VII. — LA. STATIQUE DE THOMPSON
La conséquence politique demi ère qui confine à l'ordre économique, c'est que, dans un tel Etat, les dépenses de tQute la machinery du gouvernement, ce sont ses expressions, seront réduites à la plus faible expression, et dès lors, toutes les richesses soustraites par cela même à la consommation improductive, viendront féconder les efforts et accroître le bien-être des producteurs* Toutes les associations religieuses deviendront elles-mêmes volontaires, et l'Eglise sera définitivement séparée de l'Etat.
Les effets économiques de ces lois naturelles sont, à leur tour, les suivants. L'influence de la garantie universelle de la sécurité communiquera à la production et à l'accumulation des capitaux une impulsion jusqu'ici inconnue.
Le capital est cette portion du produit du travail qui appliquée à la production peut devenir une source de profits. C'est là, d'après Thompson, la circonstance réelle qui a déterminé la distinction d'une partie des produits du travail en capital. C'est sur cette distinction qu'ont été fondées l'insécurité, et l'exploitation du travailleur productif, (( le père réel, sous la direction de la « science, de toute richesse, et l'énorme usurpation sur « les pouvoirs productifs de leurs frères, opérée par ceux « qui, sous les noms de capitalistes et de propriétaires, « ont acquis la possession de ces produits accumu- « lés (1) w. De là cet antagonisme du capital et du travail, et, dit Thompson, c'est une proposition évidente par elle-même que, toutes choses égales bailleurs, les profits sont en raison inverse des salaires, et plus ils «ont élevés, plus les salaires sont bas. 11 a soin de prévoir
(I) W. Thompîjon, Distribution ofwealth^ p. 24i.
Tobjection ordinaire à cette doctrine de Ricardo, en di* sant : toutes choses égales, car il est évident que le fonds des profits et salaires s'élevant, les parts absolues s*élè* vent si les parts relatives restent les mêmes.
Thompson admet que le mode de production conforme à son principe de sécurité puisse se réaliser par la production individuelle et la production collective, ce qu'il appelle : Tégale compétition individuelle et la coopération mutuelle.
Dans Fétat de justice qu'il rêve, le grand corps des producteurs deviendra capitaliste; il y aura les détenteurs des capitaux nécessaires à leurs petites exploitations agricoles. Chaque artisan, de même, sera capitaliste.
Enfin, dans ce régime, comment les grandes manufactures s*établiront-eIles? 11 répond: ce sont les grands capitaux qui sont nécessaires à la grande industrie, ce ne sont pas les grands capitalistes,
« Le capital, dit-il, ét^nt diffusé de toutes parts par le principe de sécurité, une centaine ou un millier de parts peuvent être réunies pour tout but utile, entre deshommes actifs, et ceux en qui ils ont confiance4[>euventen prendre la direction, aussi longtemps qu'ils garderont cette confiance (1) ».
C'est là évidemment toute la théorie de la coopération dans la production.
G*est ainsi que le capital s'accumulera dans la communauté rapidement^ et de la manière la plus favorable à son emploi, et que toute inégalité pernicieuse sera écartée simplement en suivant les lois naturelles.
La concurrence entre les producteurs subsistera, mais non plus sous la forme dépressive qu'elle revêt,
(0 W. Thompson, Distribution, ofweaUh^ p< 253.
Vn. — LA STATIQUK DB THOMPSON 525
Dans l'état social moderne, sous rinflaence de la concurrence qui lui est faite, le travailleur doit vendre son travail, ou son produit, même au-dessous du prix représentant leur coût de production et les satisfactions ordinaires du producteur. Au contraire^ dans Fétat social futur, la concurrence subsistera comme émulation, il y aura entre les producteurs et dans l'intérêt commun, des efforts pour produire plus en un temps donné, ou pour produire mieux, par une habileté plus grande, ou par d'autres moyens (1).
(c Un homme s'est trouvé assez courageux pour entreprendre et mener à fin la solution, selon des principes rationnels, de ce formidable problème : Gomment réconcilier r égalité de distribution avec une sécurité parfaite? Cet homme, c*est M. Owen, de New-Lanark (2). »
La conception juridique d'Owen, les rapports qui en dérivent, et la portée économique du régime communautaire nouveau dans Téconomie générale du monde se précisent avec beaucoup plus de rigueur chez Thompson. La communauté est une association de personnes, réunies en nombre suffisant, vivant sur un domaine assez étendu, pour satisfaire par leurs efforts propres à leurs besoins respectifs : les richesses nécessaires sont produites par une sage communauté, non seulement pour satisfaire les besoins matériels, mais les besoins les plus élevés : les commodités et le confort s'acquièrent directement ou par réchange. La Communauté implique le concours des activités et le bénéfice commun : le mode d'activité doit être en rapport avec les capacités individuelles, l'avantage réparti suivant Tétat et les besoins des individus.
(4) W. Thompson, Distribution of wealth^ p. 230. {%) Ibid., p. 384.
mais de manière à réaliser pour tous le môme bonheur, pour autant que nos efforts puissent l'atteindre. Les mots coopération mutuelle d'Ovven impliquent que tout individu, s'incorporant à une communauté^ est résolu à diriger son travail mental ou physique, ou physique et men* tal à la fois, ce qui est le plus fréquent^vers tout objet qui^ de l'opinion commune, est considéré comme propre à atteindre le bien général.
Végale distribution est celle qui assure à tout individu déployant également, ou voulant également déployer ses facultés pour le bien commun, les mêmes moyens de satisfactions physiques, intellectuelles, sociales : ce qui ne veut pas dire que les membres de la communauté reçoivent périodiquement les mêmes quanlités d*alimenls, de vêtements, de commodités de toutes natures,mais qu'ils les reçoivent proportionnellement aux nécessités de chacun dérivant de sa nature (1).
Thompson expose les traits essentiels du système coopératif d'Owen, tel qu'il Tadmet : La communauté, formée d'un nombre d'individus s'élevant de 300 à 2.000, produisant pour tous la plus grande quantité possible de richesses propres à assurer le bonheur, en combinant leurs efforts par l'association. Le travail fondamental est celui de la terre, et la communauté comprend environ un ' acre de terre arable par habitant ; chacun y applique une partie de son travail, et en reporte le surplus sur les autres branches de l'activité. Chacun des associés apporte dans la communauté, naissante un capital nécessaire à son installation matérielle, soit 40 livres sterling ou 1.000 francs par tête. Si elle ne peut acquérir la terre, elle la prend en location. Un magasin commun approvisionne
(1) Voyet Pratical Directions : explanation of leading terms.