‹ Histoire des temps modernesChapitre 107 sur 311 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

verneur général nommé par le souverain, une sorte d’État fédéral; chacune d’elles avait sa constitution et son assemblée représentative. Ainsi l’autorité du prince se trouvait limitée dans les Pays-Bas par des institutions libres et surtout par l’esprit indépendant de la population néerlandaise.

Les Pays-Bas étaient trop voisins de'l’Allemagne pour que la réforme n’y pénétrât pas de bonne heure. Une traduction de la Bible en flamand y parut presque en même temps que la traduction allemande de Luther, et c’est en Hollande que se réfugièrent les débris de l’anabaptisme vaincu à Munster. Mais Charles-Quint, bien que gêné par les privilèges des cités, l’était moins cependant que dans l’empire pour empêcher les propagations des nouvelles doctrines. Il lança les édits les plus sévères, surtout celui de 1550, après sa victoire de Mühlberg sur les protestants allemands. Dès 1 522 il avait établi une inquisition spéciale, et de nombreuses condamnations à mort furent prononcées. Mais ces rigueurs n’aboutirent qu’à changer la nature de l’hérésie. Le luthéranisme disparut des Pays-Bas ; le calvinisme prit sa place, descendu de la Suisse par l’Alsace, ou venu de la Grande-Bretagne pendant le règne d’Édouard VI, grâce à la multiplicité des relations commerciales qui unissaient les deux pays ; il se propagea surtout dans les provinces bataves. On verra plus loin la terrible lutte qu’il eut à y soutenir contre Philippe II.

C’est aussi le calvinisme qui l’emporta en France. Les doctrines et les écrits de Luther y avaient eu peu de succès. De ce côté-ci du Rhin, la science théologique avait chez nous \in centre, la Sorbonne ; la foi se trouvait par conséquent mieux défendue; et la royauté n’avait pas besoin de la réforme pour mettre la main sur les domaines du clergé, puisque le concordat donnait au roi la disposition des bénéfices. Enfin on trouvait moins d’abus au sein du clergé gallican, parce qu’il avait moins de richesses et de pouvoir ; et, si beaucoup de nobles des provinces regrettaient les domaines jadis cédés par leurs pères à l’Église, si les doctrines indépendantes des novateurs plaisaient à leur esprit féodal, si des désirs d’affranchissement politique se mêlèrent pour eux à des désirs de liberté religieuse, le peuple des grandes villes

resta profondément catholique. La réforme en France fut pour le plus grand nombre sans doute une question de conscience et de conviction; elle fut pour beaucoup aussi, quelquefois même à leur insu; un réveil de l’esprit aristocratique, une réaction féodale contre l’ascendant de la royauté et de la cour.

La réforme ne fit que d’insignifiants progrès avant Calvin. C’est V Institution chrétienne, publiée par lui en 1535, qui fixa les incertitudes des lettrés et donna une formule précise à leurs vagues inspirations. Le calvinisme s’empara rapidement d’une portion considérable de la petite noblesse, de quelques bourgeois et de plusieurs magistrats ; la plupart de nos grands jurisconsultes et de nos érudits y adhérèrent publiquement ou en secret ; mais, à l’exception des provinces méridionales, où le souvenir des doctrines et de la guerre des Albigeois, celui, plus récent, des scandales d’Avignon, entretenaient contre l’Eglise romaine de profondes rancunes, le peuple, surtout dans les grandes villes, ferma l’oreille au nouvel évangile.

François I" ne lui était point favorable ; mais il avait à ménager contre Charles-Quint l’alliance des protestants d’Allemagne. Il était difficile qu’il tendit la main aux réformés d’outre-Rhin, et qu’en même temps il fit brûler les réformés de France. Telle est pourtant la continuelle et triste alternative que présente sa politique. Est-il en guerre avec l’empereur? il ferme les yeux sur les efforts des prêcheurs calvinistes, et il promulgue l’édit de Coucy qui suspend toute poursuite pour fait de religion (1535). La paix est-elle signée, et n’a-t-il plus besoin de la ligue de Smalkalde? il cherche à arrêter par des supplices la propagande protestante. A la fin de son règne, sur les instances de Montmorency et du cardinal de Toumon, il révoqua l’édit de tolérance de Coucy et ordonna le massacre des Vaudois, dont les croyances étaient vieilles de plus de trois cents ans.

Paisibles et payant régulièrement l’impôt , gens de mœurs pures et simples , les Vaudois habitaient deux petites villes , Mérindol et Gabrières, et une trentaine de villages des Alpes de Provence (département de Vaucluse). Ils avaient déjà été

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