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STATIQUE ET DYNAMIQUE DE LA CONCURRENTE

La concurrence n'est que la manifestation collective delà liberté et delà propriété, se traduisant par le processus incessant d'ajustement, d'adaption de l'offre et de la demande des produits et services, et leur équilibre.

Non seulement, d'après les physiocrates, la propriété doit porter la puissance productive au plus baut degré, mais le même principe de Droit, dans les relations d'échange qui s'accomplissent avec une liberté illimitée, tend à ramener les services et les produits à une norme, à une valeur normale. C'est pourquoi la maxime célèbre laissez faire, laissez passer, aux yeux de l'Ecole, renfermait un principe d'ordre, et correspondait à la réalisation spontanée de Ja Justice dans les Echanges.

Ils ont vu la concurrence sous cet aspect grandiose de grand artisan de l'équilibre, de la norme: ils ont laissé au XIXe siècle le soin douloureux d'en mesurer les effets, quand des iorces inégales sont livrées à une lutte sans merci.

La fonction vraiment statique de la concurrence pour les physiocrates est de ramener les produits à un prix naturel, les mots sont dans Letrosne, et ce prix naturel correspond pour lui au coût de production, comme chez les théoriciens modernes de la valeur; il appelle les frais de culture le prix fondamental desproducti

Par la concurrence, les hommes, tenant chacun à obtenir en échange de ses produits et services la plus grande somme de jouissance possible, équilibrent leurs prétentions respectives de la manière la plus conforme à la Justice. C'est ce qui fait dire à Lemercier : « le maintien de la propriété et de lu liberté dans toute leur étendue primitive et naturelle va faire régner l'ordre le plus parfait sans le secours d'aucune autre loi. »

Le salaire naturel du travail se ramènera à la subsistance,

d'après Baudeau etTurgot, ce qui dans leur pensée, est un minimum invariable et inflexible; la concurrence réglera les parts .respectives du propriétaire et du fermier dans le produit brut : elle réglera la valeur respective des produits agricoles et des produits manufacturés et services, et cette norme, pour les produits des manufactures, c'est que leur valeur r exactement celle des produits de première main, matières et subsistances consommées pour les produire. Ainsi s'explique cette doctrine que la classe stérile n'ajoute et ne peut rien ajouter normalement à la valeur desproduits de première main. Ainsi la concurrence maintient l'équilibre entre les fonctions essentielles de la vie économique.

C'est elle aussi qui détermine la valeur entre nations. La préoccupation dominante des Physiocrates esi d'assurer aux produits agricoles, non la plus haute valeur possible, Quesnay a,à cet égard, employé des expressions mail; mais leur

valeur normale, celle qui correspond, avec Letrosne, aux fiais fondamentaux de la culture, coût de production.

La fonction de la liberté illimitée du commerce, aux 3'eux des physiocrates, est d'assurer aux productions agricoles la valeur la plus élevée qui soit compatible avec une reproduction indéfinie. Ce ne peut être que la valeur naturelle du produit ; ce ne peut être une valeur excessive, car les produits agricoles doivent s'échanger contre les produits manufacturés et les services, et l'équivalence doit nominalement se maintenir entre la valeur des produits agricoles et la valeur des produits manufacturés et dos services qui résultent de leur combinaison et de leur transformation.

Quand la valeur des produits depremièremainaatteinteette norme, la concurrence illimitée tend à, la maintenir, car les physiocrates, Letrosne surtout, ont observé que | 'lie

champ de la concurrence îles produits agricoles et plus l'amplitude des fluctuations des prix se réduit d'année en année.

C'est dans ces conditions que la nation déploie peu à peu

toute sa puissance productrice ; les propriétaires augmentent leurs avances foncières, les classes agricoles, les avances de la culture, les subsistances se multiplient et le produit net croît avec elles ; la quantité de subsistances disponibles pour la classe industrielle augmente.

La classe industrielle se développe de plus en plus au voisinage immédiat de l'agriculture.

L'effet dernier du commerce international, comme Lemercier surtout l'a remarqué, est de développer le commerce intérieur de la nation. En effet, le transport, le voiturage et les services des commerçants intermédiaires ou trafiquants étant une dépense, la tendance doit être de la réduire de plus en plus, et il est clair que les nations agricoles y pourront d'autant plus énergiquement obéir que la prospérité de la classe agricole se sera plus puissamment développée sur tous les points.

Sous cette discipline d'une concurrence illimitée, l'union des forces productives et actives de la nation devient donc de plus en plus intime, immédiate et durable. L'état social où les productions agricoles auraient atteint la plus haute valeur normale serait celui où les charges des intermédiaires, voituriers et commerçants seraient réduites au minimum, et où, par l'alliance étroite de l'industrie et de la culture, le commerce national aurait en fait remplacé définitivement le commerce entre nations, bien qu'il restât à jamais soumis à la discipline de la liberté illimitée, de la concurrence internationale

C'est ce qui vous expliquera commentLemercier de la Rivière et les autres disciples de Quesnay appellent le commerce international un pis aller : C'est qu'il implique des charges que le commerce national ramène au 'minimum et qui pèsent sur le produit net.

Le Tableau économique prend ici, à nos yeux, sa signification la plus haute. Nous n'y avons vu jusqu'à présent qu'une circulât .on de la matière utilisée par l'homme au sein des sociétés humaines.

La production annuelle s'exprime autrement encore que par la quantité des produits, elle s'exprime aussi par leur valeur.C'est dans des conditions de valeur normale permanentes que l'équilibre se maintient indéfiniment dans les sociétés, en même temps qu'elles atteignent la plus large expansion de la vie ; le mouvement circulaire de la richesse se résoud alors définitivement, sous ce double aspect, dans l'équilibre de la Production et de la Consommation, les deux balanciers de la vie sociale, d'après l'expression du marquis de Mirabeau .

Cette vie organique normale des sociétés humaines est tout entière dans le Droit, selon le mot de Dupont de Nemours; elle est en effet, pour l'Ecole, le rayonnement dernier de la loi de propriété sous sa triple forme, personnelle, mobilière, foncière.

La physiocratie est ainsi la conception d'un ordre économique basé sur un Droit individualiste absolu.Tjhomxne, considéré dans les caractères immuables de sa nature, les besoins qui le soumettent à la nature, la tendance à les satisfaire, l'intérêt personnel considéré comme le moteur invariable de la conduite économique, un Droit absolu qui sy adapte et en règle l'opération normale, ces besoins, cette tendance morale, ce Droit exprimant des relations constantes et immuables,la société naturelle dérivant de leur concours, placée en dehors de l'histoire comme l'archétype des sociétés, participant du caractère physique des choses inanimées, n'ayant, selon l'expression de Turgot, pas d'histoire, voilà bien la conception primitive de l'Ecole. C'est une statique économique absolue,

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