‹ Histoire des temps modernesChapitre 124 sur 311 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Hollandak et toutes les populations protestantes, au lieu de les abattre. Les Anglais ravagent impunément les colonies espagnoles, les Hollandais celles du Portugal. En 1585, le duc d’Anjou meurt, le roi de Navarre devient l’héritier de la couronne de France, et l’année suivante Élisabeth fait commencer le procès de Marie Stuart, dont la tête tombe quelques mois après sur l’échafaud. Partout le protestantisme redevient menaçant ; il faut un effort suprême : les Guises traitent avec Philippe II (1586), la Ligue s’apprête à lui ouvrir la France, tous les États du roi catholique s’épuisent à lui donner la flotte et l’armée qui ramèneront les Pays-Bas et l’Angleterre, ensuite la France sous la foi catholique et sous la loi de l’Espagne.

Mais l’invincible Armada est détruite (1588), les Guises sont assassinés (1589), la Ligue vaincue (1593). Élisabeth et Henri IV triomphent. L’édit de Nantes et la paix de Vervins sont signés à trois semaines de distance, et Philippe U meurt quatre mois après (1598). L’indépendance de l’Europe est sauvée, la tolérance a gagné sa première victoire, et la liberté de l’esprit commence. Un État nouveau, les Provinces-Unies, vient s’asseoir parmi les nations ; un État ancien, l’Angleterre, a la révélation de sa puissance future, et la France est placée par un grand prince à la tête de l’Europe. Mais si puissant avait été l’effort contraire, que l’Espagne en resta comme brisée pour plus de deux siècles.

Voilà le dessein général de ce grand tableau ; pour le peindre, il faudrait une place dont je ne dispose point ici, et je suis réduit à présenter successivement ces trois histoires qu’il eût mieux valu montrer d’ensemble.

liHtte dei* deux rellKlOM aax Pays-Bai* i rorniatfon de la république des Proviaees-Vnfes (tâdO-f BOO).

Les Pays-Bas étaient, au seizième siècle, le plus riche pays de l’Europe; dans la seule année 1566 ils avaient reçu de Lisbonne, d’Italie et d’Angleterre pour 80 millions de denrées. Bruges seule avait acheté, cette année, pour près de 10 millions de laine d’Espagne. Anvers faisait, disait-on, plus

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d’affaires en un mois que Venise en deux ans. Elle avait, en 1566, mille maisons de commerce. Chaque jour 300 vaisseaux entraient dans son port, et chaque semaine 2000 chariots lui arrivaient d’Allemagne, de France ou de Lorraine. Lille, Courtrai, Valenciennes, Douai, Bruxelles étaient presque aussi riches et actives. La Flandre, dit un écrivain espagnol, semblait alors ne faire qu’une seule ville, tant les cités populeuses s’y pressaient! Flandriam continnam urbem. Il n’y a pas à s’étonner si l’impôt des Pays-Bas rapportait plus que celui de la Castille , si Philippe U put tirer de ce pays , en 1558, Jusqu’à 35 millions.

Charles-Quint, son père, avait cruellement persécuté les réformés des Pays-Bas : on parle de 50 000 victimes ; mais. Flamand de cœur comme de naissance, son administration, tout ce qui touche à l’hérésie mis à part, avait été en général bienveillante et habile. Il avait favorisé le commerce des Flamands en lui ouvrant des débouchés ; il les aimait comme ses compatriotes, il s’entourait d’eux, il leur confiait les principales chaînes de son empire. Tout changea sous Philippe II, La noblesse flamande perdit son crédit à la cour, au profit de la grandesse espagnole. Des hommes habitués à l’éclat des grandes affaires, au mouvement de la guerre et de la polititique, se virent condamnés à l’inaction et à l’abaissement.

Le peuple n’était pas mieux traité. Il avait prêté l’oreille aux prédications des réformés qui retentissaient autour de lui. Philippe II, pour arrêter les progrès de l’hérésie, érigea quatorze nouveaux évêchés dans les Pays-Bas, qu’il dota aux dépens des abbayes du pays; il introduisit les décrets du concile de Trente, et, pour assurpr l’exécution de ces mesures, il mit des troupes espagnoles eh garnison dans les principales villes, et des étrangers dans les principales fonctions. C’était comme une invasion des Pays-Bas par les Espagnols. Ce petit pays, qui ne demandait qu’à être libre de fabriquer et de vendre, se voyait enchaîné à une monarchie qui épuisait ses ressources à des plans impossibles, qui demandait chaque jour davantage, et chaque jour donnait moins de rdpos et de sécurité.

Atteints dans leur amour-propre national et dans leurs intérêts, menacés dans leur liberté religieuse comme dans leurs

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