CHAPITRE Xlll
dre rapport avec le gouvernement. Tous les évêques, à l’exception d’un seul, le refusèrent, et furent destitués ; mais sur 7386 ecclésiastiques du second ordre, 180 curés seulement, et 95 bénéficiers, imitèrent ce désintéressement. L’organisation de l’Église anglicane ne fut réglée que trois ans plus lard par le bill des trente-neuf articles (1562). La religion nouvelle maintint la hiérarchie épiscopale, et son clergé est encore aujourd’hui de beaucoup le plus riche de toute la chrétienté. Née à la voix du pouvoir temporel, elle lui est restée constamment dévouée, et a soigneusement nourri dans le peuple anglais la haine du papisme.
Depuis l’année i 532, l’Angleterre, du moins la classe officielle de ce pays, avait changé quatre fois de religion, selon le caprice de ses princes : triste spectacle qui ne fut donné nulle part ailleurs, et qui montre la puissance acquise par la royauté sous les Tudors. Jusqu’à présent, ces changements n’avaient été qu’une affaire d’administration intérieure; mais la question religieuse va devenir une question nationale, et la réforme sera profondément enracinée dans le sol anglais, par les efforts mêmes que feront les étrangers pour l’en extirper. A partir du règne d’Élisabeth, le protestantisme devint une partie du patriotisme anglais, à ce point qu’on ne fut plus éloigné de considérer comme traîtres ceux qui restèrent attachés à l’Église romaine et qui, en réalité, mettant leur conscience audessus de leur pays, vécurent longtemps en conspiration permanente contre l’ordre nouveau.
Principales dlirércnces entre les l^gllses protcstantcss.
Ainsi, en moins d’un demi-siècle, la Suisse, la Grande-Bretagne, la Suède, le Danemark, la moitié de l’Allemagne et une partie de la France, s’étaient séparés du catholicisme. La chrétienté, qui, au moyen âge avait été si bien unie, se trouvait divisée. La religion romaine dominait dans le midi de l’Europe, le protestantisme dans le nord. Mais le principe protestant étant la libre interprétation des Écritures, il s’était produit déjà au sein de la Réforme quantité de sectes dont le nombre devait s’accroître encore.
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Cependant trois grands systèmes dominaient : le luthéranisme, le calvinisme et l’anglicanisme. Le premier était généralement adopté dans le nord de l’Allemagne et dans les États Scandinaves ; le second en Suisse, en France, dans les Pays-Bas et en Écosse; le troisième, comme son nom l’indique, en Angleterre.
Ils avaient un dogme commun qui est le vrai fond du protestantisme, la doctrine de la justification par la grâce. Luther le défendit contre Érasme dans son livre de servo arbitrio, où se trouvent de si étranges maximes touchant l’inutilité des oeuvres pour le salut, même l’innocuité des œuvres mauvaises pour la damnation, la foi suffisant seule à la justification. Calvin poussa cette doctrine à ses dernières et monstrueuses conséquences, en enseignant la prédestination des élus et des damnés.
Des trois Églises réformées, la plus éloignée de l’orthodoxie était le calvinisme, la plus voisine l’anglicanisme. Les calvinistes, en effet, comme les sacramentaires, rejetaient entièrement le dogme de la présence réelle, et voyaient dans l’Eucharistie, non le sacrifice effectif de Jésus-Christ, mais une simple commémoration de la Cène. Les luthériens n’admettaient pas la transsubstantiation, c’est-à-dire le changementdes espèces du pain et du vin en corps et en sang du Sauveur ; ils croyaient pourtant que Jésus-Christ y était présent, comme le feu est dans un fer chaud, pour emprunter la comparaison de Luther lui-même. Ainsi, au lieu d’accepter le mystère comme les catholiques, ou de le nier comme les calvinistes, ils le remplaçaient par un autre plus compliqué, auquel ils donnaient les noms bizarres à’impanation et à'invination. Quant aux anglicans, ils n’étaient séparés des catholiques sur ce dogme fondamental que par des nuances équivoques, la confession de foi de l’Eglise anglicane, en 1562, ayant à dessein évité de se prononcer sur cette question, et déclarant à la fois que la Cène est la communion du corps et du sang de Jésiis-Christ, mais que le communiant ne reçoit Jésus- Christ que spirituellement. Au fond, les anglicans sont des calvinistes par le dogme et des catholiques par la liturgie.
Des sept sacrements de l’Église catholique, ils n’en re-