CHAPITRE XIII
domaines du clergé appartiennent à l’État, demandent enfin que la religion soit ramenée à sa pureté primitive. Séparation de l’Église romaine, sécularisation des biens ecclésiastiques, adhésion aux principes de Luther, tout ce qu’enseignait ou pratiquait la réforme en Âllemagne, se trouvait sanctionné et consacré en Suède par les représentants de la nation.
Gustave ne perdit pas un instant. Sa part du produit des dîmes lui avait permis d’organiser une armée régulière. Il parcourut le royaume avec 14 000 hommes, mettant partout à exécution les décrets de Westeras. 13 000 fermes furent confisquées au profit du roi ou de lanoblesse. Le roi pouvait maintenant rejeter tout masque, il fit ouvertement profession de luthéranisme, nomma Laurent Pétri archevêque d’Upsal et se fit sacrer par lui (1528). L’année suivante (1529), le concile d’Œrébro régla le dogme et la liturgie. Par ménagement pour les sentiments populaires, on maintint la hiérarchie et la plupart des cérémonies du culte catholique; mais dans tout le reste on adopta les doctrines des protestants d’Allemagne.
La réforme, en Suède, porta la royauté au pouvoir absolu. Gustave Vasa justifia cette révolution par ses services : l’agriculture, l’industrie, le commerce, la marine, prirent un rapide essor, et la Suède entra dans le système général de la politique européenne, par une alliance avec la France (1542), qxii a duré presque sans interruption jusqu’à la Révolution française, et qui s’est renouée de nos jours.
Les prédications de Luther avaient de bonne heure retenti en Danemark. Dès l’année 1520, Christian II avait appelé Copenhague un prédicateur réformé ; sa chute n’arrêta point le mouvement. Son successeur, Frédéric I", gagné aux idées nouvelles avant même de monter sur le trône, proclama d’abord la tolérance religieuse, pour laisser libre carrière aux novateurs, dès l’année 1525, et se déclara hautement pour la réforme; deux ans après, la diète d’Odensée confirma la liberté de conscience, autorisa la rupture des vœux monastiques, le mariage des prêtres et soumit les prélats à la justice du roi. A la diète de Copenhague, Frédéric I*'' approuva la confession de /bides protestants danois (1530). Son fils, Christian III, alla plus loin. A peine sorti de la terrible guerre du
Comte, qui amena la ruine de la Hanse, il renversa la hiérarchie catholique. On déclara les évêques déchus de leur autorité temporelle et spirituelle; on confisqua leurs domaines pour les réunir au fisc, et à leur place on établit sept surin- ' tendants chargés du spirituel, et autant de grands baillis pour la gestion du temporel (1536). Mais le clergé luthérien ne conserva qu’une faible partie de l’ascendant moral et de l’influence politique qu’avaient possédés les pasteurs catholiques; et l’aristocratie danoise qui avait imposé à Christian III la capitulation que son père avait jurée, ne trouva dès lors plus d’obstacle à ses volontés. Elle supprima les États généraux, s’arrogea le droit de contrôler les nominations à tous les emplois, tint la royauté en tutelle et courba le peuple sous le plus dur esclavage. Gela dura 120 années, jusqu’en 1660, où, avec le secours des bourgeois et du clergé réformé, la royauté danoise se rendit absolue et héréditaire.
Zwingll et CalTiiii la réforme en HnloMe, en France, aux Payo-JBas et en Keooae (tSt9-f SS9).
La réforme fut d’abord prêchée en Suisse par un curé de Zurich, Ulrich Zwingli, contemporain, mais non inspiré de Luther. Dès 1517, il avait déclaré l’Évangile la seule règle de foi. Un jour que des vendeurs d’indulgences le priaient de ne pas entraver leur commerce, parce que cet argent servirait à édifier le plus beau temple de l’Univers, il montra au peuple les cimes neigeuses des Alpes, dorées par les rayons du soleil couchant : « Voilà, s’écria-t-il, le trône de l’Éternel; contemplez ses œuvres, adorez-le dans ses magnificences; cela vaut mieux que les offrandes aux moines et que les pèlerinages aux ossements des morts. » La religion évangélique de Zwingli se répandit dans la plus grande partie de la Suisse allemande, dans les cantons commerçants de Zurich, de Berne, de Bâle, d’Appenzell, de Claris et de Schaffhouse. Mais les cantons primitifs restèrent fidèles au culte catholique. Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, Zug, Fribourg et Soleure, formèrent, en 1528, avec le Valais, une ligue pour la défense de la foi catholique. Les réformés s’unirent de même