CHAPITRE XV
triomphante. Pour la soutenir, les Guises, naturellement, se rapprochèrent plus encore de Rome, et, après avoir pris longtemps les conseils de Philippe II, prirent son or, ses soldats et furent sur le point de mettre la France à ses pieds.
£n face de ces défenseurs de la catholicité, les chefs du protestantisme étaient : Gondé, de la maison de Bourbon, le Taciturne ou prince d’Orange, et Élisabeth d’Angleterre, qui n’arrivèrent probablement à la conviction religieuse que par l’intérêt politique ; enfin un homme qui au point de vue moral leur est supérieur à tous, Goligny ; quant au Béarnais, il n’était encore qu’un enfant.
Voilà les acteurs, voyons le drame qui se déroule sur trois scènes principales, en France, en Angleterre et aux Pays-Bas. Le spectacle semble manquer d’unité par cette diversité des théâtres, qui ont chacun leur action indépendante, et aussi par la diversité des intérêts engagés. Les sept provinces des Pays-Bas veulent faire respecter leurs vieilles libertés, et l’Angleterre son indépendance. En France le débat va même plus loin, et, au fond de la lutte, finit par se trouver une question de gouvernement et d’ordre social : c’est le moyen âge qui veut renaître avec ses privilèges de villes, de châteaux et de provinces. Mais chaque siècle imprime aux choses sa physionomie particulière, parce qu’il y a des épidémies morales comme des épidémies physiques, et tout aussi contagieuses. Dans la seconde moitié du seizième siècle toute question prend la forme religieuse, et, à regarder l’Europe du haut du Vatican ou de l’Escurial, on verra un même but poursuivi : le triomphe de l’Église telle que le concile de Trente venait de la constituer, et la domination ou la prépondérance de Philippe II, son chef militaire.
Il serait intéressant de suivre ce grand drame dans son ensemble :
A la déclaration de guerre faite par les rois de France et d’Espagne à l’hérésie ', dès l’année 1 559 répondent les actes
4 . En France : arreslalion d'Anne Dubourg , et édit d’Écouen qui menace de mort les protestants ; en Espagne : auto-da-ré même en présence du roi , persécutions contre l’arciievéque de Tolède; aux Pays-Bas : Mits sanglants et création de nouveaux évêchés ; en Écosse : édit sévère de Marie de Guise
du parlement qui établissent Élisabeth chef suprême de l’Église anglicane (1559), la conspiration d’Amboise (1560), la sécularisation de tous les évêchés du Brandeboui^ et la suppression de l’ordre religieux et militaire de Livonie.
La mort de François II (1560) suspend la crise en France; mais elle éclate par le massacre de Vassy (1562). Élisabeth secourt les réformés de France ; la mort devant Orléans arrête la guerre, que Philippe II et Catherine de Médicis continuent sourdement.
En 1 564, le pape confirme par une bulle les décrets du concile de Trente, et l'an d’après, les conférences de Bayonne signalent la bonne entente des deux gouvernements de France et d’Espagne pour l’extirpation de l’hérésie.
La persécution redoublant, le feu éclate aux Pays-Bas et gagne la France ; 1566, compromis de Bréda; 1567 et 1568, seconde et troisième guerres de religion.
En 1 568, Philippe II pousse son fils au suicide, sa femme à la mort et les Mauresques à la révolte. Il étabUt l’inquisition dans les colonies espagnoles, et fait décapiter, aux Pays-Bas, d’Egmont et de Horn. Mais en Écosse les fautes et la chute de Marie Stuart assurent la victoire aux réformés.
Comme les forces de l’ESpagne sont employées dans l’Andalousie contre les Maures, sur la Méditerranée contre les Turcs, aux Pays-Bas contre les gueux, il ne reste pour la France et l’Angleterre que la ressource des conspirations. La victoire de Lépante (1571) les encourage, et Norfolk essaye de renverser Élisabeth au profit de Marie Stuart ; Catherine de Médicis cherche k en finir avec le parti calviniste par le massacre de -la Salut-Barthéleiny.Le catholicisme triomphe!
Mais le protestantisme mutilé et sanglant se relève plus fort; les Turcs chassent les Espagnols de Tunis (1574), les Belges s’unissent aux Bataves (1576) et Élisabeth les prend sous sa protection (1578). L’acquisition du Portugal n’est point pour Philippe II un accroissement de force, parce qu’il use mal de cet avantage (1580), et l’assassinat du Taciturne irrite les
contre les réformés; en Italie : nombreuses victimes i Naples, à Rome et eu Lombardie.