‹ Histoire des temps modernesChapitre 109 sur 311 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ment de la catholique Marie Tudor, en Suisse, où il connut Calvin. Quand Élisabeth eut fait triompher le protestantisme en Angleterre, Knox fut rappelé de Genève. Disciple de Calvin, il organisa l’Église écossaise sur le modèle de l’Église génevoise. La hiérarchie fut abolie; dans le presbytéranisme, c’est le nom que prit l’Église d’Écosse, tous les ministres sont égaux. Knox aurait voulu consacrer les domaines du clergé catholique à l’entretien du nouveau culte; mais les nobles s’en étaient saisis, et ils les gardèrent. Il fut plus heureux dans ses efforts contre lés monuments catholiques. Églises, bibliothèques, archives, tombeaux même, rien de ce qui sembla entaché d’idolâtrie ne trouva grâce devant ce furieux iconoclaste (1560). Ainsi la réforme écossaise prit dès le début un caractère de violence et de fanatisme particulier.

XA réforme en Angleterre Cl&si-fsea).

L’Angleterre avait toujours montré à l’égard du saint-siège un esprit d’indépendance qui allait souvent jusqu’à l’hérésie. Ainsi, au quatorzième siècle, Wiclef et les Lollards, ses disciples, avaient rencontré les plus vives sympathies ; et la méfiance, sinon la haine contre Rome, était générale dans le clergé comme dans le peuple. Ce fut pourtant un incident vulgaire et coupable, l’amour du roi Henri VIII pour Anne de Boleyn, qui amena le schisme d’Angleterre.

Henri VIII était marié depuis 2k ans avec Catherine d’Aragon, quand il découvrit un jour, en 1527, qu’il était parent de sa femme à un degré prohibé parles canons de l’Église. Il demanda au pape de prononcer l’annulation du mariage. Clément VII était alors prisonnier de Charles-Quint, et Cbar- K les-Quint était l’osele de Catherine. « Je me trouve, écrivait le pontife, entre l’enclume et le marteau. » H négocia; mais le roi, impatient de ces lenteurs, se fît proclamer par son parlement protecteur et chef suprême de l’Église d’Angleterre (153l); l’année suivante il épousa Anne de Boleyn. Clément VII lança une sentence d’excommunication contre le roi (1534). Henri y répondit en s’enfonçant davantage dans le schisme. Le parlement, toujours docile, décréta la suppres-

sion des ordres monastiques, et le roi confisqua les biens des couvents (1536).

Henri VIII, en se séparant du sainl^-siége, prétendait pourtant rester orthodoxe : il se souvenait d’avoir écrit contre Luther; et dans ses chartes ou protocoles diplomatiques il prenait avec la même fierté son titre de défenseur de la foi, et celui de roi de France. Malheur au catholique qui niait la suprématie religieuse du roi, il était décapité 1 Malheur aussi au dissident qui niait la présence réelle, il était brûlé !

Dès 1S31, les supplices commencèrent. Trois protestants furent brûlés afin que nul ne doutât de l’orthodoxie du roi ; en 1535, il fit décapiter le cardinal-évêque Fisher, qui réprouvait le divorce du roi, et le chancelier Thomas Morus, qui refusait de reconnaître sa suprématie religieuse : le dernier est un beau caractère et un des grands esprits du siècle. Depuis ce jour, le voluptueux et sanguinaire Henri VIII rappela pour l’Angleterre les plus affreux tyrans de Rome. Il épousa six femmes, en répudia deux, Catherine d’Aragon (1532) et Anne de Glèves (1540), en envoya deux à l’échafaud, cette Anne de Boleyn, la cause du schisme (1536), et Catherine Howard, pour des désordres antérieurs à son union avec le roi (1542); une troisième, Catherine Parr, faillit y monter pour ses opinions religieuses. La sixième, Jeanne Seymour, qu’il avait épousée après Anne de Boleyn, était morte en donnant le jour au prince qui fut Édouard VI (1537). Quand le parlement, pour apprendre aux Anglais ce qu’ils devaient croire ou ne pas croire, eut adopté le bill des six articles, que^ les réformés appelèrent bill de sang (1539), une inquisition plus terrible que celle d’Espagne couvrit l’Angleterre de bûchers. Parmi les victimes, on compte 2 reines, 2 cardinaux, 3 archevêques, 18 évêques, 13 abbés, 500 prieurs ou moines, 14 archidiacres, 60 chanoines, plus de 50 docteurs, 12 ducs, marquis ou comtes, 29 barons, 335 nobles, 110 femmes de condition, etc.; au total 72 000 condamnations capitales. Jamais révolution n’eut des sources plus impures, et ne s’étabbt par des voies plus sanglantes et plus honteuses. Au meurtre se joignait la spoliation. Tous les biens meubles et immeubles des couvents avaient été saisis par le roi. Ce n’était pas assez.

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