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CHAPITRE XIII

révolution politique, puisqu’elle ajouta aux droits des princes celui plus nouveau encore de gouverner les consciences. C’était un emprunt de plus aux usages de Rome impériale, conséquence naturelle d’une réforme qui prétendait n’être qu’un retour aux temps apostoliques.

Les calvinistes, après la dure domination de. Calvin, se souvinrent mieux de leur origine. Ils ne reconnurent le pouvoir spirituel qu’à l’assemblée des fidèles, c’est-à-dire à l’Église même. La constitution politique de la plupart des pays calvinistes, la Suisses, la Hollande, l’Écosse, préparait d’ailleurs cette solution.

C’est aussi dans la Suisse que le meilleur usage avait été fait des biens de l’Église pour fonder des hospices et des écoles.. En général, le protestantisme, remplaçant presque tout le culte par la lecture et la méditation de la Bible, répandit largement dans le peuple l’instruction primaire.

On vient de voir qu’en politique, cette révolte contre l’autorité spirituelle aboutit, en beaucoup de lieux, à une servitude plus grande vis-à-vis du pouvoir temporel ; il arriva de même, pour la civilisation générale, que cette insurrection de l’esprit d’examen ne profita point d’abord aux progrès de la raison publique. En Allemagne, toutes les intelligences se tournèrent vers la théologie. On délaissa les lettres antiques pour ne s’occuper plus, comme aux beaux jours de la scolastique, que de questions puériles, parce qu’elles étaient inextricables. La Renaissance en mourut, peintres et poètes disparurent devant les fureurs iconoclastes des uns et les emportements théologiques des autres ‘ ; mais les adiaphoristas, les synergistes , les accidentaires , les substantialistes , les crypto-calvinistes pullulèrent et donnèrent le spectacle impie d’hommes qui prétendaient à régler les choses du ciel et à mesurer la puissance de Dieu , à déterminer son action et à rédiger ses décrets, ce qui ne les empêchait pas d’avoir sans cesse à la bouche des mots de haine et de mort, en parlant de Celui qui a jeté partout sur le monde la vie et l’amour.

i . Érasme disait en 'l 528 (Ép. MCI) : Ubieunqae régnât latherianùmus , ibi litterarum est interitus, '

On verra bientôt que le contre-coup de la Réforme produisit des conséquences semblables en Italie et en Espagne.

Luther et Calvin, le premier qui remit aux princes le pouvoir spirituel, le second qui brûla Michel Servet, ne sout donc à aucun point de vue ce qu’on a voulu les faire ; les pôres de la liberté moderne. Mais sur le champ où l’homme laboure et sème, bien souvent lève une moisson qu’il n’atteudaù pas. La négation de l’autorité dans l’ordre spirituel conduisait inévitablement à la négation de l’autorité dans l’ordre philosophique et social. Luther et Calvin, bien sans le vouloir, menaient à Bacon et à Descartes, comme Bacon et Descartes, à leur insu, menèrent à Locke et à Mirabeau.

Il est curieux de voir que le grand travail de la civilisation moderne arrêté dans les pays où les deux doctrines opposées arrivèrent à leur plus complète expression, fut continué par celui qui repoussant à la fois Luther et l’Inquisition, proclama, dès le seizième siècle, par deux de sas grands hommes, L’Hôpital et Henri IV, la nécessité de la tolérance religieuse. La France de Jean Goujon et de Corneille, du Poussin et de Molière, ramassa le sceptre des arts et des lettres tombé des mains défaillantes de l’Italie, et le garde encore.

A un autre égard, la révolution religieuse se rattache aussi à la révolution économique. Dans les pays protestants, la diminution des fêtes augmenta les jours de travail, comme la fermeture des couvents accrut le nombre des travailleurs. La production en devint plus grande, par conséquent les produits à meilleur marché. Là est une des raisons de la supériorité industrielle et commerciale des pays protestants sur ceux qui restèrent sévèrement catholiques comme l’Italie, l’Espagne, la Bavière et l’Autriche*.

< . Voyez Macaulay, Introduclion i V Histoire d’Angleterre.

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