CHAPITRE XV
Les chefs catholiques et les chefs protestants.— Lutte des deux religions aux Pays-Bas : formation de la république des Provinces-Unies (1566- 1609). — Lutte des deux religions en Angleterre : Élisabeth et Marie Stuart; la grande Armada (1559-1588). — Les guerres religieuses en France (1562-1598).
' Leu chefM catholiques et lea chefiM proteMtanta.
L’Église restaurée pouvait mainteuaut combattre par la parole, il lui fallait un bras pour combattre aussi par l’épée.
A peu de distance de Madrid, dans une solitude affreuse, sur le versant méridional du Guadarrama, que balayent des vents d’une violence extrême, s’élève un immense monument de granit : ce sont dix-sept corps de bâtiments se coupant à angle droit, et renfermant vingt-deux cours ; aux quatre coins s’élèvent quatre grandes tours : le tout simule un gril renversé, en mémoire de l’instrument de torture qui servit à supplicier saint Laurent ’. La porte de la grande entrée de ce sombre édifice, oü la cour vient pourtant passer chaque année l’arrière-saison, ne s’ouvre que deux fois pour les princes, à leur naissance et à leur mort. C’est à la fois un monastère et un palais, le Versailles et le Saint-Denis de l’Espagne : on l’appelle l’Escurial. Là, dans cette triste demeure , vécut un homme qui régna 42 ans siA le plus vaste empire du monde, et que les écrivains protestants ont nommé le démon du Midi.
'I. C’esl le jour de la fête de ce saint, le to août, que Philippe II avait ftaKiié la bataille de Saint-Quentin, et ce fut en commémoration de cette victoire qu’il fit construire l’Escurial, à 85 kilomètres nord-ouest de Madrid.
En Espagne, il portait quatre couronnes : celles de Castille, de Navarre et d’Aragon, plus tard celle de Portugal. Il était maître de la Sicile et delà Sardaigne, de Naples et de Milan, en Italie; du Roussillon, de la Franche-Comté, du Charolais, de l’Artois et de la Flandre, en France ; des Pays-Bas aux Bouches de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin ; de Tunis et d’Oran, sur la côte septentrionale de l’Afrique ; du cap Vert, des Canaries, des îles Fernando-Po, Annobon et Sainte-Hélène, c’est-à-dire de l’Atlantique ; du Mexique, du Pérou, du Chili, c’est-à-dire de l’Amérique; de Cuba, Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Jamaïque, c’est-à-dire du golfe du Mexique, Enfin il avait dans l’Océanie, les Philippines, et il héritera des colonies portugaises aux côtes d’Afrique, de l’Inde et de l’Océanie. Le soleil ne se couchait pas sur ses États, et l’on disait alors : c Quand l’Espagne remue , le monde tremble. >
Pour défendre tant de royaumes, il avait les moissons d’or du nouveau monde, dont Charles-Quint n’avait eu que les prémices, les troupes les mieux disciplinées , les généraux les plus habiles de l’Europe : Philibert Emmanuel, le vainqueur de Saint-Quentin ; le duc d’Albe, le vainqueur de Mühlberg; son frère naturel don Juan d’Autriche, qui remportera la grande victoire de Lépante ; le duc de Parme, le plus habile tacticien de ce siècle. Dans ses ports de guerre on comptait 100 vaisseaux de ligne; dans ses ports de commerce 1000 navires au long cours ; dans tous ses États enfin il avait le pouvoir absolu, et en Espagne le dévouement de tout un peuple. « Les Espagnols ne sont pas à l’aimer, disait Gontarini; ils l’adorent, et ils craindraient d’offenser Dieu lui-même en transgressant ses ordres vénérés. » A toutes ces forces il faut joindre celle que Philippe II tirait de lui-même.
Ou l’a vu (p. 123) après l’abdication de son père, Charles- Quint, poursuivre contre la France une première guerre que le traité de Gateau-Cambrésis termina (1559). Il était alors rentré en Espagne pour n’en plus sortir. Désormais, ce fut du fond de son cabinet qu’il gouverna, par l’éloquence de ses diplomates qu’il négocia, par l’épée de ses généraux qu’il