VIT. — LA STATIQUB DE THOMPSON
€ Lei droits de chaque homme» aatérieurs aux couventions, dit Dupont, sont la liberté de pourvoir à sa subsistance et à son bien-être, la propriété de sa personne, et celle des choses acquises par le travail de sa personne (IW.
Voilà bien le fondement de Tordre naturel des physiocrates. Seulement, pour eux, la propriété foncière est acquise originairement, en employant sa personne et ses richesses mobilières, ses capitaux à la terre, aux dépenses préparatoires à sa culture, et se transmet héréditairement ; l'exercice des deux autres lui est subordonné, et tout homn^ en naissant trouve la terre occupée ; ce qui préoccupe les physiocrates, c'est le produit net, la part du propriétaire, ce qui excède les dépenses propres à entretenir les avances perpétuelles de la culture, en instruments, bétail, etc.^ et les dépenses annuelles comprenant le salaire et Tentretien de tous les hommes employés à l'exploitation de la terre.
Chez les physiocrates, le bien-être général est attaché à ce produit net, à son accroissement ; c'est ce produit net qui entretiendra tout le reste de la société et, avec lui, multipliera les jouissances : « La prospérité de Thu* manité entière, dit Dupont, est attachée au plus grand produit net possible, au meilleur état possible des propriétaires » (2).
Thompson est préoccupé de la prospérité d j l'humanité entière, comme Dupont, mais, pour lui, tous doivent y atteindre directement, sans passer par Tintermédiaire d'une classe de propriétaires, sans lui subordonner leur propre bonheur ; c'est l'égal bonheur qu'il
(1) Les Physiocrates, édit. Guillaumin, I, p. 342-344.
(2) Les Physiocrates^ édit. Guillaumin, I, 346.
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poursuit, tous les hommes étant capables de goûter les mêmes jouissances. Le droit économique qu'essaie d'établir Thompson est, dans son principe, le même que celui des physiocrates, mais Tapplication qu'il en fait tend à Fégalité, ou tout au moins, à ne laisser subsister que les moindres inégalités possibles.
Gela est si vrai qu'il consacre deux sections du chapitre I®' à établir que Tinégalité^ dans la distribution des richesses, doit être inflexiblement proscrite, dès lors qu'elle est contraire à la stimulation de la production, c'est-à-dire dès lors qu'elle détruit le principe de la rétribution proportionnelle aux efforts ; il ne la con* sacre que dans la mesure nécessaire pour assurer la sécurité, c'est-à-dire la répartition proportionnelle aux efforts, dans le cas où des efforts inégaux appellent des rémunérations inégales.
Thompson est amené, par une déduction plus inflexible du principe même des physiocrates, à condam* ner Tappropriation de la terre et des instruments de travail par une classe de la population; le travail originaire des premiers cultivateurs était, pour les pbysiocrates, le titre éternel de la propriété du sol.
Pour Thompson, leur droit ne pourra s'étendre au delà de la quantité de travail qu'ils ont appliquée à la terre.
D'accord avec les physiocrates sur les deux principes fondamentaux du droit économique physiocratique : li^ berté de pourvoir à sa vie par le travail, et appropriation des produits du travail^ il rejettera le troisième^ le prolongement de l'appropriation aux richesses naturelles qui ne sont pas le produit du travail. Par une conséquence naturelle, il condamnera raitribulion du produit net et, dans sa forme généralisée, applicable à
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toutes les industries, de la plus-value à une classe détentrice du sol et des instruments de travail. Le produit net est la forme primitive de la plus-value de Karl Marx, telle qu'elle fut conçue par les économistes qui considéraient le travail agricole comme seul productif. C'est Texcédent de la subsistance du travailleur sur le produit réalisé. Turgot lui a donné sa forme la plus rigide en concevant le salaire comme toujours ramené à un minimum nécessaire, soumis à une vraie loi d'airain.
Thompson est conduit, dans son examen de l'inégale distribution des richesses, à rechercher quelles proportions du produit de leur travail les travailleurs devraient payer pour l'usage des moyens de production, le capital, aux possesseurs de ce capital, les capitalistes.
C'est dans la section xiv du chapitre i®'^ que Menger a trouvé les passages relatifs à la plus-value, dont il attribue la paternité à Thompson. Dans cette section, Thompson établit d'abord que toute soustraction d une partie du produit de son travail, subie par le producteur, diminue l'énergie des motifs qui le portent à produire, et partant, la production. Peu importe^ dit-il, que la soustraction s'appelle profit, impôt ou vol, il y a toujours découragement de la production. Le capitaliste intervient dans la production par les bâtiments, machines, matières brutes, salaires, dont il fait l'avance. « Il n'y a, dit Thompson, d'autre source de son profit que la valeur ajoutée au matériel brut par le travail guidé par l'habileté. Les matériaux, les constructions, machines^ les salaires ne peuvent ajouter rien à leur propre valeur. La valeur additionnelle^ additionnai value, procède du travail seul (1). »
(0 William Thompson, Distribution of wealth, p, 165-166.
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Dans ce passage, nous retrouvons la déGnition nette du capital constant de Marx, qui lui non plus n'ajoute rien à sa valeur. La plus-value apparaît comme valeur additionnelle engendrée uniquement par le travail.
La plus-value est, pour Thompson^ la valeur ajoutée par le travail seul à la valeur incorporée aux éléments du capital. Le travail seul a une plus-value. C'est la pensée de Marx que le capital variable ou le salaire est seul générateur de plus-value.
« La bêche, dit-il, peut aussi bien être appelée la mère du grain, au lieu du bras laborieux qui la manie, qu*au« cun des éléments consti tuant le capital peut être appelé générateur des articles manufacturés. Ce tut le travail qui leur donna à tous leur valeur, comme richesse, et leur valeur actuelle ne peut être accrue que par un tra^ vail additionnel, »
Le passage cité par Menger est du même ordre. Il commence ainsi : De combien le produit du travail, c*est ici la valeur additionnelle, devrait-il être réduit pour payer Tusage des éléments du capital ?
Deux hypothèses sont indiquées par Thompson, l'une conçue au point de vue du travailleur, l'autre au point de vue du capitaliste. Au point de vue du travailleur, outre l'usure et l'amortissement du capital, il ne paierait qu'une rémunération équivalente à celle d'un travailleur productif, pendant le temps qu'il consacrerait à la garde et à la conservation du capital utilisé. C'est donc une por« tion de temps de travail ; pour la calculer et la déduire de Y additionnai value, on prendra comme type un travailleur productif occupé pendant un temps déterminé. Cela signifie nettement que la seule légitimité de la rémunération du capital serait dans un travail effectif appliqué à sa garde, mais non dans une productivité qui