‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 159 sur 220 · VI. — ROBERT OWBN 38l · texte numérisé non relu

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la réaction qu*elle accomplit contre Véconomie politique classique^ c'est que l'opposition sur les fondements psychologiques, moraux, juridiques, même physico-biologiques de leurs conceptions, a été non seulement consciente et nettement définie par lui, mais même l'objet Jincessances controverses avec Ricardo et Malthus, dans une cordiale intimité que nul, jusqu'ici, n'a songé à mettre en lumière ; et, chose piquante, dans ces débats, R. Owen apparaît comme le génie expérimental, fort des résultats accumulés de Tœuvre à la fois industrielle et pédagogique de New Lanark, luttant contre les défenseurs de pures théories abstraites.

Après Texpérimentation de New Lanark, après la publication des Essais sur la formation du caractèrCy le nom d'Owen avait appelé l'attention de tous les esprits éclairés ; on s'explique que parlant lui-même de la période de 1810 à 1815, il cite dans son autobiographie une longue liste de personnages avec lesquels il était en rapport. C'est là qu'on lit ce passage: « Je ne dois pas oublier mes amis parmi les économistes : MM. Malthus, James Mill, Ricardo, James Makintosh, colonel Torrens, Francis Place. Avec ces économistes, j'étais, dans des discussions souvent animées, toujours en dissentiment; mais ces débats furent maintenus jusqu'à la fin dans un grand sentiment de bienveillance mutuelle et de cordiale amitié. C'étaient des esprits libéraux pour leur temps, amis de l'éducation nationale du peuple, mais opposés à l'attribution nationale d'un emploi pour les pauvres et les inemployés, et à la plus grande production de richesse réelle, ce qui me surprenait, moi, chez des hommes professant le désir de voir produire la plus grande masse de richesses, étant évident que cela ne peut être effectué que par l'industrie bien dirigée de tous

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etentoot temps. Je fns toujours impuissant à me rendre compte de la ténacité avec laquelle ces hommes, d'une capacité naturelle coDsidérable, résistaient au principe à* assurer une occupation productive à tous^ et je ne pouvais me l'expliquer que par cette constatation que j'ai faite, que parmi les modernes économistes il ny aoait pas . un homme pratique. Leurs vues et leurs faux principes ont dirigé l'administration de ce pays, et ont influencé l'opinion publique pour le siècle tout entier, et on ne trouverait pas une existence plus artificielle et plus misérable, plus d'hypocrisie dans une société en dépit de sa splendeur de surface, que dans la Grande-Bretagne et l'Irlande. » (1)

Owen note ces traits intéressants que ses fréquentes discussions avec Malthus semblaient avoir ébranlé celui-ci, et que M^* Malthus y prenait toujours sa défense contre Malthus même.

Plus tard, au moment le plus solennel de sa vie, où les plans réformateurs d'Owen sont soumis à l'opinion publique, au parlement même (1817-18t8), il revient sur ses contradicteurs illustres : € Il y avait à cette époque quelques esprits puissamment doués par la nature et aelib, parmi lesquels Malthus^ J. Mill, Ricardo, le colonel Torrens, Hume et Place: ils formaient avec quelques avtres la nouvelle école des modernes économistes^ et c'est ainsi qu'on les désignait. Ils étaient tous bien inten* tiennes^ habiles, pénétrants, des raisonneurs serrés et de grands discoureurs sur un faux principe, et c'est ce qui me fait songer à ajouter à leur liste Jérémie Bentham et le D' Bowring, qui étaient des membres éminents de eette nouvelle école. J'étais dans Fintimité

(I) Awiofnographg, i, p. 113.

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de tous et en termes amicaux avec eux. J. Bentham était d'ailleurs l'un de mes associés à New Lanark et son ami^ le D' Bowring, disait même que c'était là son uniqfue spéculation lucrative... Avec ces hommes réellement ingénieux et sans nul doute bien intentionnés, j'avais Jour par jour de nombreuses discussions, mais conduites par chacun d'eux de la manière la plus amicale, et le plus souvent en déjeunant avec eux, et avant que les affaires de la journée commençassent pour eux. J'étais très désireux de les convaincre que l'organisation natio* nale de l'emploi et de l'éducation de tous pourrait seule créer une population qui, d'une manière perma-nenle, serait rationnelle, intelligente, riche, supérieure,et que ces résultats ne pourraient être atteints que par un arrangement scientifîque du peuple, uni dans des villages convenablement construits, villages d'unité et de coO" péraiion comme je les appelais alors. Eux, au contraire, étaient fort désireux de me convertir à leurs projets d'instruire le peuple sans lui assurer d'emploi national unitaire, et en s'en tenant au moyen de la concurrence individuelle. On peut appeler le premier système le système de V attraction universelle, l'autre celui de Vuniverselle répulsion. J'étais trop homme d'affaires et trop versé dans la connaissance de la nature humaine, pour ne pas être frappé puissamment de Timpossibilité de réussir à améliorer d'une manière permanente, par des demi-mesures, les conditions d'une population ; aucune population ne peut être rendue bonne, intelligente, heureuse si ce n'est par une éducation rationnelle et un em* ploi utile, donnant un égal exercice au corps et à l'esprit dans des conditions salubres. Ces économistes, toujours en activité, défendaient la thèse de l'individualisme avec un système d'éducation conforme aux notions d* alors sur

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Finstructioa nationale des pauvres, et avec Textension illimitée de la responsabilité individuelle dans la conduite à travers la vie. Ce qu'il y avait d'esprits dits avancés et libéraux était décidément en leur faveur, aidés aussi par les préjugés de tous les âges antérieurs: et ils réussissaient à convertir le gouvernement et le public à leurs idées et à leur pratique. » Dans son amertume, Owen va jusqu'à regretter rancienne aristocratie, plus humaine pour les pauvres placés plus étroitement en leur dépendance; « Le gouvernement, pénétré des idées 5ayw fondement expérimental des économistes modernes^ imagina les plus rigoureuses mesures, en faisant des lois contre les droits naturels des pauvres et des classes ouvrières, et en faveur des riches et des puissants. »

Comme Sismondi, et avant Sismondi, Owen condamne sans merci cette Economie politique abstraite, cette Chrématistique où la richesse semble être la Gn poursuivie par la science ; comme Sismondi et avant Sismondi, il ramène au premier plan l'homme, sa participation à tous les avantages de la richesse qu'il produit, la considération de son bonheur; pour lui comme pour Sismondi, l'Economie politique s'assujettit définitivement à l'Ethique, mais la conception hédoniste de la morale acquiert chez Owen une ampleur qu'aucun de ses contemporains ne lui a'donnée, et l'audace de ses solutions, qui atteignent jusqu'aux fondements mêmes du droit, fera reculer Sismondi. Owen tente d'embrasser en effet, dans un effort de synthèse : d'une part, les conditions subjectives et psychologiques, de l'autre, les conditions objectives ou économico-juridiques, de ce formidable problème. Le principe de la nature humaine dont il parlait tout à l'heure est celui de l'influence souveraine du milieu sur le caractère humain ; il restera l'idée mai^

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