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VI. — LA STATIQUE D'OWEN

et à répondre victorieusement aux craintes de Malthus. j

C'est là qu*il embrasse encore Tensemble de ses agrégats communautaires dans la lari^e division du travail d'une société organisée, et qu'il tente pratiquement la constitution de la valeur d'échange fondée sur le travail, la transformation du système monétaire et rétablissement du labour exchange : ici c'est à Bicardo qu'il se rattache, c'est sapefîsée abstraite qu'il veut projeter dans le monde réel. Le système rationnel ou plutôt la statique rationnelle d'Owen est alors définitive.

En 18 17» le plan d'Owen consistait à réunir dans des villages coopératifs, d'une superficie moyenne de 1 200 acres, près de 500 hectares, une population de travailleurs indigents de 500 à 1500 âmes, 1000 en moyenne (() ; en 1820, à une population de 800 à 1200 indigents, il aiTectait un domaine do 800 à 1500 acres. (2) Ce mode de réaliser la balance de la production et de la consommation devait éloigner Ovven non seulement de Ricardo et de Malthus, mais de Sismondi lui-même, parce qu'il impliquait une transformation radicale de la propriété. Le comité de 1819, certainement préoccupé de faire accueillir le projet, a soutenu que la communauté des biens n'était pas une condition essentielle de la réalisation du plan d'Owen (3). Sans doute dans l'œuvre d'Owen on passe insensiblement d'une conception philanthropique, conciliable avec la propriété individuelle, à celle d'un droit nouveau ; mais ce droit nouveau comprendra finalement la propriété commune des moyens de produire : ce qui est certain néanmoins, c'est que ce droit, en connexion nécessaire avec une psychologie écono-

(4) KepoTt to ihe Committee, Life of Owen, II, p. o7.

(2) Report to county of Lanark, II, p. 283.

(3) Life of Owen, 11, p. 246.

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mique nouvelle, n*aura de stabilité que par ses résuhats productifs. Owen h sait, et dès 1817, il n'attend déjà réltmittation définitiTe de la propriété indiTÎdvielle ^ue de la transformatioa des sentiments et du carae* tère. A New-Harnrony, d'après Noyés, Owen ne vo«kit abeKr la propriété privée qu'après deoze a«i« d« pr^ pa ration, ^ioyes cite aussi un passage de la GasMe de NeW'Harmangy disant que la eomoiunaulé ne peni exister avant qne les membres aient acquis le caractère communautaire (t).Dans Tétat social actuel, la masse ia genre humain ne peut se procurer le nécessaire sans de grands efforts et une grande anxiété : elle contracte, sons l'influence d'une impérieuse nécessité, un amonr tenaee de cette propriété qui lui coûte tant à acquérir: dèsIoiH, pour un observateur superficiel, il semble que le senti* ment même de la propriété soit implanté dans la cofts^ titution de l'homme ; rien de plus erroné, dit Owetî, car 91 les hommes étaient placés dans une telle situation que par un travail modéré, sans souci ou agitation d'esprit, ils parvinssent à se procurer les nécessités et les commodités de la via, ils pourraient être conduits par l'éducation à se disputer aussi peu pour le partage de ces biens, qu'ils le sont aujourd'hui à l'égard des richesses naturelles acces^ sibles à tous, telles que l'eau^et ils n'auraient pas davan>tage le désir de les accumuler (2). Longtemps après, dans la sixième partie dxi Livre du Nouveau monde moral, pU" bliée enl841(3),il reproduit la condamnation de la ppo^ priété privée avec autant d'àpreté que Godwin ; là encore

(l)NoYEs y A merica n Socialism , p . 37-4 1 .

(2) First lelter, Life of Owen, II, p. 71.

(3) The Booh'of the Nett Moral World, Part sixtli, 184^, General constitution of Goverament and Universal code of laws, p. 40 et

suiv.

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il fait de sa disparition la conséquence dernière de la transformation morale de Thomme. La propriété privée a été et elle est encore la cause de crimes et de misères sans fin pour l'homme» et il doit aspirer au moment où le progrès de la science et la connaissance des moyens de former un caractère supérieur chez tous les îndîvîchns, rendront son maintien non seulement inutile, mais au plus haut degré préjudiciable pour tous, et Owen insiste en ajoutant : préjudiciable pour les classes inférieures, moyennes, supérieures. C'est au point de vue moral qu'il se place lui aussi pour critiquer la propriété : elle fait de l'homme un égoïste ignorant. Ellle déprave le caractère du propriétaire dans des directions différentes : elle est calculée pour produire en lui l'orgueil, la vanité, l'injustice, Toppression, avec un mépris complet des droits naturels et inaliénables de ses compagnons humains ; elle resserre ses idées dans le cercle étroit de son moi; elle empêche un élargissemeut de l'esprit qui lui permette de s'élever à Fa compréhension féconde des intérêts généraux et des idées universelles; elle isole les esprits ; elle est une cause perpétuelle d'action répulsive au sein de la société, une source intarissable de déceptions et do fraudes. Dans la société rationnelle il n'en sera plus ainsi. Quelle qu'ait été sa nécessité avant l'introduction des puissances mécanique et chimique, elle est désormais un mal inutile ; pour tous les hommes, du plus élevé au plus humble, on peut, par des arrangements scientifiques, réaliser les conditions d'un bonheur permanent, qu'on n'atteindrait jamais par les eflorts et les conflits nécessaires pour maintenir la propriété individuelle.

Owon ne pouvait songer à faire consacrer directement par l'autorité de la loi non seulement un nouveau régime juridique, mais une organisation économique non-

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velle ; il ne pouvait procéder que par la voie expérimentale, et par une généralisation progressive des résultats; il n'abandonna pis cette voie, et malgré les erreurs et les enlrainenients invincibles de l'idéal, il restera peut-être le plus grand expérimentateur sQciologiste du xix^^ siècle. En 1817, pour réunir le capital (96.000 £) nécessaire à la création d'un établissement destiné à une population de 1.200 coopérateurs, il fit appel aux particuliers, aux paroisses, aux comtés, aux districts, à la nation représentée par le gouvernement (I). En 1819,1e comité désigné par une assemblée présidée par le duc de Kent, et dont Ricardo et Torrens firent partie, fut chargé d'examiner le plan d'Owen et de faire rapport sur son exécution (2). Ricardo insiste sur celle mission du comité appelé non à approuverle plan d'Owen, mais à Vétudit^r : même réduit au surplus par le comité, à l'établissement d'un tvorkfiouse régularisé, ravalé à ce misérable niveau, le projet d'Owen se heurte, d'après Ricardo, à des objections insurmontables (3). La souscription ne dépassa d'ailleurs pas 8.000 £ ; le comité en le constatant n'hésita pas à se prononcer pour l'intervention de T Etat (4). Transporté devant le comité "du comté de Lanark par un nouveau et vaste rapport d'Owen, le projet conserva encore son caractère expérimental ; le comité désigné se prononça pour des expériences agricoles com« paratives limitées (5). En 1817, Owen n'appliquait le projet de communauté qu'aux ouvriers sans travail, mais par cela même que le système assurait d'après lui

(1) Report on thepow, 18t7, ii, p. 60.

(2) Proceedings of the first meetmg, u, p. 237, et suiv.

(3) Letters of Ricardo ta Trower, 8 juillet, 1819, p. 79.

(4) Final proceedings, Life.of Owen, u, 249.

(5) Voyez son rapport, ibid., p. 312.

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