me tous ceux qui n'ont jamais employé d'ouvriers contribuent à alléger les charges de ceux qui emploient le travail delà classe ouvrière, et l'exploitent, l/intérôt social estdonc atteint par le conQit des intérêts privés. Cependant, de la division des intérêts privés et des classes, il naît entre elles une solidarité naturelle, puisque l'existence des journaliers salariés est devenue la condition de l'existence des capitalistes propriétaires, et réciproquement ; de cette solidarité, le législateur a le droit, dans Tintérôt social, de déduire la conséquence légitime, et' cette conséquence, c'est d'obliger le propriétaire et le fermier à assurer euxmêmes l'entretien des travailleurs salariés qu'ils emploient, dans leurs maladies, leur chômage, leur vieillesse.

C'est de cette obligation générale imposée par la loi, que Sismondi fait dépendre la direction nouvelle que

382 DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA SCIBNGB DBS RICHESSES

prendra l'intérêt des classes propriétaire et capitaliste. Elles chercheront, en effet, à accomplir leur obligation de ]a manière la moins lourde pour elles-mêmes et pour la société, et elles trouveront bientôt que le moyen le plus sûr est de donner aux travailleurs un intérêt permanent dans la propriété, une part directe dans les profits de Tentreprîse (1). Chacun alors n'écoutant que son intérêt bien -entendu, et Técoutant sans contrainte, se rapprochera des systèmes que Sismondi lui-môme a montrés être les plus propres à répandre le bonheur dans toutes les classes de la nation. On voit comment Sismondi espère reconstituer Tunité des facteurs de la production comme un résultat indirect de l'action de. la loi.

La même solidarité naturelle existe entre l'ouvrier des manufactures et l'entrepreneur capitaliste qui l'emploie, et elle est cependant aussi profondément méconnue, et les intérêts privés suivent une direction aussi contraire à l'intérêt social que dans la culture(2). a Pour la société, en effet, une manufacture ne vaut la peine d'être exploitée, que quand elle peut maintenir ses ouvriers dans un étal de tolérable aisance ; pour le chef de la manufacture, il suffit qu'elle rapporte des profits, dussent ses ouvriers languir et périr de misère. » Là encore, dans le régime d'insolidarité universelle, l'ouvrier renvoyé dans la maladie, la vieillesse ou la saison morte, retombe à la charge de la charité publique. Si la loi, déduisant ici encore la conséquence de la solidarité naturelle qui lie le maître à rouvrier,imposaità chaque métier l'obligation de supporter son propre fardeau, on pourrait à la fois mettre un lerme aux souffrances de la classe ouvrière, à l'excès de

(1) Nouveaux Principes, II, p. 355.

<2) Nouveaux Principes^ p. 359.

Page 1