‹ Histoire des temps modernesChapitre 112 sur 311 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

connaissaient que deux, le baptême et la Cène : le premier considéré comme un simple engagement d’élever chrétiennement reniant, le second dépouillé de tout mystère, l’un et l’autre n’étant pas indispensables au salut; les luthériens, deux aussi, le baptême et l’eucharistie, mais en transformant le dernier, reçu par les anglicans dans des termes qui rapprochaient leur Église de celle des catholiques. D’ailleurs les communions protestantes s’accordaient à rejeter les cinq autres sacrements, car la confirmation et l’ordination des prêtres gardées par les anglicans, l’étaient non pas à titre de sacrements , mais seulement comme rites pieux ; et s’ils conseillaient la confession, au lit de mort, ils n’en faisaient pas une condition impérative.

C’est surtout par la discipline que différaient entre elles les Églises réformées. On ne doit pas s’en étonner, puisque la réforme avait eu pour occasion et pour cause principale les abus qui s’étaient introduits dans le clergé. Sous ce rapport, les cultes protestants se rattachaient à deux principaux modes d’organisation. Le luthéranisme admettait une certaine hiérarchie, l’anglicanisme une hiérarchie complète ; la discipline calviniste reposait sur le principe de l’égalité des ministres entre eux. C’est dans la Grande-Bretagne que les deux systèmes arrivèrent h leur développement le plus complet. Ainsi l’Église anglicane, avec ses archevêques, ses évêques, ses divers degrés dans le sacerdoce, sa liturgie, ses immenses revenus, ses collèges et ses établissements d’instruction et de charité, ne différait presque en rien de l’organisation extérieure des Églises catholiques , sauf la simplicité du costume, la froide austérité du culte, l’emploi de la langue vulgaire et le mariage des prêtres. Soumise à la suprématie royale, son existence se trouva intimement unie au maintien de la monarchie, et le clergé fut en Angleterre l’appui le plus sûr de la royauté.

Sa voisine, au contraire, l’Église presbytérienne d’Écosse, avait des tendances démocratiques. Là, point de distinction de grade ou de richesse entre les membres du clergé. A peine sont-ils séparés des fidèles par la nature de leurs fonctions. Encore les sectes puritaines ne tarderont-elles pas à suppri-

mer toute délégation spéciale du sacerdoce. Tout chrétien sera propre au divin ministère, qui aura le talent ou l’inspiration. Dans les Etats Scandinaves, les évêques avaient été conseiTés sous lenomde surintendants; maïs les évêques luthériens ne gardaient rien de la richesse et de l’influence politique de leurs prédécesseurs catholiques. Les princes ou les souverains avaient eu grand soin d’imposer k leur nouveau clergé les plus strictes limites de l’aisance, et de l’exclure entièrement du temporel. Mais si la confusion des deux pouvoirs avait eu au moyen âge de déplorables résultats, la subordination de l’Église à l’État dans les pays luthériens eut le fâcheux effet de priver les ministres de Tindépendance et de la dignité nécessaires à leurs fonctions.

Les Églises calvinistes étaient plus pauvres encore ; mais comme elles ne devaient leur origine qu’à elles-mêmes, elles avaient une grande liberté et un empire moral considérable. A Genève, en France, en Écosse, magistrats et seigneurs furent plus d’une fois contraints d’écouter la voix énergique de leurs pasteurs.

En résumé, l’unité religieuse de l’Europe était brisée, et dans le camp de la réforme les sectes dissidentes pullulaient. Née de l’esprit de révolte, la réforme fut d’abord infidèle à son caractère. Les anglicans et les luthériens remirent à leurs princes le pouvoir spirituel qu’ils refusaient au pape, de sorte qu’on vit ceux qui tenaient le glaive, écrire de l’autre main des articles de foi, et les imposer souspeine de mort ou d’exil*.

« Luther nous a mis sur la tête, disait le doux Mélanchthon, un joug de fer, au lieu d’un joug de bois. » Dans ces pays donc la révolution religieuse vint d’abord en aide à la

1. En 1558, les dDCleurs de Leipzig et de Wiltemberg analhématisôrent comme hérétiques les ministres d’iéna et tous ceux qui admettaient, si petite qu’elle Tût, une coopération de l’homme à la justification que le Saint-Esprit opère en lui; ils excitèrent les ducs de Saxe, comme évéques-nés de leur territoire, à sévir contre eux. Les théologiens qui refusèrent de signer le formulaire d’iéna furent enlevés par des soldats, jetés en prison ou bannis. Plus tard, l'électeur Auguste fit périr son chancelier dans les tortures, condamna le gendre de Mélanchthon à une prison perpétuelle et chassa quiconque n’accepta pas une Jormule de concorde qu’il avait rédigée. La doctrine sjrnergiste ou de la coopération nécessaire de l'homme à sa justification avait été enseignée par Mélanchthon et a été généralement adoptée par les luthériens.

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