‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 49 sur 220 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQDB DB MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQDB DB MALTHUS

de réfutation du Principe de population^ publié en 1820 sous ce titre : Recherches sur la population et la faculté d'accroissement de Fespèce humaine^ ouvrage où Malthus ne vit que de la rhétorique et de la bouffonnerie (1). S'appuyant sur les calculs de Booth son ami, il soutient que rien n'est plus arbitraire que la progression géométrique. V. 1. II, ch. vu et ses conclusions tirées des recensements de la Suède. Dans le 1. lY, il s'applique à ruiner les conclusions tirées par Malthus de la statistique des Etats-Unis. Nous pouvons suivre aujourd'hui avec précision le mouvement de la population européenne ; par exemple le témoignage de Levasseur porte à 1 0/0 l'accroissement annuel de la population européenne {La Population française, vol. III ch. i et suiv.). M. Charles Loua évalue à 111 ans la période de doublement {Les grands faits de la statistique^ I, 1878). Rûmelin élève à 139 ou 140 ans la période de doM" hlemeni {Ha?idbuch de Schonberg, xxiv, 1882). Leroy- Beaulieu marque les écarts considérables entre les faits et les propositions de Malthus [Traité d'Economie politique, IV, p. 546 et suiv.).

Quand on rapproche les chiffres, la Belgique apparaît comme l'expression même de l'Europe moyenne. En ramenant à 100 la population en 1831 on obtient en effet :

Belgique. 100 109 118 «26 135 146 165 Europe . 100 109 117 126 136 150 167

Les deux populations croîtraient donc, d'après cette loi empirique, suivant une progression arithmétique dont la raison est 1 0/0 par an de la population initiale.

(1) Cf. BoNAR, Malthus and Us Works, p. 367.

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A ces données empiriques, Vesprii déduciif opposera avant tout la loi hypothétique de doublement inférée même d'un petit nombre de faits : à défaut du témoignage des Etals-Unis, il s'emparera de la période de doublement de Java reconnue par Levasseur (Population française^ III, 19) ou de celle du gouvernement de Posen admise par Gauderlier {Les lois de la population, 1900, p. 223); il prolongera même dans l'avenir les pers* pectives redoutables, non seulement de Ravenstein cité parLeroy*Beaulieu(l), mais deBrialmont,bien plus rapproché de nous, Tun adoptant 8 0/0 d'accroissement en dix ans, l'autre 6,3 0/0 en huit ans.

Malthus mesurera donc toujours ce qui reste à attendre de la contrainte morale par ce que les obstacles de la misère et du vice accomplissent encore, et ce que ces obstacles accomplissent a pour expression normale la différence entre la progression hypothétique et la progression effective de la population, après que Ton aura déduit la part déjà appréciable d'intervention de la contrainte morale. Or, cette part est encore aujourd'hui très étroitement limitée à ses yeux. Là est le secret de la terreur que Malthus a éprouvée et de celle qu'il a répandue, il est dans la domination finale de la méthode déductive. Toute l'interprétation de sa théorie est là. Nul ne Ta mieux marqué que Cairnes en montrant l'inanité de prétendues réfutations de Malthus (2).

« Sans doute, dit Malthus, l'Europe moderne présente ce contraste avec Tantiquité et les peuples sauvages que les obstacles privatifs ont désormais plus de force : mais la forme normale de cet obstacle prif atif, la con-

(i) Traité, IV, 558.

(2) Voir sur ce point, Cairnes, Logical Method of Political Economy ; trad. franc., 1902.

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