‹ Histoire des temps modernesChapitre 101 sur 311 · CHAPITRE XHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XHI

voulaient y trouver, donnèrent naissance à des doctrines monstrueuses qui épouvantèrent tous les partis.

Dès l’année 1519, Luther était allé fort loin sur cette pente : déjà il attaquait l’autorité des papes, les sacrements, les vœux monastiques, et il touchait aux redoutables questions de la grâce et du libre arbitre. En 1520, il adressa au pape son livre de la Liberté chrétienne, qui ne permit plus à Léon X de temporiser. Le 15 juin 1520, une bulle fut lancée contre lui, qui condamna 41 propositions extraites de ses bvres, et le menaça de l’excommunication, s’il ne se rétractait dans les soixante jours. Mais que pouvait cette arme usée depuis qu’elle servait à tant de choses, même aux plus petites, comme à frapper ceux qui réimprimaient Tacite ou l’Arioste en concurrence avec l’éditeur pontifical. Luther, rompant à jamais avec Rome, brûla à Wittenberg la bulle du pontife aux applaudissements d’une foule enthousiaste.

Ce qui lui donnait tant d’audace, c’est que le nombre de ses partisans croissait tous les jours. Le peuple était charmé qu’on l’appelât à bre lui-même les Écritures traduites par Luther en allemand, et qu’on dénonçât, comme une violation de l’Évangile, les richesses du clergé. Les princes, qui ne pouvaient plus suffire avec leurs ressources du moyen âge aux dépenses croissantes du luxe qui naissait, de l’administration qui se développait, des armées qu’il fallait solder, entendirent avec plaisir protester contre ces grands domaines de l’Église si fort à leur convenance. Beaucoup enfin étaient flattés qu’on fit descendre du sanctuaire sur la place publique ces grandes questions qui les troublaient, et cédaient à l’irrésistible attrait de la bberté religieuse, que Luther faisait briller à leurs yeux, sauf à en user contre lui-même, comme il s’en était servi contre le pape.

Cependant, quand l’interrègne cessa, Gharles-Quint, qui avait besoin du pape contre François I", et qui tenait à remettre la paix religieuse dans l’empire, convoqua une grande diète à Worms (1521). Luther y vint avec un sauf-conduit, et refusa solennellement de rétracter aucune de ses opinions, à moins qu’on ne lui en montrât la fausseté par l’Écriture sainte. La diète mit le réformateur au ban de l’empire ; mais

telle avait été l’attitude du peuple et celle d’un grand nombre de princes, qu’on n’osa violer le sauf-conduit impérial. Plus heureux que ne l’avait été Jean Huss„ Luther put sortir de Worms, et son protecteur le tint caché près d’un an dans le château de la Wartbourg en Thuringe.

De cette retraite où il termina sa traduction de la Bible en langue vulgaire, Luther répandit impunément ses doctrines dans toute l’Allemagne : l’imprimerie donnait à ses pamphlets une publicité sans bornes. Ils pénétraient dans les chaumières comme dans les palais. Le réformateur ménageait d’ailleurs les princes, si puissants depuis la chute des Hohenstaufen. La sécularisation des biens de l’Église était une prime offerte à leur convoitise : en 1525, le grand maître de l’ordre Teutonique se déclara duc héréditaire de Prusse, sous la suzeraineté de la Pologne. Une grande partie des domaines ecclésiastiques de la basse Allemagne furent envahis. Dès l’année 1525, l’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse-Gassel, les ducs de Mecklembourg, de Poméranie, de Zell, et un grand nombre de villes impériales avaient embrassé la réforme, et en même temps sécularisé les biens de l’Église situés sur leur territoire.

Les grands auraient bien voulu se charger seuls de la direction et des profits de la réforme ; mais le peuple s’en mêla et voulut, à sa manière, prendre part à cette vaste curée. D’ailleurs, il avait de longs ressentiments contre l’oppression féodale que les seigneurs ecclésiastiques comme les séculiers faisaient peser sur lui depuis des siècles. De terribles insurrections, de. vraies jacqueries avaient déjà éclaté en 1471 et 1492. En 1500, l’association du Soulier avait été une menace contre les nobles ; des soulèvements eurent encore lieu en 1505 et 1513. Les principaux foyers de celte démagogie étaient les Pays-Bas et la Souabe. Quand les prédications de Luther tombèrent sur ces esprits irrités, elles les enflammèrent d’une nouvelle et sauvage ardeur. Laissant de côté les questions théologiques, ils allèrent tout droit aux questions sociales, et traduisant l’esprit de charité de l’Évangile en un esprit d’égoïsme, ils demandèrent l’égalité absolue, la communauté des biens et le renversement de toute autorité reli-

Digili..

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