‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 210 sur 220 · VII. — LA STATIQUE DK THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — LA STATIQUE DK THOMPSON

rai, le capital qui salarie le travail et qui le rend possible n*est point resté aux mains de celui qui travaille,

« Il en est résulté un partage plus ou moins inégal entre le capitaliste et l'ouvrier, partage dans lequel le capitaliste s'efforce de ne laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour maintenir sa vie, et se réserve à luimême tout ce que l'ouvrier a produit, par delà la valeur de cette vie (1). »

Nous voilà bien près de la théorie de Marx dans ses lignes maîtresses. Thompson a pu subir^ d'ailleurs, l'influence de Sismondi, dont les Nouveaux Principes sont de 1819, alors que le livre de Thompson est de 1824.

C'est un point qui n'a frappé ni Marx, ni Engels^ ni même Menger.

Thompson se demande alors ce qui arriverait dans un état social où la mesure du travail prévaudrait. Il soutient que l'accumulation du capital serait plus considérable encore : « Tout le produit du travail étant assuré au producteur, la: plus grande énergie serait employée à la production^ et nécessairement à l'acquisition et à la conservation des moyens ou instruments indispensables pour rendre le travail productif. » Chaque année^ comme le travail humain serait devenu plus productif par les machines et autrement, la rémunération du travail serait accrue, la machinerie, les maisons, les aliments, les vêtements seraient améliorés non pas pour quelques accumulateurs de capitaux, mais pour tous.

La capitalisation totale serait dix fois plus grande, ditil encore, chacun y concourrait, bien que personne ne possédât dix fois plus de capital accumulé que son voisin (2).

(1) SiSMONDi, Nouveaux prijicipeSf 1, p. 103.

(2) W. Thompson, Distribution ofivealth, p. 170.

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§ 4. Statique de Thompson: les principes de Téquilibre économique et le droit nouveau. -^ C'est après cette longue analyse queThompson dégage ce qu'il appelle les lois de la distribution des richesses ; ce sont les principes dirigeants d'une activité économique rationnelle ; ils sont au nombre de trois :

l*' Tout travail devrait être libre et volontaire, quant à sa direction et à sa continuité.

Le travail ne doit obéir qu'aux motifs internes qui le solliritent d*après la nature : il doit être soustrait à la contrainte externe.

2** Tous les produits du travail devraient être assurée» aux producteurs eux-mêmes.

C'est là le seul moyen d'atteindre la iin suprême» le plus grand bonheur du plus grand nombre^ en même temps que la plus grande stimulation à produire. « Aussi longtemps, dit-il, que continuera, soutenue parla force, l'organisation actuelle des choses, dans laquelle une classe d'hommes possède seule les moyens de production, et une autre possède les moyens physiques de mettre ces puissances productives en opération ; aussi longtemps que la classe des capitalistes usera des moyens en son pouvoir, pour soumettre le travail et le bonheur de tous les travailleurs à ses plus grands intérêts ; aussi longtemps qu'i^ en sera ainsi, le bonheur de toute la race humaine sera sacrifié, s'il est nécessaire, dans l'estimation des capitalistes, de produire pour eux un quart de profits en plus. Aussi longtemps que deux masses d'intérêts hostiles existeront en société, les propriétaires du tra^vail d'un côté, les propriétaires des moyens de travail de l'autre, aussi longtemps qu'une distribution aussi contraire à la nature sera maintenue, aussi longtemps qu'il en sera ainsi, les neuf dixièmes des produits que Fhunia-

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nité peut atteindre ne seront pas réalisés* et les neuf dixièmes du bonheur que l'humanité peut réaliser seront sacrifiés (1) b.

C'est pour échapper à cette lutte des classes et à ses effets, qu'il aboutit à la seconde règle, et veut assurer au producteur l'intégralité de son produit.

3^ EnQuy la troisième règle consacre l'échange libre et volontaire des produits du travail.

C'est la liberté dans le choix des moyens matériels de bonheur, gage à son tour de la plus grande énergie productive pour les atteindre par rechange.

Nulle part, on le voit, la contrainte n*apparait dans la conception naturelle de Thompson. C'est aussi^ comme lesphysiocrates, un ordre wa/?/re/ et spontané qu'il poursuity mais il consacre l'égalité et universalise un principe de distribution dont les propriétaires étaient, dans la physiocratie, les principaux bénéficiaires.

Une pénétrante analyse a conduit W. Thompson à formuler ces trois lois qu'il considère comme les lois naturelles de la distribution des richesses.

Par la combinaison de ces lois, il réalise à la fois les conditions de la plus grande productivité du travail, puisqu'il le sollicite par l'attrait le plus énergique et le plus puissant, et celles du plus grand bonheur, puisqu'il assure à chacun le droit de le poursuivre dans les voies qu'il juge lui-même les plus favorables.

Thompson consacre alors un chapitre, divisé en trois sections, à exposer les bienfaisantes conséquences de ces lois, dans Tordre politique, dans Tordre économique, dans Tordre moral. Ces belles analyses révèlent encore le sociologiste.

(1) W. Thompson, Distribution of wealth^ p. 176.

Au point de vue politique, Tapplication de tels principes est incompatible avec tout gouvernement qui ne poursuivrait pas comme son but, le bonbeur commun . Seul, le gouvernement représentatif y satisfera (1).

Tous les membres de la communauté devront s'engager à se soumettre à la majorité.

Ce régime politique pacifique s*étendra entre nations. Une communauté qui respecte les lois nalurelles de la distribution y les respectera aussi chez les autres, et elle sera aussi éloignée de porter la guerre chez eux, qu'elle sera soucieuse elle-même de ne pas exposer aux entreprises des autres communautés les fruits de son travail.

L'influence des principes sur la loi pénale et sur l'administration de la justice sera non moins profonde, fille s'exercera par l'intermédiaire des eQets moraux de ces lois naturelles.

Ces effets moraux, il les résume en une formule : la pauvreté excessive et l'excessive richesse étant^cartées, les vices propres au luxe et au besoin disparaîtront de même (2).

C'est le langage de Godwin dans sa Political Justice.

L'excessive richesse et l'extrême pauvreté seront l'une et l'autre définitivement écartées, et,- par là même, les tentations et les motifs qui aujourd'hui poussent le plus fréquemment au crime. Le noble penseur, qui raisonne ici comme Godwin, prévoit enfin rabolition de toutes les peines corporelles qui ne font qu endurcir dans le crime, et il considère comme sufBsanfes les pénalités Itères pour les seules infractions qui subsisteront, et que la honte suffira même à châtier.

(i) W. Thompson, Distribution of wealth, p. 286 et s. (2) Ibid,, p. 239.

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