‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 26 sur 220 · II. — LA DYNAMIQUE ICONOMIQUB DB MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ICONOMIQUB DB MALTHUS

santés avec son illustre émule David Ricardo. M. Bonar a publié cette belle correspondance : Letters of Ricardo toMalthus, 1887.

Peu de temps avant sa mort il répondait à un ami qui Tinterpellait sur sa lenteur adonner une nouvelle édition de ses Principes de l'Economie politique: c Mes opinions sent devant le public : si j'y modifie quelque chose ce ne sera que dans la forme, et je me demande si c'est pour un mieux que je pourrais les modifier. »

II mourut subitement d'une maladie du cœur, le 29 décembre 1834, à Tâge de 68 ans. Le philosophe Mackintosh a dit ces remarquables paroles : « J'ai connu quelque peu Adam Smitb^ Ricardo bien, Malthus intimement. Ce n'est pas peu de» chose de pouvoir dire d'une science que ses trois grands maîtres comptaient parmi les trois meilleurs des hommes que j'aie jamais connus, a

Mackintosh évoque le souvenir de Smith. Les destinées des deux économistes philosophes ont été bien diQérentes.

Adam Smith avait surtout mis en lumière l'influence des institutions politiques sur l'essor des énergies productrices des sociétés, sur les conditions fondamentales 'de la prospérité des nations.

Malthus transporte devant l'opinion économique le problème social comme problème de répartition des richesses, en réagissant contre les aspirations égalitaires de la philosophie du xviii® siècle, et contre tous les systèmes d'intervention de l'Etat proposés pour soulager la misère.

La Richesse des nations est l'œuvre de la méditation

paisible et prolongée, elle est le fruit de la maturité de

l'esprit, Smith avait 53 ans quand il le publia : Y Essai

de Malthus fut d'abord une œuvre de polémique écrite à

Denis II. 4

30 DBUXIÈMB ÉPOQUB. — LA SCIBNCB DBS RICHBSSBS

32 ans, publiée sans nom d'auteur, comme une sorte de pamphlet.

Malthus ne pouvait manquer de heurter le sentiment humain, de faire douter de son propre cœur, et en même temps de porter ses sectateurs à des exagérations de doctrine et de langage dont la responsabilité rejaillissait sur lui-même. Aussi a-t-on pu dire de lui qu'il fut Thomme le plus maltraité de son siècle ; et ses amis se sont-ils crus obligés de préparer eux-mêmes» dans Tinscription gravée sur sa tombe, le jugement de l'histoire.

EneiTet, pendant que la tombe modeste d'Adam Smith, àdemi-perduesousle lierre, ne porte que la simple indication de son œuvre, comme un appel suffisant à la justice de la postérité, la tombe de Malthus porte Tinscription suivante : <t L'un des hommes les meilleurs et des philosophes les plus sincères de tous les temps et de tous les pays, élevé, par la dignité native de son esprit, au-dessus des travestissements de l'ignorance et de l'oubli des grands, il vécut une vie sereine et heureuse, dévoué à la poursuite et à la communication de la vérité, soutenu par la conviction calme et ferme de l'utilité de ses travaux, satisfait de l'approbation des sages et des bons. »

L'histoire des idées n'a plus à surmonter les ressentiments et les préjugés pour rendre justice à Malthus. Il est certain d'abord qu'il est peu d'hommes dont les intentions et même la pensée aient été plus souvent et plus complètement travesties. Il en est peu aussi qui se soient^ avec plus de conscience et de sévérité que lui, appliqués à des remaniements plus fréquents et plus profonds même de leur œuvre primitive. Bonar a pu dire que Topinion publique a été sa collaboratrice.

Mais l'histoire dh*a aussi qu'il n'est pas au xix* siècle d'écrivain qui ait donné à Tindividualisme et à l'insoli-

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