‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 160 sur 220 · VI. — ROBERT OWEN · texte numérisé non relu

VI. — ROBERT OWEN

tresse de toute son œuvre théorique et pratique : ce sont les circonstances du milieu social qui forment le caractère humain, qui détermineot toutes ses dispositions bonnes ou mauvaises ; de là deux conséquences décisives : d'une part, la responsabilité de Tindividu disparaîtra derrière la responsabilité sociale, et le principe de Tirresponsabilité individuelle se dressera, dans sa rigueur absolue, devant l'individualisme absolu de Malthus et de Ricardo, qui fait peser sur l'individu toutes les conséquences de son caractère et du milieu social, et qui consacre dans la question sociale l'abstention complète de la société, le laisser faire; la seconde, c'est la possibilité, par un effort collectif sur le milieu, par une action éducative dont il a lui-même donné le glorieux exemple, de transformer le caractère individuel; après avoir reconnu qu'il est dû tout entier aux circonstances, pourquoi la société ne se rendrait-elle pas maîtresse des circonstances mêmes, et n'assurerait-elle pas le développement normal des individus et de l'espèce humaine, le plus propre à leur donner le bonheur?

D'autre part, le problème de statique économique qui domine toute l'œuvre de Sismondi, comme celle de Ricardo, de Say,'de Malthus, pèse aussi de tout son poids sur la pensée d'Owen; c'est là, là surtout qu'il se séparera des économistes, de Sismondi lui-même, c*est là qu'il sera porté à des solutions radicales; le retour périodique des ruptures d'équilibre entre la production et la consommation, la généralité qu'il assigne aux crises de surproduction entraînant pour les travailleurs ces alternatives d'activité fiévreuse et de chômage absolu, dont il a le spectacle sous les yeux, ce rythme terrible de la grande industrie naissante lui proposeront comme objet prépondérant de recherche : la stabilité, la sécurité, la conti-

noité de l'emploi pour tons : de là cette contribution à la reconstitution pacifique et progressive de la société économique dans ses éléments, de là ces villages de coopéra* tion mutuelle, alvéoles d'une société nouvelle, oignes ultimes de l'équilibre de la production et de la consommation, destinés à mettre le travail définitivement à Tabri de toutes les Quctuations du marché^ de tout risque de chômage. De là l'essai d'une transformation du régime monétaire et d'une constitution de la valeur ; de là cette apparition d'un Droit économique nouveau, transformant la propriété individuelle, appelant tout travailleur à participer à la propriété commune des instruments de travail et de la terre, exprimant, par son universalité même, l'universalité et la constance des garanties qu'il donnera au travail.

Rattachant non seulement une psychologie économique plus complexe, plus concràte, mais une véritable Ethologie naissante, à l'économie politique, à un droit nouveau,à une politique sociale nouvelle,rœuvre d'Owen appartient à l'histoire de la Sociologie. Il suffirait pour s'en convaincre d'exposer le plan de ses écrits les plus étendus : ses Essais sur le principe de la formation du caractère {Essays on the principle of ihe formation of characier)Qi\Q Livre du nouveau monde moral [the Book of the new moral world). Ce second ouvrage, le plus considérable d'Owen, n'est en réalité qu'un élargissement du premier: mieux qu'aucun autre, celui-ci permet de saisir la conception sociologique d'Owen.

Sargant remarque qu'il est difficile de fixer la date de la publication originaire de cet ouvrage d'Owen ; il avait l'habitude de réimprimer ses ouvrages de temps en temps sans indiquer les éditions* L'exemplaice de Sar* gant porte la date de 1849.

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Dans l'exemplaire que je possède, les trois premières parties poKentla date de 1&42, les quatre dernières celle de 1844. Tout me fait croire que les trois premières» parties sont des réimpressions, les quatre autres sont l'édition originale. Ce qui achève de me fixer c'est quela dédicace placée en tête de la première partie porte la date du 1^' août 1836, elle est faite à Guillaume lY, roi d'Angleterre. Les trois premières parties sont probablement de cette époque, elles auraient été réimprimées ea 1842 et les autres parties ont suivi en 1844.

L'œuvre comprend donc sept parties dont l'enchatue-^ ment est assez rigoureux.

La première partie s'applique à Thomme individuel ; elle a pour objet l'étude de la constitution morale d& l'homme, destinée à servir de fondement solide à toute Torganisation sociale. Elle est la plus essentielle de toutes. Si elle n'est comprise, dit Owen, la seconde partie restera une page obscure.

La seconde partie se rapporte à la société, elle a pour titre VEiai social de Vhomme. Si la première expose les lois de la nature humaine et de la formation du carae^ tère de Thomme, celle-ci recherche les conditions sociales ou extrinsèques de son développement qui s'ac» cordent avec les lois de sa nature et lui permettent d'atteindre le bonheur-, ce sont les conditions économiques de la production, de la distribution des richesses et celle de l'éducation ou de la formation du caractère.

La troisième partie se propose pour objet la recherche des éléments intrinsèques du bonheur que l'homme social se propose comme la fin à atteindre, et qui, poursuivie par l'universalité des êtres humains, doit être rendue accessible à tous.

La quatrième partie a pour objet la religion ration-

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nelle et la morale de TEtat nouveau. La religion rationnelle à laquelle Owen propose comme objet pratique à atteindre le bonheur de la race humaine tout entière, c'est la communauté des sentiments dans une fin commune à poursuivre, c'est la condition morale de la réalisation de cette fin.

La cinquième partie a pour objet l'ensemble de la science sociale, conception synthétique qui embrasse les principes de la science de la production des richesses et de leur distribution, ceux de la formation, du caractère de rhomme> et enfin ceux du gouvernement de la société. L'ordre des matières révèle la subordination fondamentale du développement moral de l'homme aux conditions économiques, dans lesquelles ce développement s'accomplit.

La sixième partie se rapporte à la constitution même du gouvernement dans la société naturelle, et à Tensemble de la législation, au code des lois à formuler pour assurer le bonheur commun. Elle embrasse, outre le système de ces lois basées sur la nature, les motifs de leur adoption, et l'exposé des conséquences que leur application doit produire sur la population du inonde. ' La septième et dernière partie de l'œuvre embrasse les conclusions déduites de tous les principes exposés dans les autres parties, et leur application à l'état actuel de la société.

Connaître la nature humaine et ses lois, la fin que l'homme poursuit : le bonheur, ses éléments ; rechercher les conditions sociales de sa réalisation : économiques, intellectuelles et morales, politiques, tel est l'objet du Livre du nouveau monde moral, ou plutôt de la Bible d'un nouveau monde.

La composition de l'œuvre présente, dans toutes ses

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