‹ Histoire des temps modernesChapitre 115 sur 311 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tandis que c’est une tragédie entre Dieu et Satan ; où Satan triomphe et Dieu est immolé. Mais viendra la catastrophe. ...» (Lettre du 4 avril 1541}. Les princes, en effet, qui s’étaient emparés des biens de l’Eglise, ne pouvaient vouloir d’une paix qui les eût condamnés à restitution, ou qui tout au moins eût arrêté leurs empiétements.

Il y eut même une sourde opposition de la part de quelques catholiques. François I**' redoutait l’influence que cette pacification donnerait à l’empereur dans l’empire. Une Allemagne unie lui semblait à craindre. D’autres, comme l’archevêque de Mayence, craignaient le prix dont la paix serait payée. « On serait forcé , écrivait-il au pape, de faire trop de concessions. » Gontarinifut désavoué par le saint-siège, comme l’avaient été les docteurs protestants par leurs princes.

L’espoir d’une réconciliation étant perdu , l’Église s’arma pour le combat.

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En 15(i2, une nouvelle Inquisition , dont le tribunal supérieur siégea à Rome, fut instituée. Six inquisiteurs généraux eurent mission de rechercher et de punir, en deçà comme au delà des monts, toute atteinte à la foi. Ni rang ni dignité ne pouvaient soustraire à leur juridiction. Ils avaient droit de faire incarcérer les suspects , de frapper même de la peine capitale les coupables et de vendre leurs biens. II leur était enjoint, en un mot, de tout faire pour étouffer et extirper les hérésies qui avaient éclaté dans la communauté chrétienne. L’Inquisition se mit aussitôt à l’œuvre , avec une telle énergie, que les routes qui conduisaient d’Italie en Suisse et en Allemagne se couvrirent de fugitifs. La crainte régna d’un bout de la Péninsule à l’autre. Même la duchesse de Ferrare, toute fille de France qu’elle était, fut inquiétée*. « Elle mêle des larmes à son vin, » disait Marot. Les académies furent dissoutes à Modène, à Naples. Tout examen des choses

i . Madame Renée, seconde fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne.

LE CONCILE DE TRENTE, ETC

de la foi fut interdit; tout ce qui sentait la nouveauté fut surveillé, proscrit. On établit la congrégation de Vindex et les listes des livres prohibés se multiplièrent ; aucun ouvrage ancien ou moderne ne put être imprimé qu’avec permission des inquisiteurs. Dans toute l’Italie, Venise seule subordonna l’inquisiteur à l’autorité civile. Un cardinal, des évêques furent jetés en prison, des individus de moindre condition noyés ou brûlés. Ces moyens réussirent , et l’unité catholique, l’orthodoxie furent sauvées dans la Péninsule ; mais à quel prix! L’asservissement des Italiens à la maison d’Autriche avait tué la vie politique ; les mesures pour extirper ou prévenir l’hérésie tuèrent la vie littéraire. On cessa de penser; l’art tomba comme les lettres* ; et l’Italie devint pour trois siècles la

4 . De la Jtrutalem du Tasse on tomba à la Secchiu rapita de Tassoni ; de Raphaël et de Michel-Ange an Bernin. Le grand art devint celui des Arlequins et des Pantalons. L’empereur Malbias donna la noblesse i l'arlequin Ceccbini. En 1 806, alasséna ne trouva pas une seule imprimerie dans les Calabres, et bien peu de gens aujourd’hui même 7 savent lire. Le réveil commença an dix-huitième siècle , par la musique et les sciences, deux choses dont on pensait bien n'avoir rien à craindre. Je lis dans un tout récent livre de M. Ph. Chasles, Galileo Galilei, sa vie, son procès et ses contemporains, les lignes suivantes : a S’il est triste de reconnaître qu’un aussi grand esprit que Galilée ait mal soutenu le choc de ses ennemis, il est utile de savoir d’où lui venait cette faiblesse. C'est que nulle force vive ne subsistait plus dans les âmes. L’éducation des siècles et le Joug étranger les avaient laites telles, que chacun, même parmi les plus grands, privé de valeur personnelle, courbé sous l'autorité, se prosternait ou rampait. En vain les lumières abondaient alors; les conduites étaient basses. Le sentiment du devoir était aboli. Le christianisme, qui n’avait pas relevé Byzance, ne pouvait relever l'Italie. Les cITorts et les exemples sublimes des Borromée et de leurs émules étaient impuissants; le catholicisme cessait d’être une doctrine vivante pour des âmes mortes. Le culte de la tradition exagérée faussait la théologie chrétienne, dont le premier dogme est la responsabilité personnelle; la formule tuait l'esprit. Aucune discussion, aucune variété, aucune vie. Point d’espoir; nul avenir. Les diversités de caractère et d’idée, les contrastes entre les forces sociales n’ayant point de développement pour leur lutte légitime, refoulaient l'homme sur lui-même; et comme il ne lui restait plus que des appétits et des passions, il abritait sous l’hypocrisie l’envie, la haine, la licence, la sensualité, la fraude, qui, systématisés, organisés, polis, n’en devenaient que plus hideux. On ne se renouvelait moralement ni par les grandes actions ni par les grandes œuvres; le développement du moi s’opérait dans le sens du mal. La littérature aussi se faisait de pratique, par imitation, arrangement de phrases et métaphores recherchées. La sincérité, bannie de partout, manquait aux arts comme â la vie. On substituait de vaines recettes à l’étude de la nature et à la recherche de l’idéal ; l’architecture elle-même devenait mensonge, et le genre colossal prêtait à des constructions mesquines un simulacre de grandeur. C’est au milieu de cette immense détresse morale que Galilée naquit. »

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