CHAPITRE XIV
après avoir soutenu en politique la souveraineté du peuple jusqu’à enseigner qu’il est permis de tuer un tyran, on se jettera violemment du côté opposé. Mais nous sommes loin encore de l’époque où les confesseurs deviendront courtisans, où quelques-uns des successeurs de l’héroïque saint François- Xavier changeront les missions en entreprises de commerce.
L’organisation de la société de Jésus était admirablement combinée. D’abord son général est élu à vie, pour que la même direction préside toujours au gouvernement de la société. Au-dessous de lui sont les profès, qui ont fait vœu de chasteté, de pauvreté, d’obéissance absolue, et qui sont chargés des missions partout où elles seront nécessaires, au milieu des hérétiques comme au milieu des barbares; après eux viennent les coadjuteurs spirituels, revêtus du caractère de prêtre, mais voués spécialement à l’instruction publique. Tandis que les profès parcouraient sans cesse le monde pour prêcher, confesser et convertir, les coadjuteurs, fixés dans les localités avec les scolastiques, qui formaient la troisième et dernière classe, y gagnaient de l’influence et s’emparaient de l’éducation de la jeunesse. Jusqu’alors elle était restée entre les mains des littérateurs, dont les habitudes profanes et païennes étaient devenues singulièrement suspectes depuis la réforme. Les jésuites se chargèrent de les remplacer, et ils réussirent par une méthode d’enseignement plus juste et une « meilleure division des études. D’ailleurs l’instruction dans leurs collèges était gratuite, comme la messe dans leurs églises. Enfin, pour qu’aucun soin ne vînt distraire les coadjuteurs et les scolastiques de leurs travaux, les collèges purent avoir des revenus dont l’administration fut confiée à des coadjuteurs Iniques.
Des lois sévères assurèrent la discipline de l’ordre et le maintien de sa hiérarchie. Les vœux ne pouvaient être prononcés qu’à trente ans, afin que l’ordre ne fût pas exposé aux repentirs dangereux, et que les chefs eussent le temps, durant un long noviciat, de connaître les qualités propres à chacun, pour décider ensuite où il servirait le mieux. Aucun membre, disent les Constitutions, ne peut recevoir de lettres ou en écrire sans qu’elles soient lues par un supérieur. — En entrant j
LE CONCILE DE TRENTE, ETC
dans la société, le novice doit faire une confession générale, et dire ses qualités aussi bien que ses défauts. C’est le supérieur qui lui donne un confesseur et se réserve l’absolution pour les cas qu’il lui est utile de savoir. — Personne ne doit désirer un grade plus élevé que le sien, et défense est faite à tous les membres de rechercher une dignité ecclésiastique. — Si le coadjuteur laïque ne sait ni lire ni écrire, il ne peut l’apprendre qu’avec la permission des supérieurs. — On doit se laisser gouverner par ses supérieurs avec une complète abnégation et une soumission aveugle, comme le bâton qui sert suivant la volonté de celui qui le porte. L’obéissance la plus absolue prend la place de tous les autres mobiles de l’activité humaine.
L’ordre nouveau fit les plus rapides progrès. C’était en 1540 que le pape avait approuvé sa création, sous conditions ; en 1543, qu’il l’avait confirmée pleinement. Lorsque Ignace mourut, en 1556, la société comptait déjà 14 provinces, lOO collèges, 1000 membres. L’Espagne et l’Italie étaient conquises, l’Autriche et la Bavière occupées, la France, les Pays-Bas entamés, et de hardis missionnaires parcouraient le Levant, le Brésil, l’Inde, le Japon et l’Éthiopie. Aussi les papes reconnaissants accordèrent-ils à cette milice dévouée tous les privilèges des autres ordres, et en outre le pouvoir de conférer les grades académiques, d’esercer le ministère sacré dans toutes les églises, même pendant l’interdit, de donner l’absolution dans les cas réservés au saint-siège ; enfin, d’être affranchis de toute juridiction locale.
Coneiie de Trente (ftS4IS-i SUS).
Ainsi, au sein de l’Église catholique, on réformait des abus, on s’animait d’une piété ardente, et on s’armait de discipline et d’obéissance pour le^ grand combat des doctrines. Afin de resserrer son imité, l’Église eut son dernier concile œcuménique. Paul in le convoqua à Trente. Il était réclamé depuis lonjgtemps par tous les partis ; mais tous les partis le craignaient également, parce qu’aucun d’eux n’était assuré d’y faire prévaloir ses intérêts personnels. Quand il se réunit enfin en 1545, la rupture était définitive; les protestants ne temps modernes. 13