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IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

toute conclusion générale, qu'on pourrait en tirer, doit être tout à fait inapplicable dans la pratique (1). Ainsi Tun des savaots qui ont mis en lumière la loi du rendement décroissant du sol, en vient presque à préparer l'œuvre de Cârey et celle de Bastiat, et la négation de la renie foncière, au sens que lui conservera Ricardo, et sa confusion avec les profits.

On s*explique dès lors que Malthus reprenne la thèse d'Adam Smith, et soutienne contre Ricardo que l'intérêt des propriétaires fonciers est toujours en harmonie avec celui de tous les autres ordres de l'Etat. C'est qu'à ses yeux la rente ne naît pas de l'appropriation privée et du monopole du sol, elle est dans son existence et sa fonction indépendante du mode d'appropriation des terres ; il est indifférent à sa formation et à son progrès que les terres appartiennent à l'Etat ou aux cultivateurs ; elle se dégage avec l'accumulation du capital et les progrès de la population ; les améliorations de la culture et l'épargne du travail^ jointes à la demande croissante qui est faite des produits, en sont le facteur grandissant, destiné à en devenir l'élément décisif; son progrès est ainsi un aspect du progrès général de la civilisation économique. Comment la propriété serait-elle en opposition avec l'intérêt collectif!

Pour Ricardo, la rente est par-dessus tout un phénomène de distribution des richesses, elle est une création et un transfert de valeur ^ non une création de richesse (2) parce qu'elle naît d'une cause générale unique, la résistance croissante de la nature, et la nécessité d'un effort humain grandissant ; elle s'accroît d un déplace*

(0 Princi-pes^ ibid., p. 178 et 174.

(2) Letteis of Ricardo to Malthus^ p. 59.

Denis II. ^^

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ment de revenu sans accroissement effectif de richesse : qu'il y ait plus de difficulté à produire une portion quelconque du blé nécessaire, le prix s'en élèvera, le blé s'échangera contre plus d'autres marchandises, le propriétaire des bonnes terres acquerra une plus grande somme de valeur, ce qui veut dire qu'une partie de la valeur des autres produits passera dans ses mains par Féchange, et ce déplace meni se fera sans création de richesse.

Sans doute il n'y a pas de rente sans produit net, mais le produit net, première cause de la rente pour Malthus, n'en est que la conditionr générale pour Rieardo : c'est que la rente est non en raison de la fertilité absolue, mais de la fertilité relative des terres. Que les bonnes terres soient seules cultivées, que le produit net soit au maximum, la part du propriétaire est au minimum, elle ne grandira que par la nécessité de passer à de moins bonnes terres dont le produit net est inférieur. Il peut y avoir ainsi produit net sans presque de rente, diversité de rentes avec identité de produit net pour les mêmes terres, bien qu'il n'y ait pas de rente sans produit net ; si la rente est due à un allégement suivant le mot de Malthus, l'allégement ne devient sensible que par l'aggravation de la résistance de la nature.

A l'égard de la seconde cause, invoquée par Malthus, l'ordre de succession des phénonèmes est méconnu par lui ; ce n'est pas l'accroissement des subsistances qui crée une demande correspondante en déterminant un , progrès de la population ; Malthus confond Teffel avec ' la cause, c'est raccroissement de la demande qui détermine celui des subsistances. L'accroissement des capitaux entraîne une plus forte demande de bras, et avec elle la hausse des salaires : cette hausse n'a pas pour

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effet nécessaire un accroissement de population : ici des passages oubliés de Bicardo marquent sa position vis-àvis de la loi dite d'airain du salaire : « Le sort de l'ouvrier, dit-il, amélioré par Texcédent de valeurs qu'il reçoit en paiement de son travail, ne lui impose pas l'obligation de se marier et de se charger du soin d'une famille : il peut échanger son salaire augmenté contre des objets gui puissent contribuer à augmenter ses jouissances... » Ainsi il peut élever son < standard oflife )>. Le fait est-il général ? « Quoique telle pût être la suite de Taugmentation de salaire, cependant il y a tant de douceur dans la famille qu'on \oW constamment dans le fait, l'acdroissement de population suivre l'amélioration du sort de l'ouvrier, et c'est uniqt^ment parce qu'il en est ainsi qu'il survient une nouvelle et plus forte demande de subsistances » (1). Mais cette'demande de blé signifie Vimplacable nécessité de recourir à des terres moins riches, ce qui ramène l'explication de la rente à la cause unique de Ricardo, le rendement décroissant. C'est à tort aussi que Malthus explique la hausse de la rente par les améliorations agricoles : c'est le contraire qui est vrai, si avec moins de bras et moins de terres on peut obtenir la même quantité de produit. Elles peuvent être de deux ordres, consister dans Taccroissement du produit ou dans l'épargne du travail appliqué à la terre. La cause générale qui détermine les variations de la rente domine encore toute cette classe de phénomèr es, et c'est là que se révèle surtout l'unité de la pensée de Ricardo. Dans les deux cas, la rente baissera si l'inégalité entre les produits obtenus diminue, qu'on abandonne les terres les moins fertiles, ou la dernière et la moins prodcutive application

(1) Ricardo, Principes^ éd. Guill., p. 379.

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de capital ; elle restera stationnaire avec les inégalités, et ne haussera que si elles augmentent. Sans doute les améliorations pourront comme effet dérivé amener la hausse de la rente, mais à la condition encore de mettre en opération la loi du rendement décroissant, en stimu* lant la population (1). Rien ne peut élever la rente que le changement dans la fertilité relative, naturelle ou acquise des terres. C'est ce qui explique encore le dépla- ' cernent des avantages des améliorations.

L'accroissement de produit dû aux améliorations pro- Ote d'abord au fermier, il n'accroît la rente que lorsqu'une partie des profits du capital a été appliquée à mettre en culture des terres moins fertiles (2).'

Si la rente n'augm»nte qu'avec les difficultés pour la société de se procurer la nourriture, comment l'intérêt delà propriété ne serait-il pas en antagonisme avec Tintérèt social ? (3) Mais Ricardo ne déduit de ces rapports et de ces tendances aucun droit économique nouveau : son pessimisme n'ébranle pas plus la propriété que l'optimisme de Malthus. La rente reste pour lui le prix lé-

(i) Principes, ch. ii, éd. Guill., p. 54 suiv. et p. 384 et note. V. Gannan, Théories of production and distributiony p. 331, et la note qu'il cite. — Cf. Na2zan[, Saggi di Economia politica : suUa ren^ diCa fondiaria, iSSl. Milan.

(2) Letters of Ricardo to Malthus, p. 155 et p. 59. — Letters of Ricardo to Mac Culloch, p. 67.

(3) V. Principes ch. xxiv, p. 307 et 308 de l'édit. Guillaumin.

' Voyez surtout sa correspondance avec Trower ; le 21 juillet 1820, p. 113 après la publication du livre de Malthus, il se défend d'être hostile aux propriétaires : «c J*ai dit que la communauté ne bénéficierait pas de l'abandon de leur rente par les propriétaires, ce sacrifice n'abaisserait pas le prix du grain, les fermiers seuls en profiteraient. Les propriétaires sont en possession de machines de puissances productives inégales, et leur intérêt est que les machines les moins productives soient mises en œuvre. Letters of Ricardo to Trower (édit. Bonar et Hollander, p. 114).

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