VI. — ROBERT OWBN
circonstance mémorable. En 1806, un conflit amena les Etats-Unis à mettre un embargo sur le coton. L'industrie cotonnière s'arrêta brusquement en Angleterre : les ouvriers furent renvoyés partout, mais à New Lanark, les salaires pleins continuèrent à être payés, bien que les ouvriers n'eussent rien à faire qu'à entretenir les machines. L'embargo dura quatre mois, les salaires payés pendant ce chômagç furent de 7000 ^ ; mais la conSance unit désormais le maître et les ouvriers.
Cependant si Owen triompha de ce côté de l'opposition, il rencontra chez ses associés des résistances insurmontables. C'est ainsi qu'il proposait d'augmenter de SOOO £ les dépenses d'édncsiiion, soutenant que Vefficaciié plus grande du travail rembourserait sûrement cette dé* pense. Il ne réussit pas à convaincre ses associés : l'association fut dissoute.
On mit rétablissement en vente et Owen fonda une société par actions pour le racheter. C'est alors qu'il fit circuler, pour recueillir des adhérents, des exemplaires de son premier ouvrage : Essays on the principle of the formation ofthe human character (l).Ces essais sous leur forme définitive furent au nombre de quatre : le premier, écrit en 1812, fut publié en 1813 ; le second fut écrit et publié en 1813 ; les deux autres écrits^ et mis en circulation dès la même époque, ne furent mis en vente qu'en 1816. Bentbam souscrivit une part dans la nouvelle société.
C'est le 1«^ janvier 1816 qu'Owen inaugura les installations de New Lanark. L'adresse qu'il lut aux habitants nous est conservée (2) ; la pensée maîtresse est dans le
(4) Voyez, sur ce point, la note d'Owea lui-môme,Li7e o/' Ouj<?«,. I,p. 256. Les quatre essais sont réimprimés dans le même volume.. (2) Life of Owen, f, p. 337 et suiv.
•tM) DBUXIÈMB ÉPOQDflL — Ul SCIBNÛB D8S RICHESSES
titne mèiiie : An addregs deliDered 4o 4ke inhéAilanU of liewLanarkyot iheopening ofihe insiitulion «iahlidèed fwr the formatùm of Chartieier. La mami&etureékpparaU <M»mHfte transformée en «ne «ntr^prtse de «oUiu^e morale, >«yaat pour objet k foniuition «Lu ^canaotère « c'est «n étft- Urissemeat modèle que K. Owea propose Ji rimitaUoa «des chefs dladustrie, à l'approbalioa du législateur ; il veut montrer aux maîtres manufacturiers^ une applica^ 4ion pratique f sur une échelle -assez grande^ des méthodes JMW lesquelles ie caractère et la situation des ouvriers des ^manufactures peuvent être maiériellewient éunéliorés^ non seulement sans sacrifice pour les maîtres, mais en leur jossurmu de grands et suksîairUiels avasUa^ges. — Il veut, far cet exemple^ amener le législateur anglais à adopter Ses lais telles que les mêmes avantages soient assurés à Joutes les parties de la population, (1) La tendance A «niversaliserles résultats de ses expérimentations éclate 4ans ce passage» et marque les traits essentiels du génie pratique d'Owen. On le retrouvera partout le même, et •c'est ainsi qu'il passe de la philanthropie pure à un droit nouveau.
Dans son institution régénératrioe, Owen recevait Teafant dès le moment où il pouvait marcher : i dix ans, il «entrait dans ia manufacture, mais on lui donnait un eatseignement complémentaire. Le système d'éducation ^tait inséparable de Tam^ioration du sort des enfants dans rindustrie^ et c'est ainsi que s'élargit encore la pensée d'Owen, et qu'elle s'étendit à la législatioQ du travail.
