‹ Histoire des temps modernesChapitre 12 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mée eût fermé toutes les issues, le roi partit, le 1 0 août, pour la Normandie, et revint le 28, avec 12 000 hommes, 60 chariots de poudre, 700 muids de farine, des vivres de toute sorte. Puis il alla prendre l’oriflamme à Saint-Denis, et fit mine de vouloir attaquer, ne voulant en réalité que se tenir sur la défensive.

Quoique Louis XI fût très-brave de sa personne sur le champ de bataille, ses combats de prédilection étaient ceux qui se livrent avec l’esprit, la finesse, la ruse. Humble en paroles et en habits, donnant beaucoup, promettant bien plus, achetant ou rachetant, sans marchander, ceux dont il avait besoin, et ne les ayant en nulle haine pour les choses passées, il était sûr de rattacher à lui beaucoup de ces princes et de ces seigneurs qui avaient tant de peine à vivre ensemble. Aussi il négociait, pourparlait, parlementait incessamment ; beaucoup étaient déjà venus se vendre ; le comte d’Armagnac pour de l’argent, le duc de Nemours pour des domaines, le comte de Saint-Pol pour l’épée de connétable, d’autres pour des pensions ou des commandements. Rien n’était refusé; et le roi voyait déjà la ligue dissoute par son adresse, les ducs de Bretagne et de Bourgogne isolés, peut-être ennemis.

Malheureusement Louis XI ne pouvait pas être partout à la fois. Il était impuissant contre les désertions, les trahisons lointaines, et il s’en faisait beaucoup. Pontoise fut livré par son gouverneur, Rouen par le sien, puis ce fut Évrèux, puis Caen, puis Beauvais, puis Péronne qui passèrent aux princes. Le roi se hâta d’en finir. Il accorda tout ce qu’on voulut ; au duc de Berry, son frère, la Normandie; au duc de Bourgogne, Boulogne, Guines, Roye, Montdidier, Péronne, les villes de la Somme; au comte de Charolais, le Ponthieu; au duc dé Bretagne, l’exemption de l’appel au parlement, la nomination directe des évêques, la dispense des devoirs féodaux, en un mot une petite royauté indépendante ; au duc de Lorraine, la marche de Champagne sans obligation d’hommage, Mouzon, Sainte-Menehould, Neufchâteau, 30 000 écus comptants; aux ducs de Bourbon et de Nemours, aux comtes d’Armagnac, de Dunois, de Dammartin, au sire d’Albret, et à bien d’autres encore, des domaines, d’énormes pensions, sans compter les

promesses pour l’avenir. Quant au bien public, personne n’eu parla; personne jamais n’y avait sérieusement songé.

Un tel traité, strictement exécuté, eût été la ruine de la royauté, la ruine de la France. Mais on pouvait être sûr que Louis XI ne l’exécuterait pas s’il y avait possibilité de faire autrement ; et déjà le parlement, pratiqué sous main, refusait de l’enregistrer.

La cession de la Normandie surtout était dangereuse : car, par cette province, les domaines des ducs de Bretagne et de Bourgogne se touchaient, et toutes les côtes, de Nantes jusqu’à Dunkerque, étaient ouvertes aux Anglais. Louis songea dès le premier jour aux moyens de la reprendre. Pour cela il fallait que le Téméraire, qui ne devint duc qu’en 1467, mais qui régnait de fait depuis 1465, fût distrait des affaires de France. Louis trouva aisément à l’occuper chez lui : trois soulèvements éclatent à la fois, à Liège, à Dinant, à Gand. Pendant que le Téméraire y court, le roi envoie au duc de Bretagne 120 000 écus d’or qui le déterminent à ne pas bouger, et ü entre en Normandie. Évreux, Vernon, Louviers, Rouen lui ouvrent leurs portes; en quelques semaines la province tout entière est entre ses mains, et Gharolais ne peut faire autre chose que d’écrire au roi bien doucement en faveur de son ancien allié. Les chefs des autres maisons princières n’agissaient pas non plus. Le roi les avait, l’un après l’autre , gagnés ou neutralisés. Il s’était rattaché la maison de Bourbon, en donnant au duc Jean tout un royaume à gouverner dans le midi de la France (Berry, Orléanais, Limosin, Périgord, Quercy, Rouergue, Languedoc); au frère du duc, Pierre de Beaujeu, sa Slle Anne en mariage ; au bâtard de Bourbon, le titre d’amiral de France, la capitainerie de Ronfleur. Il avait gagné la maison d’Anjou, en donnant au fils de René, à Jean de Calabre, 120 000 livres; la maison d’Orléans, en s’attachant le vieux Dunois, le héros des guerres anglaises; enfin, le compagnon, l’ami d’enfance du Téméraire, le comte de Saint-Pol, en le faisant connétable.

Personne ne songeait donc à disputer la Normandie au roi. Le Téméraire était seul, et quelle que fût sa puissance, étant seul il ne pouvait rien. Mais il s’allia au roi d’Angleterre,

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