‹ Histoire des temps modernesChapitre 104 sur 311 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

allait l’y surprendre. L’empereur malade n’eut que le temps de s’échapper au milieu de la nuit, et franchit, porté dans une litière, sous la pluie, sous la neige, les montagnes du Tyrol (1552). Il fallut remettre en liberté le landgrave et l’électeur, et par la convention de Passau accorder aux protestants une entière liberté de conscience (1552).

C’était donner au nouveau culte une existence légale. La paix d’Augsbourg (1555) rendit ces concessions définitives. Elle confirma, en outre, aux possesseurs actuels, la propriété des biens ecclésiastiques sécularisés antérieurement à la convention de Passau. Mais la clause du réservat'ecclésiastique, qui empêchait pour l’avenir les sécularisations, en obligeant les ecclésiastiques à résigner leurs bénéfices avant de passer au nouveau culte ; en outre, l’exclusion des calvinistes de la paix d’Augsbourg et l’interdiction du culte réformé hors des terres des princes protestants, seront la source de discordes d’où la guerre de Trente ans sortira.

Dans le nord de l’Europe l’établissement de la réforme fut provoqué par des causes et décidé par des intérêts purement politiques. L’union de Calmar venait d’être rétablie après la bataille de Bogesund, en Westrogothie, où Stenon-Sture, le dernier des administrateurs suédois , avait été mortellement blessé (1520). Christian II, qui régnait sur le Danemark et la Norvège, de puis 1513, se fit proclamer monarque héréditaire de la Suède. Il crut assurer son pouvoir en se débarrassant des principaux citoyens du pays. En un seul jour, 94 sénateurs, prélats ou riches bourgeois, furent frappés de la hache : puis on égorgea 600 personnes, sans distinction d’âge ni de» sexe ; des gibets furent élevés dons , toutes les villes , et des exactions sans pitié ruinèrent le pays.

La Suède n’attendit pas longtemps un vengeur. Dès l’année suivante , Gustave Vasa , de l’antique race des Folkungs, s’échappa de la prison où le retenait Christian, et après des aventures qui sont restées célèbres, souleva les intrépides mineurs de la Dalécarlie, tailla en pièces les Danois près d’Upsal, et assiégea Stockholm. La ville résista deux ans, malgré les secours que Gustave avait obtenus de Lubeck. Enfin le Néron du Nord fut déposé par l’aris-

tocratie danoise qu’il avait irritée, moins par ses crimes, que par sa prédilection pour les petites gens, et par sss édits en faveur des paysans (1523). A sa place, les nobles procla- , mèrent son oncle Frédéric, duc de Holstein, en lui faisaùt j jurer une capitulation qui consacrait leurs privilèges, leur rendait le droit de vie et de mort sur leurs paysans, et reconnaissait que la couronne était élective. De leur côté, les États de Suède déférèrent le titre de roi à Gustave Vasa, et Stockholm lui ouvrit ses portes (1523). L’année suivante, Frédéric, soutenu par la puissante marine de Lubeck, entrait aussi à Copenhague.

Gustave ne possédait guère que le nom de roi : il trouvait le sol aux mains de la noblesse et du haut clergé, les paysans, les bourgeois et les prêtres inférieurs en proie au dénûment ët à l’ignorance. Les habitants du Norland ne vivaient que d’écorces. Gustave alors résolut de renverser, à son profit, et dans l’intérêt du peuple, l’autorité des évêques. Leur alliance avec les Danois dans la dernière guerre les avait rendus odieux; mais ils étaient tellement redoutables par leurs richesses que le roi n’osa les attaquer de front, et employa contre eux toutes les ressources d'une habileté peu scrupuleuse. D’abord il toléra les prédications de deux luthériens, Olaüs et Laurent Pétri ; ensuite il leur donna son appui moral en nommant l’un secrétaire d’État, l’autre professeur à l’Université d’Upsal. Enfin il les autorisa à publier leur traduction des livres saints en langue vulgaire. Tout cela servait peu : le peuple ne savait pas lire.

AJors Gustave intéresse l’aristocratie laïque à ses projets, n permet aux nobles de revendiquer les domaines usurpés par l’Église au détriment de leurs ancêtres, donne l’exemple lui-même en s’emparant d’une riche abbaye qui avait autrefois appartenu à sa famille, et, invoquant la détresse du trésor public, il attribue à l’État les deux tiers des dîmes, l’argenterie et les cloches des églises (1526). Aux États généraux de Westeras (1527), le prestige de ses victoires, l’ascendant de son autorité, la séduction de son éloquence, charment et entraînent les députés. Les États lui accordent le droit de conférer les différentes dignités ecclésiastiques, déclarent que lès

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