CHAPITRE II
Édouard et il réussit à ramener à lui le duc de Bretagne, qui appela aussi les Anglais à son mde, et leur oiïrit pour garantie de sa foi douze places dans son duché, à leur volonté.
En face de ce nouveau péril, Louis en appela à l’opinion de la France. Le 6 avril 1468, il convoqua à Tours les états généraux du royaume, et il leur demanda simplement s’ils voulaient que la Normandie cessât de faire partie du domaine de la couronne. Les États répondirent « que, d’après les lois, le frère du roi aurait dû se contenter d’un apanage de 1 2 000 livres de rente; et que, puisque son frère voulait bien lui en accorder 60 000, il devait en être fort reconnaissant. » Louis envoya solennellement cette décision au duc de Bourgogne, qui reçut fort mal les députés. Pendant ce temps il accablait le duc de Bretagne et le forçait, par la rapidité de ses coups, à traiter dans Ancenis, avant que le duc de Bourgogne, qui rassemblait ses troupes à Péronne, fût en mesure de l’aider.
Le roi alors, débarrassé des Bretons, ayant à ses ordres une excellente armée, une artillerie supérieure, eût pu, à ce qu’il semble, mener le duc de Bourgogne fort rudement ; mais il y avait à Portsmouth une flotte et une armée anglaises toutes prêtes à passer; le roi Édouard avait publiquement annoncé à son parlement une prochaine descente en France, et Louis XI désirait à tout prix l’empêcher.
Le moyen de l’empêcher était de traiter aussi avec le Téméraire. Comptant sur son adresse, Louis voulut négocier lui-même, et alla trouver le duc à Péronne. C’était ime grande imprudence, malgré le sauf-conduit qu’il se fit donner avant de se remettre entre les mains de son ennemi : car les princes de ce temps ne gardaient guère leur parole, et lui tout le premier.
Louis XI avait depuis longtemps des émissaires à Liège, ville turbulente placée en dehors des États du duc de Bourgogne et qui ne dépendait que de son évêque ; mais cet évêque, Louis de Bourbon, s’étant mis sous la protection du duc, toute, révolte contre lui semblait une révolte contre le duc même. Or, dans le temps où Louis se dirigeait vers Péronne, un mouvement éclatait à Liège, et il était déjà en conférence avec le Téméraire quand la nouvelle arriva que les Liégeois
avaient mis en prison leur évçque et massacré plusieurs chanoines. Charles en conçut une violente colère, accusa le roi de trahison et l’enferma dans le château de Péronne, où Charles le Simple était déjà mort captif. Louis n’en sortit qu’après avoir signé un traité ruineux et humiliant. Il promettait de céder à son frère la Champagne, ce qui menait les Bourguignons, sans coup férir, jusqu’aux portes de Paris, et s’engageait à accompagner le duc contre Liège. Cette malheureuse ville, dont les habitants se battaient au cri de Vive le roi ! fut mise à sac (1468). ^
Le traité de Péronne marque, pour Louis XI et pour Char- , les le Téméraire, le point de départ d’une conduite nouvelle. Ce fut pour l’un la dernière de ses fautes ; pour l’autre, le commencement de rêves et d’entreprises impossibles. Tandis que le roi de France, ne se fiant à personne, depuis qu’il a été trompé par tout le mqnde, se refuse à tout hasard, même lorsqu’il a dix chances contre une, le duc de Bourgogne, par un effet contraire, ne croit rien au-dessus de ses forces, parce qu’il ne voit rien au-dessus de ses espérances.
Ambition et mort du due de Bourgogne (14VV).
Il fallait d’abord que Louis regagnât le terrain perdu. H fit accepter à son frère Charles la Guyenne au lieu de la Champagne, qui convenait si bien au duc de Bourgogne. Le duc de Bretagne fut contraint encore une fois de renoncer à toute alliance étrangère ; pour le mieux tenir, Louis acheta son favori Lescun, s’attacha la puissante famille bretonne des Rohan, et plus tard se fit céder les droits que la maison de Blois prétendait avoir sur la Bretagne. Deux traîtres, le cardinal la Balue et l’évêque de Verdun, furent enfermés dans des cages de fer où ils restèrent dix ans ; deux autres, le duc de Nemours et le comte d’Armagnac, furent réduits, le premier à implorer son pardon, le second à se sauver hors du royaume, en abandonnant ses biebs, que le roi confisqua. En même temps Louis XI donna ajiFaiscur de rois, ku comte deWarvvick, qu’il réconcilia avec Maiguerite d’Anjou, les moyens de renverser en Angleterre Édouard IV, le beau-frère du Téméraire.