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CHAPITRE XllI

Vinrent ensuite les magnificences de Léon X, qui dépensa 100 000 ducats k son couronnement, et en donnait 500 pour un sonnet. Aussi fut-il réduit, pour vivre, à engager les joyaux de Saint-Pierre et à vendre des charges qui augmentèrent de 40 000 ducats les dépenses annuelles du gouvernement. Le temple splendide commencé par Jules II sur un plan qui devait en faire la plus grandiose basilique de la chrétienté, Saint-Pierre de Rome, menaçait de rester inachevé. LéonX accorda des indulgences à tous ceux qui contribueraient de leur argent à son achèvement. L’archevêque de Mayence, chargé de publier ces indulgences en Allemagne, les fit prêcher en Saxe par le dominicain Tetzel. Il y eut de grands abus commis, et dans les promesses exagérées faites aux fidèles qui achetaient de ces promesses de salut, et dans l’emploi qu’on fit, sous leurs yeux mêmes, d’une partie de leur argent. Les augustins jusqu’alors chargés de la vente des indulgences, s’irritèrent de voir cette lucrative mission passer aux dominicains. Le dépit leur dévoila les abus, et ces abus furent rudement attaqués par leur plus éminent docteur, Martin Luther, que ses études théologiques avaient fait entrer dans une voie toute contraire. Il s’était en eflet arrêté déjà au principe qui resta le fondement des Églises protestantes, la justification par la foi seule, tandis que la doctrine des indulgences suppose aussi la justification par les œuvres. Tel fut le commencement de la réforme.

Luther ne s’en prit d’abord qu’à Tetzel. <r II attaqua premièrement les abus que plusieurs faisaient des indulgences et les excès qu’on en prêchait. Mais il était trop ardent pour se renfermer dans ces bornes ; des abus il passa bientôt à la chose même. Il avançait par degrés ; et encore qu’il allât toujours diminuant les indulgences et les réduisant presque à rien par la manière de les expliquer dans le fond, il faisait semblant d’être d’accord avec ses adversaires, puisque, lorsqu’il mit ses propositions par écrit, il y en eut une couchée en ces termes : « Si quelqu’un nie la vérité des indulgences du pape, qu’il soit anathème. » (Bossuet.)

Ce fut le jour de la Toussaint (1517) que Luther afficha à la porte de la grande église de Wittenberg 95 propositions

conœmant les indulgences. Tetzel y répondit par 110 contrepropositions. La lutte était engagée. Pour se défendre, Luther porta pour la première fois les yeux sur des questions redoutahles, et, entraîné par l’ardeur du combat, laissa bientôt là Tetzel et les indulgences pour s’en prendre au pape lui-même et^aux dogmes catholiques; « peu à peu il s’échauffa contre l’Eglise, et s’enfonça dans le schisme.» (Bossuet.)

A la première nouvelle de ces disputes, « c’est une querelle de moines, » avait répondu Léon X à ceux qui pressentaient un novateur dans ce théologien si hardi, et il avait oublié Luther et Tetzel pour retourner entendre la Calandra de Bibiena ou la Mandragore de Machiavel. Cependant, le bruit croissant, il envoya à Augsbourg, en 1518, un légat, le cardinal Gajétano, qui essaya, par caresses et par menaces, d’ébranler le moine saxon; mais Luther s’était affermi dans ses doctrines : il récusa le cardinal comme juge, et en appela du pape mal informé au pape mieux informé. C’était encore reconnaître l’autorité pontificale; l’année suivante, l’électeur de Saxe, Frédéric le Sage, son protecteur, étant devenu, par la mort de l’empereur Maximilien, vicaire de l’empire, il fit un pas de plus, il en appela du pape au concile général.

En formant cet appel, Luther ne dépassait pas encore les idées des Pères de Bàle et de Constance, qui avaient proclamé l’autorité des conciles généraux supérieure à celle du souverain pontife; mais, après avoir rejeté le pape, il fut conduit à rejeter les conciles; après les conciles, les Pères, c’est-à-dire toute autorité humaine, pour se placer face à face avec l’Ecriture, pour n’écouter plus, comme il disait, que la parole de Dieu, ne voulant entre elle et lui aucun intermédiaire. Mais l’Écriture n’est point toujours si claire, si accessible à toutes les intelligences, qu’un interprète ne soit pas nécessaire, si l’on veut maintenir l’imité de croyance; cet interprète, l’Église catholique le reconnaissait dans le pape. Luther le supprimant, chacun put interpréter à sa guise les livres saints ; l’unité de l’Église fut détruite, « la tunique sans couture fut déchirée»; les sectes se multiplièrent, et quelques esprits pervers, lisant dans l’Écriture ce que leurs passions mauvaises

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