‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 48 sur 220 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQDB. hB MALTHDS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQDB. hB MALTHDS

contradictoires; au moins en apparence. De là les paroles amères de Leslie Stephen : a Malthus a été constamment incompris ou faussement représenté, et ses contradicteurs allèguent souvent, comme des objections décisives contre sa doctrine, les faits qui lui servent effectivement de fondement (1). » Et le langage de Patten l'explique encore : « Malthus, dit-il, sympathisait avec le monde réel où il vivait, et il éprouvait un invincible désir de justifier ses tendances. S'il n'avait pas eu la pensée que la Révolution française menaçait la stabilité des institutions anciennes de l'Angleterre, il n'eût pas écrit sur la population. Si le droit des iandlords sur la rente foncière n^avait#pas été mis en question, il n'eût pas développé la docfi-ine de la rente foncière (2). » Je souscris dans une large mesure à la première partie de ce jugement, mais non à la seconde. Il sufQt de lire le titre de son œuvre pour y voir une pensée supérieure- Si Malthus a rejeté la conception du progrès indé6ni de Godwin et de Condorcet, s'il Ta contenu dans les limites étroites trachées à ses yeux par des lois physico-biologiques, il n'en est pas moins resté fidèle à la théorie du progrès, et, comme Ta profondément remarqué Elie Halévy, il n'y avait plus, après la mise en lumière de la contrainte morale^ d'opposition irréductible entre les deux philosophies de l'histoire (3). Mais les lacunes et le? vices de la conception sociologique de Malthus restent énormes : après avoir étouffé inexorablement les tendances égalitaires sous le poids d'un instinct, il avait réussi à dégager une énergie morale propre à refouler

(1) Leslie Stephen, English UtUitarianSy II, 170.

(2) Patten, Malthus and RicardOy « Publicatiou of the American Economie Association », Baltimore, 1889.

(3) E. HaiJvy^ V Évolution de la doctrine utilitaire, p. 234 et suiv.

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normalemeat l'instinct et à faire ressaisir la direction d'un droit plus humain : la prévoyance individuelle ; son esprit, aveuglé par la crainte de l'excès de population, par les préjugés, resserré dans une étroite conception juridique, non seulement ne sut qu'opposer une critique négative à toutes les revendications d*un droit économique nouveau, mais il méconnut les conditions légitimes d'expansion et de progrès du droit individualiste adapté à la prudence individuelle : et il aboutit, d'une part, à consolider sans contrepoids le régime aristocratique et capitaliste de la propriété, de Tautre à ne donner pour la masse ouvrière, & la prévoyance individuelle, comme ressort, qu'un élément subjectif, la terreur inspirée par la représentation des maux de l'excès de population. Après avoir fermé la voie vers l'Egalité, ce penseur illustre, à la fois profond et étroit, sincère et timide, pénétré de l'amour de l'humanité, et fasciné par des fatalités naturelles, dominé par l'individualisme de l'Ecole, rouvre cette voie, mais resserrée entre des précipices, et il y engage le travailleur de son siècle, sans soutien collectif, éclairé par la lumière vacillante de la raison individuelle en lutte avec l'instinct.

§ 6. La méthode induotive et les destinées de l'œuvre de Malthus. — Ce qui ne doit jamais être perdu de vue dans l'appréciation de l'œuvre de Malthus, c'est que pour lui la loi de la population est une loi de causalité : pour lui la cause à laquelle il est remonté tend & opérer partout et toujours d'une manière uniforme et constante : seuls le nombre et l'intensité des obstacles en modifient l'opération réelle. 11 ne suffirait pas de lui opposer une loi empirique exprimant une progression effective, beaucoup plus lente que la loi de doublement. . Ce fut l'effort principal de W. Godwin dans son essai

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