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CHAPITRE Xni

à Berne Tannée suivante et la guerre civile devint inévitable. Un moment contenues par les efforts de quelques hommes de bien, qui firent signer une paix de religion (1529), les haines religieuses amenèrent enfin de sanglantes collisions. Zwingli fut tué dès le commencement des hostilités. Vainqueurs à Cappel, et près du mont de Zug (1531), malgré l’infériorité du nombre, les catholiques imposèrent la paix à leurs ennemis. Chaque canton resta maître de régler souverainement son culte ; mais la doctrine évangélique fut expulsée des bailliages communs.

Les protestants trouvèrent une ample compensation à cette défaite. Genève se sépara de l’Église romaine. La réforme avait été indigène à Zurich : elle fut apportée à Genève par des étrangers, par des Français. Gouvernée par son évêque, sous le protectorat des ducs de Savoie, cette ville se trouva, vers le commencement du seizième siècle, divisée en deux camps. Les mameluks ou esclaves soutenaient les droits du duc Charles III, les huguenots (eidgenossen, confédérés par serment), défendaient les libertés de la ville. La réiorme donna un nouvel aliment aux inimitiés politiques. Les mameluks se déclarèrent pour la vieille foi catholique, les huguenots embrassèrent la doctrine contraire. Grâce à l’appui de Berne, le parti huguenot Temporta. La ville, protégée par François I", maintint contre la Savoie son indépendance, et Berne enleva au duc le pays de Vaud (1536).

A ce moment arriva Calvin. C’était un Français, de Noyon, qui venait de publier le livre de VInstilution chrétienne, plus redoutable que les ouvrages de Luther, parce qu’il était plus systématique , plus audacieux ; car tandis que le docteur de Wittenberg laissait subsister dans l’Église tout ce qui, selon lui, n’était pas condamné parla parole de Dieu, Calvin voulait abolir tout ce qu’il prétendait n’être pas prescrit par TÉvangile. Forcé de quitter la France, puis l’Italie, Calvin trouva un asile à Genève. Deux influences s’y disputaient le pouvoir, celle des réformateurs politiques, qu’on appelait les libertins, et celle des réformateurs religieux. Calvin assura la prédominance aux rigoristes. Ce ne fut pourtant point sans combat. Les politiques réussirent à le chasser de la ville (1541). Calvin

eut alors et exerça jusqu’à sa mort un pouvoir absolu. Il organisa le gouvernement de Genève au profit presque exclusif des ministres du culte réformé. Par une singulière inconséquence, la secte qui, en acceptant la triste et dure doctrine de la prédestination, anéantissait toute responsabilité morale, s’imposa la loi d’une morale plus rigide. La cité changea d’aspect : à la facilité des mœurs succéda un puritanisme guindé. Plus de fêtes, de divertissements, de conversations. Plus de spectacles et de société ; l’inflexible niveau d’une règle austère pesa sur la vie. Un poète fut décapité pour ses vers; Calvin voulait que l’adultère fût puni de mort, comme l’hérésie, et il fit brûler Michel Servet, qui ne pensait pas de la même manière que lui sur le mystère de la Trinité. Ces hommes qui avaient tant besoin de tolérance ne la comprenaient pas mieux que leurs adversaires. Le plus fervent disciple de Calvin, Théodore de Bèze, demandait aussi la mort contre les hérétiques, et accusait le parlement de Paris d’incrédulité, parce qu’il ne brûlait pas assez de sorcières. A quoi im magistrat répondait : «Voyez plutôt nos registres. »

Si le despotisme théocratique de Calvin enleva aux Génevois jusqu’aux jouissances les plus innocentes de la liberté, il est juste "dê ré^connaître que, sous cette vigoureuse impulsion, Genève acquit en Europe une importance considérable. Elle fut pendant toute la durée du seizième siècle et au dixseptième la citadelle et comme le sanctuaire de la réforme. Calvin donna lui-même l’exemple de la vie la plus austère et la plus active. Il prêchait tous les jours, faisait trois leçons de doctrine par semaine, traduisait la Bible en français, écrivait des traités de théologie, et répondait à tous ceux qui l’interrogeaient de tous les points de l’Europe. Sa correspondance remplirait trente volumes in-folio, et la bibliothèque de Genève garde de lui 2025 sermons manuscrits.

Lorsqu’il mourut, en 1564, ses disciples continuèrent son œuvre, Théodore de Bèze en France, et JohnKnox en Écosse.

Par suite du mariage de Maximilien avec l’héritière de Charles le Téméraire, les dix-sept provinces des Pays-Bas avaient passé de la maison de Bourgogne à celle d’Autriche. Elles formaient, sous la surveillance et la direction d’un gou-

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