‹ Histoire des temps modernesChapitre 118 sur 311 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

s’y firent point représenter. Toutes les puissances catholiques envoyèrent à Trente leurs ambassadeurs et leurs prélats. Le concile fut souscrit par 4 légats, 1 1 cardinaux, 25 archevêques, 1 68 évêques, 39 procurateurs d’évêques absents, et 7 généraux d’ordre*. Ainsi, par le nombre, aussi bien que par les talents, et la renommée de ses membres, le concile de Trente ne resta inférieur à aucun des dix-huit conciles œcuméniques qui l’avaient précédé.

Dès les premières sessions, l’influence pontificale domina. L’inquisiteur Carafifa et le jésuite Lainez dirigeaient les débats, emportaient toutes les décisions. Aussi plus de ménagements, toujours stériles ; plus de concessions, désormais dangereuses. Le dogme catholique fut affirmé avec une inexorable franchise et la théologie dégagée des nuages amassés sur elle parla dialectique. On déclara que l’interprétation des livres saints n’appartenait qu’à l’Église. Toutes les doctrines protestantes sur la grâce et sur la justification furent condamnées, l’indispensabilité des sept sacrements maintenue, et, pour fonder énergiquement l’unité en rendant les dissidences impossibles, on décida qu’il serait fait, pour l’enseignement, un catéchisme, que saint Charles Borromée se chargea de rédiger (le Catéchisme romain); pour le culte, un bréviaire et un missel ■■ {Bréviaire romain), que Pie V publia; pour les études théologiques, une édition nouvelle de la Yulgate, que Sixte-Quint et Clément YIII donnèrent.

Fermes et unis en tout ce qui ne regardait que la foi, les Pères du concile se divisèrent sur certaines questions de discipline ecclésiastique. Ainsi, presque toiïs les prélats, excepté ceux d’Italie, attachés particulièrement au pape, s’obstinaient à vouloir qu’on décidât que leur institution était divine. Mais, en recevant leurs bulles du pape, comment pouvaient-ils être établis purement de droit divin? Si le concile constatait ce droit, le pape n’était plus qu’un évêque comme eux. Sa chaire

1. Ces nombres vsrièrent, bien entendu. Ce qui ne changea pas, ce Tut la majorité de prélats italiens qu’on eut soin d’y maintenir toujours ; dans les derniers temps on en compta 1 87 contre 83 étrangers. Les légats avaient fait décider qu'on voterait par tête et non par nation, ce qui mettait le concile é la discrétion des Italiens st par conséquent de Rome. ' ■

LE CONCILE DE TRENTE, ETC

était la première dans l’Église latine, mais non le principe des autres chaires : elle perdait son autorité; et cette question, qui d’abord semblait purement théologique, tenait en effet à la politique la plus délicate. Transféré de Trente à Bologne en 1546 par Paul III, rétabli à Trente par Jules III en 1551, le concile fut obligé de se disperser en 1552, à l’approche des luthériens , commandés par Maurice de Saxe , et resta dix ans interrompu.

Cette longue interruption doit être attribuée surtout au.\ embarras politiques où se trouva jeté le saint-siège après l’assassinat de Pierre-Louis Farnèse, en 1547, par un agent du gouverneur espagnol de Milan. Paul III voulut un instant rompre avec l’empereur et se jeter dans les bras delà France; sa mort, en 1549, et l 'avènement- du pacifique Jules III prévinrent cette rupture. Elle éclata sous Garaffa, devenu pape sous le nom de Paul IV, en 1555. Cet énergique pontife, eût voulu rendre la liberté à l’Italie : « Quel que puisse être le sentiment des autres, je veux servir mon pays. Si ma voix n’est pas entendue, j’aurai du moins la consolation de l’avoir élevée pour défendre une cause aussi grande, et je penserai qu’un jour on pourra dire qu’un Italien, un vieillard, penché sur le bord de la tombe et que l’on n’eût pensé n’avoir plus qu’à se reposer et à pleurer sur ses fautes, avait l’âme remplie de ce glorieux dessein. » Il entendait toutefois ne se relâcher en rien de sa sévérité contre les hérétiques, de son zèle ardent pour la réforme catholique ; mais laluttedanslaquelleil osa s’engager contre l’Espagne (v. p. 1 28) divisa trop profondément les puissances catholiques pour qu’on pût rappeler le concile.

Lorsque l’épée du duc d’Albe eut anéanti les derniers restes de l’indépendance italienne, le saint-siège regagna largement au spirituel ce qu’il venait de perdre au temporel. Dans les dernières sessions du concile de Trente, qu’il rouvrit en 1562, le pape Pie IV, par les concessions politiques qu’ilavait faites à Philippe II, conjura les réformes religieuses qu’on paraissait disposé à lui arracher. En cessant d’invoquer ses droits sur 1m^ couronnes, il obtint qu’on ne parlât plus de réformer dans son chef. Le concile, au lieu de s’élever

au-dessus de lui, à l’exemple des Pères de Constance et de

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