Trois écrits importants s y rattachent dès cette épo- <jue : (2) ses Observations sur Pindustrie cotonnière,
<1) New Laanark addresiy tM, p. 34a«
(2^ Observations of the colton trade^ 1815» Lifê^Owen^ II, p. 13.
janvier 1815 .;sa,iiroq9iOfiitifm pour réglemfiDtter lafiiifiuras de travail dans les usines et fabriques, telle qu'elle iat origmairement luréseDlée «en 1815 4 eee ohfiervations sur ilfis effets An «•jalènie des nianii{aotiure&, a^^c son avis «finr rjLmélÎQration de fielles de ses parties qui sont les '{flus ppéjadiciablee à la santé et à la flkorale, 1815. — Deux écrits poetériears aohèvect d'édaiirerfies tentatives Ae 'Péfomue : sa Jbeitre à Lo9'd Livef;ppai isur remploi des mifanis dans.les manufadures^ 20 jnars 181&, et sa LMre amverie aux maîtres manufaoturiers.wiir\e.m^mkË objr&ty •SO mars 181£ (1)« jLà^aiicore éclate sa (tendance à la géjnéralisaticm progressive ^e l'application d'iun principe. Dans le grand duel entre la France et rAnglelenre, f^nand on représentait à Pitt que l'élévation du taux «des :Balairefi empêchait les manufactures de payer les taises^ *on loi a prêté oe mot terrible : Prenez les enfants, Onia «contesté le jnot, maispeiit-ètre a-t-.il an ontné les avantages égoistes de Temploi prématuré des enfants dans rindnadrie (2). L'enfant était miens: approprié que Tiidiftlteà ceriaîns travaux, et Tenfant présentant .moins de résistance an maître le rendait plus indépendant du travailleur dans lies transformations mécaniques. L'on vit alors les con« séquences du laisser- f aire ^ du lai^ser^passer^ ou, conune îl'a dit le duc d'Argyle, les conséquences du travail par troupes, sous Tempire des lois naturelles et saais restrictions des Institutions positives. Les heures de travail étaient excessives. La anachine^ infatigable et sans repos,
M^'Owen^s bitl for regalating fhe hours x)f works in mills aud factories, etc., p. 28. Obsenations of'the effects of the mauufaoturiag System, ibid , p. 37.
(i) Letier to the Earl of Liverpoolon the employraent of childrenon manufactories march 20. st., 1888, Life of Owen, II, p. •183. — Letter to master nranilfacturers p. 197.
i(2) WEfjTEiXY GoofKE Taylor, Factori^ System, p. 180 suiv.
ne tenait point compte de l'épuisement des forces humaines.
Les administrateurs des pauvres confiaient aux manufacturiers de Manchester et d'autres villes des groupes d'enfants, dont le sort était livré à la direction de ses maîtres. Dans bien des cas, au dire de l'historien des fabriques, Alfred, leur travail n'était limité que par l'épuisement de leurs forces^ après que de nombreux modes de torture avaient été employés pour les maintenir dans une continuelle action... Aux périodes d'activité, les lits de ces enfants n'étaient jamais refroidis,les machines marchaient jour et nuit, et aussitôt qu'une moitié du nombre des enfants se levait pour se rendre au travail, l'autre moitié prenait sa place dans les lits. Jevons a rappelé les mêmes faits dans son volume sur l'Etat dans ses rapports avec le travail. — Les premières mesures destinées à contenir le système sans règles des manufactures sont de 1802 : l'acte relatif à la santé et à la moralité dans les manufactures s'applique principalement aux apprentis et aux manufactures de coton. Il limite la durée du travail à douze heures^ comprises entre six heures du matin et neuf heures du soir. Ce fut le premier monument de législation réfrénant le laisser-faire dans l'industrie.
C'est le développement de cette législation protectrice qu'il faut rapprocher des propositions de Robert Owen. Celui-ci s'était engagé dès 1812, avec beaucoup d'ardeur, dans la grande controverse sur la législation des fabriques» en se plaçant du côté des travailleurs ; en 1815, il entreprit avec son fils Robert Dale Owen, un voyage à travers l'Anglelerre et l'Ecosse, en vue de recueillir des témoignages sur les conditions des enfants employés dans les manufactures. Robert Dale Owen rapporte que les faits observés par eux étaient terribles^et au delà de toute croyance.Dans