‹ Histoire des temps modernesChapitre 120 sur 311 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

cèdent, au dire de Sixte-Quînt, avait dévoré les revenus de trois pontificats. Il eut recours, pour les rétablir, à une écoonmie aussi intraitable que sa justice, et à l’établissement de nouvelles taxes de consommation. Il put ainsi former une réserve de 4 millions et demi de scudi, et fournir aux dépenses de travaux utiles. Il agrandit Rome et l’orna. C’est lui qui a fait venir de 22 milles, sur le Capitolin etle Quirinal, Vaqua felice qui entretient 2 7 fontaines. La population s’éleva à plus de 100000 âmes, chiffre qu’elle n’avait pas atteint depuis des siècles.

Il fit ériger par l’architecte Fontana l’obélisque de Caligula, entreprise dans laquelle Jules II et Paul III avaient échoué. Il bâtit la bibliothèque du Vatican, et y annexa une imprimerie destinée à faire des éditions correctes et exactes, en toutes sortes de langues, de l’Écriture, des Pères de l’Église et des ouvrages de lituipe, corrompus et altérés par le temps, la négligence des hommes ou la mauvaise foi des éditeurs.

Comme chef spirituel de la chrétienté, il suivit les traditions austères de ses prédécesseurs, publia une infinité de bulles pour réformer la discipline des ordres religieux, fixa le nombre des cardinaux à 70 et les divisa en trois ordres, 6 évêques, 50 prêtres et 14 diacres, ayant chacun pour titre le nom d’une église de Rome : on ne s’est point écarté, depuis, de cet arrangement.

Ainsi, réforme dans l’administration temporelle des États pontificaux et réforme dans le sein de l’Église, voilà le résultat des efforts faits par la papauté et par le catholicisme dans la seconde moitié du seizième siècle. La première de ces deux réformes fut abandonnée, et cet abandon a produit les dangers qui menacent aujourd’hui le temporel du saint-siège; mais la seconde fit la grandeur du clergé catholique au siècle suivant.

La discipline, en effet, étant raffermie, les mœurs purifiées, le scandale des immenses richesses et de la vie mondaine des évêques restreint, l’esprit religieux se ranima. L’ascétisme et l’exaltation reparurent. On revit des miracles, des saints, des martyrs, ceux que la Propagande envoya dans les dangereuses missions des Deux-Mondes. La réforme des ordres religieux continua; des ordres nouveaux se fondèrent, d’où l’on exclut le plus habituellement la dévotion toute du dehors des anciens moines, en remplaçant les longues psalmodies et les

Digilized by Cloogle

LE CONCILE DE TRENTE, ETC

macérations brutales par le travail de l’esprit, les élans du cœur, surtout, par la charité. Ces trois tendances seront admirablement représentées : l’une, par les bénédictins de Saint- Maure, les prêtres de l’Oratoire et les solitaires de Port Royal; l’autre, par sainte Thérèse et saint François de Salles ; la troisième, par saint Jean de Dieu et notre saint Vincent de Paul.

Mais à Trente et à Rome on avait espéré autre chose encore de cette restauration du catholicisme. L’image de Grégoire VII avait passé devant les yeux de ses successeurs, et l’Église régénérée avait repris nécessairement l’ambition de ses grands pontifes. Par malheur pour elle, cette constitution de la monarchie pontificale avait lieu au moment où les autres monarchies européennes arrivées, elles aussi, au pouvoir absolu, ne pouvaient s’abaisser sous quelque autorité que ce fût, ni admettre qu’un prince étranger eût action directe dans leurs États. Si donc les décisions du concile de Trente en matière de foi furent acceptées par les puissances catholiques, il n’en lut pas de même de ses décisions en matière de disci pline. La Pologne et le Portugal, seuls aux deux extrémités de l’Europe catholique, n’élevèrent aucune objection contre elles. Mais nos parlements les repoussèrent comme contraires aux libertés de l’Église gallicane, de sorte que le concile de Trente n’a jamais été formellement reçu en France. L’Empire, la Hongrie suivirent cet exemple, et les Allemands gardèrent, comme les Français, la doctrine de Constance et de Bâle, la supériorité des conciles sur le pape, que Bossuet et toute notre Église proclamèrent en 1682. Philippe II lui-même n’admit les actes de Trente qu’avec certaines restrictions. Et le gouvernement de Venise empêcha les communications directes de son clergé avec le saint-siège. Peu àrpeu les souverains catholiques s’attribuèrent une partie des prérogatives que les princes protestants avaient prises de vive force. C’est contre ces droits de l’autorité civile que l’Église lutte depuis 50 ans avec une énergie croissante. L’ultramontanisme a repris au dix-neuvièmé siècle l’œuvre du seizième: c’est bien tard; car, s’il y a plus d’ensemble, il se trouve moins de force, et l’esprit du monde est dans d’autres voies.

Page 1