CHAPITRE XIII
condamnés, en 1540, comme hérétiques, à la requête du président d’Oppède et de l’avocat général au parlement d’Aix, Guérin. On avait sursis à l’exécution. Mais, en avril 1545, des ordres précis et rigoureux arrivèrent de la cour au parlement d’Aix. La baron de la Garde, assisté du président d’Oppède et de l’avocat général Guérin, entrèrent inopinément avec des soldats sur le territoire de ces malheureux. L’arrêt portait que les hommes et les femmes devaient être brûlés vifs, les serviteurs et les enfants chassés, les lieux rendus inhabitables, les bois coupés et abattus. Il fut trop scrupuleusement exécuté : 3000 Vaudois furent massacrés ou brûlés dans leurs habitations; 660 condamnés aux galères ; le reste dispersés dans les bois et les montagnes où la plupart moururent de faim et de misère ; il ne demeura pas une maison, pas un arbre, quinze lieues k la ronde (1545).
Henri II poursuivit les nouvelles doctrines avec rigueur. L’édit de Châteaubriant (1551) ordonna de juger les protestants sans appel, ferma les écoles et les tribunaux à quiconque n’avait pas un certificat d’orthodoxie, et, par un usage renouvelé des plus mauvais jours de l’empire romain, assura aux délateurs le tiers des biens de leurs victimes. Mais la persécution fut impuissante. En quelques années, le nombre des églises protestantes s’éleva de une à deux mille. « La moitié de la noblesse, une partie du clergé, et peut-être un dixième du peuple, dit avec exagération un contemporain, étaient attachés k la réforme. Malgré les édits, malgré les supplices, ils étaient si opiniâtres et si résolus en leur religion, que lors même qu’on était le plus décidé k les faire mourir, ils ne laissaient pour cela de s’assembler ; et, plus on faisait de punitions, plus ils se multipliaient. » {3lémoires de Castelnau.)
La persécution eût été certainement violente sans la mort prématurée de Henri II. A ce moment, la lutte s’engageait au sein même du parlement et l’effervescence arrivait k son comble. Sur la nouvelle que les huguenots avaient trouvé des défenseurs dans ce grand corps judiciaire, le roi s’était transporté quelques jours avant le fatal tournoi, au milieu des magistrats, et avait ordonné de continuer en sa présence la délibération qui portait sur les édits lancés contre les hérétiques.
Deux membres, Dufaur et Anne Dubourg, ne cachèrent point leur sympathie pour les persécutés ; le second se fit même presque accusateur. « Je sais, dit-il, qu’il est certains crimes qu’on doit impitoyablement punir, tels que l’adultère, le blasphème et le parjure ; mais de quoi accuse-t-on ceux qu’on livre au bras du bourreau? » Le roi se croyant insulté et bravé en face, les fit aussitôt saisir, et commanda qu’on instruisit leur procès. Sa mort n’arrêta pas l’affaire, qui fût suivie au milieu des plus terribles péripéties. Les ministres de l’Église réformée tinrent à Paris leur premier synode national, pour rédiger une pétition en faveur des prisonniers. Le 12 décembre, entre cinq et six heures du soir, le président Minard, violent ennemi de Dubourg, fut tué d’un coup de pistolet au sortir de l’audience. Ce coup tuait aussi Dubourg : il fut condamné au bûcher et brûlé en place de Grève. La persécution allait, comme aux Pays-Bas et partout, amener les complots et l’épouvantable guerre que nous aurons bientôt à raconter.
De France, le calvinisme était passé en Écosse, pays avec lequel nous avions d’étroites relations et où ses progrès furent facilités par les dispositions naturelles du peuple et la faiblesse du gouvernement.
Après la mort prématurée de Jacques V (1542, voy. p. 117), sa veuve, Marie de Guise, proclamée régente au nom de sa fille, Marie Stuart, avait laissé la direction des affaires au cardinal Beaton, homme d’État habile, mais d’un caractère dur jusqu’à la cruauté. De nombreux supplices furent ordonnés par lui pour fait de religion. Aucun n’excita l’indignation générale à un plus haut degré que celui de George \Vishart, brûlé vif sous les yeux du cardinal. Les réformés, pour venger la mort de leur coreligionnaire, assassinèrent Beaton, dont ils pendirent le cadavre aux créneaux du château Saint- André (1546).
La réforme se propagea dès lors en Écosse avec rapidité, bien que combattue par la régente, sœur des Guises. Les plus illustres et les plus puissantes familles du pays l’adoptèrent ; Jean Knox se mit à la tête du mouvement. Frappé de plusieurs condamnations, brûlé même en effigie, il s’enfuit en Angleterre, où il devint chapelain d’Édouard VI, et, après l’avéne-