CHAPITRE IL
blies de la royauté même ; Charles VII n’est plus, au commencement de son règne, que le roi de Bourges.
Mais, sous le poids des malheurs, la nation se rapproche; au contact de l’étranger, elle se reconnaît, prend conscience d’elle-même et se sauve par cette explosion de patriotisme qui se personnifie dans Jeanne d’Arc. Une fois sortie de l’abîme elle n’y veut plus retomber, se serre autour de son chef et lui donne toute force pour qu’il lui assure en échange l’ordre et la sécurité. L’indolent Charles VII se trouve ainsi reporté au pouvoir qu’avait eu Philippe le Bel , et le roi de Bourges devient Charles le Victorieux. D’habiles généraux, Richemond, Dunois, la Hire, Xaintrailles, conduisent ses armées; de sages ministres, Jacques Cœur, les frères Bureau, Chevalier, Cousinot, dirigent ses conseils; alors les réformes s’accomplissent, les victoires se gagnent et la France se délivre de l’Anglais.
La plus importante de ces réformes fut celle de l’armée. Au moyen âge toute la force militaire était aux mains des grands; le roi, pour la leur ôter et s’en saisir, institua quinze compagnies d’ordonnance qui commencèrent l’armée permanente, et, pour la payer, établit l’impôt perpétuel. Dans le même temps l’artillerie était mise sur un pied formidable. Maintenant plus de bonne armure qui rende le noble invulnérable ; plus de muraille qui ne puisse être jetée bas. Le boulet passe partout, et les tours les plus hautes seront celles qu’il renversera le plus vite. Mais cette arme redoutable est très-coûteuse, il n’y a guère que le roi qui puisse avoir du canon ; il n’y aura bientôt plus que lui seul qui en ait. Il possédera donc deux des plus grandes forces matérielles qui soient au monde, l’argent et l’armée ; et il en a une troisième qui vaut mieux que ces deux-là, l’opinion. Alors nulle ambition féodale ne pourra se produire sans être humiliée ; nulle révolte n’éclatera sans être aussitôt punie.
La noblesse en fit l’épreuve sous Charles lui-même. Les complots qu’elle forma furent impuissants, et elle vit ce qu’elle ne connaissait plus depuis longtemps, la loi frapper dans ses rangs ; un chef d’écorcheurs, le frère bâtard du duc de Bourbon, fut cousu dans un sac et jeté à la rivière; le sire de
l’Esparre, qui iniriguait pour les Anglais, décapité; le duc d’Alençon, qui promettait de leur ouvrir ses forteresses, condamné à mort, et le comte d’Armagnac au bannissement et à la confiscation des biens. Le Dauphin lui-même, qui se naît de tous les complots contre son père, fut d’abord réduit à aller vivre dans son apanage fl447-1456,), puis à fuir auprès du duc de Bourgogne.
Cependant la noblesse n’acceptait pas sa défaite, et nous la verrons sous Louis XI livrer une dernière bataille, car ses domaines étaient assez vastes, ses ressources assez grandes pour lui donner le légitime espoir de vaincre encore.
La force qui poussait en avant la royauté française et qui allait pousser de même toutes les royautés européennes, je veux dire le besoin d’une concenfration du ,pouvoii\ agissait aussi dans l’intérieur des grands fiefs. Le duc de Bretagne, par exemple, dans sa presqu’île de l’ouest si bien disposée pour former un Etat k part, et le duc de Bourgogne, dans ses grandes et riches provinces de l’Est et du Nord, rêvaient l’autorité souveraine et y arrivaient, tout comme le roi, ce qui était un moyen de plus pour eux de faire reculer la royauté. Le comte deDunois, au moment même où expirait Charles Vil, avait dit le mot de tous ; « Messieurs, que chacun songe à se pourvoir. »
XiOubi X.I (1 4A1-14H3). 1/lgae dn bien publie (44tttt).
Kntrevue de Péronne (440b).
Le nouveau roi avait été, sous le dernier règne, le chef des mécontents. En 1440, il s’était fait l’âme d’un complot de l’aristocratie contre son père. Plus tard, son esprit remuant et de so,urdes intrigues l’avaient fait exiler dans son apanage. De là il avait continué ses menées, si bien que Charles VII avait envoyé Dammartin et une armée pour le saisir. Il s’était échappé, avait demandé un asile au duc de Bourgogne, et il était encore dans les Etats de ce prince quand il apprit la mort de son père. Charles VII, miné par la maladie et craignant xm vilain cas, chose qui arrivait parfois, disait-on, aux ennemis de son fils, s’était laissé mourir de faim, le 22 juillet 1461.