CHAPITRE Xm
II multiplia les amendes, les confiscations, les impôts, altéra les monnaies, et, malgré toutes ces extorsions, chargé de dettes, il fit banqueroute pour apurer ses comptes. Cette banqueroute se fit au reste légalement. Le parlement, par un vote spécial, dispensa le roi de rendre ce qu’il avait emprunté. Ce même parlement avait donné force de loi aux ordonnances royales. Ainsi, les Anglais qui n’avaient cru sacrifier que leur liberté politique, quand, après la guerre des deux Roses, ils avaient laissé Henri VII saisir le pouvoir absolu, voyaient maintenant l’argent, le sang, les croyances mêmes de la nation, sacrifiés à un abominable tyran.
Mais, en publiant une traduction des livres saints en langue vulgaire, Henri VIII devint, sans le vouloir, un propagateur d’hérésie. A côté de la réforme royale, bornée à quelques modifications insignifiantes dans la liturgie , et à la suppression de l’autorité du saint-siège, grandit une réforme populaire qui s’écarta profondément des dogmes et de la discipline catholiques. Poursuivis avec acharnement par les défenseurs du culte officiel, les dissidents voudront conquérir la liberté religieuse, et feront cause commune avec les promoteurs de la liberté politique. La chute des Stuarts et du despotisme en Angleterre n’aura pas d’autre cause. (Pour la politique étrangère de Henri VIII, voy. les chap. xi et xii.)
Schismatique, mais orthodoxe avec Henri VIII, l’Angleterre s’éloigna, sous Édouard VI, de la doctrine catholique. Le régent, Sommerset, très-zélé pour la réforme, proscrivit la messe, ordonna l’usage de la Bible en langue vulgaire, abolit les fêtes et permit aux laïques la communion sous les deux espèces (1548) ; Wanvick, qui renversa Sommerset (1 549), et le fit exécuter trois ans après, était catholique au fond du cœur; mais il avait besoin des protestants et s’appuya sur eux pour écarter du trône la princesse Marie, fille de Catherine d’Aragon. Et en effet, à peine Édouard VI eut-il 'expiré avant d’avoir atteint sa dix -septième année, que Warwick proclama Jeanne Gray, jeune femme intéressante par son savoir et ses vertns, mais qui n’avait que des droits éloignés à la couronne, étant arrière-petite-fille de Henri VII.
Telle était la vénération des Anglais pour le sang de leurs
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rois qu’ils respectaient le principe d’hérédité, même lors- i qu’il était en opposition avec leurs intérêts ou leurs passions. | Warwick fut abandonné même par les protestants, et la malheureuse Jeanne Gray paya de sa vie le règne de dix jours que l’ambition d’un autre lui avait imposé (1553).
Marie se déclara hautement catholique, rétablit les évêques qui avaient refusé le serment de suprématie, et punit / ceux qui l’avaient prêté. Puis elle épousa le fils de Charles- Quint, son Çûusin Philippe II, malgré les prières des communes, et contre le vœu de toute la nation. Alors l’Angleterre fut solennellement réconciliée avec le saint-siège. Les déten- , leurs des biens des couvents s’étaient déclarés prêts à rentrer dans l’Église catholique, pourvu qu’on leur garantît la possession tranquille de ce qu’ils avaient pris (1554). Mais de ce moment aussi les supplices commencèrent : de février 1555 à septembre 1558, 400 réformés périrent, dont 290 par le feu.
Les protestants ont flétri la reine Marie du surnom de la sanglante, titre qui conviendrait aussi bien à leur grande reine Élisabeth. Au reste, Marie fut toute sa vie malheureuse. Persécutée pendant sa jeunesse, elle se vit sur le trône dédaignée par l’ingrat Philippe II, à qui elle avait voué toute son affection. Il l’entraîna dans sa guerre contre laFrance : l’Angleterre y perdit Calais. Marie ne survécut que quelques mois à ce désastre. Elle répéta plusieurs fois avant d’expirer que si l’on ouvrait son cœur, on y trouverait écrit le nom de Calais (J 558).
La mort prématurée de Marie Tudor fit arriver au trône sa sœur Élisabeth, fille d’Anne de Boleyn et protestante. Elle avait jusque-là caché ses sentiments secrets, et elle parut d’abord hésitër sur la question religieuse. Elle se fit même sacrer selon le rit catholique, et elle chargea l’ambassadeur anglais près du sai}|t-siége de notifier au pape, Paul IV, son avènement. Élisabeth se serait certainement prononcée pour la réforme, mais la hautaine et violente réponse du pontife précipita sa décision. Le 18 février 1557, la chambre (Jes lords déclara la reine gouvernante suprême de l’Église ainsi que de l’État. On annula toutes les lois religieuses de Marie. Un serment, impliquant la reconnaissance de la suprématie spirituelle de la couronne, fut imposé à quiconque avait le moin-