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CHAPITRE XV

libertés politiques, les Néerlandais, nobles ou bourgeois, grands ou petits, catholiques ou réformés, se plaignirent. L’opposition était vive surtout contre le cardinal Granvelle, qui s’était chargé d’établir aux Pays-Bas le pouvoir absolu et l’unité religieuse. La gouvernante Marguerite de Parme essaya de conjurer par des concessions le mécontentement public. Les troupes espagnoles furent rappelées, Granvelle fut destitué, mais les édits qu’il avait promulgués restèrent; et la noblesse donnant, en 1566, l’exemple de la résistance, signa le compromis de Bréda, par lequel la plupart des gentilshommes flamands se promirent une mutuelle assistance. Ils demandèrent ensuite à la gouvernante le redressement de leurs griefs.

Marguerite répondit qu’elle appuierait leurs réclamations auprès du roi. Philippe II lui-même avait paru disposé à se départir de sa sévérité : il en avait du moins donné l’assurance au comte d’Egmont. Une transaction était encore possible. Mais le peuple, moins patient que la noblesse, courut aux armes, brisa partout les images des saints, renversa les autels, brûla les chaires, montrant, dans ses représailles, autant de violence que ses ennemis avaient montré de cruauté dans leurs persécutions. Les nobles, effrayés, se rallièrent autour de la gouvernante, et l’insurrection, isolée par ses excès mêmes, fut vaincue partout.

Il appartenait à la clémence de rendre cette victoire féconde. Mais Philippe II ne vit dans ces troubles que la justification de ses mesures antérieures. Il écrivait au pape « qu’il perdrait les provinces, ou qu’il y maintiendrait la religion catholique ; » il envoya dans les Pays-Bas sa meilleure armée et son meilleur général, le duc d’Albe (1567). Nul n’était plus capable de comprendre et d’exécuter les intentions de Philippe IL D’autant plus cruel qu'il l’était par système, et non par passion, ce qui tranquillisait sa conscience, il regardait la force comme le seul moyen de gouvernement. Un tribunal exceptionnel, composé d’étrangers et qui reçut le nom trop bien mérité de tribunal de sang, entra aussitôt en fonctions. 18 000 personnes furent exécutées, parmi lesquelles les comtes de Horn et d’Egmont, 30 000 dépouillées de leurs biens ;

100 000 sortirent du pays. Le duc d’Albe se fit représenter sur la place publique d’Anvers, foulant aux pieds les Flamands abattus. Pour les mieux tenir dans la dépendance, il se proposa de les ruiner en les soumettant à l’impôt désastreux de i’Alcavala, ou au dixième du prix des marchandises vendues. Cet impôt fut levé de telle sorte, qu’il emporta les sept dixièmes de la valeur de certaines marchandises, du drap par exemple. C’était la destruction de la fabrique flamande. Les bourgeois de Bruxelles se soulevèrent. Dix-sept d’entre eux allaient être pendus, quand arriva la nouvelle de la prise de Briel par les gueux.

Lorsque les 200 députés étaient venus demander à Marguerite de Parme le redressement de leurs griefs, un seigneur, pour rassurer la gouvernante qui se montrait fort effrayée, lui avait dit : « Ce ne sont que des gueux. » Les rebelles se firent honneur de ce nom de mépris, et le prirent pour désigner leur parti. Les rigueurs barbares du duc d’Albe leur donnèrent de nombreuses recrues. Après avoir longtemps fait la guerre de pirates qui ne finissait rien , ils entreprirent la guerre sur terre, qui pouvait commencer quelque chose ; ils s’emparèrent de Briel, et aussitôt la Hollande et la Zélande prirent les armes (1572).

Ce fut le signal d’une lutte de trente-sept ans, à la suite de laquelle les provinces du nord se constituèrent en république. Au début de la guerre, les insurgés ne demandaient que la liberté religieuse, et nul doute qu’ayant à lutter contre un ennemi aussi redoutable que le roi d’Espagne, les Bataves n’eussent succombé, malgré leur héroïque courage, s’ils fussent restés sans appui; mais ils furent soutenus par les protestants d’Allemagne, d’Angleterre et de France, servis par la nature de leur pays entrecoupé de canaux, et par l’ambition même de Philippe II, qui poursuivait trop de grandes affaires à la fois pour en pouvoir mener une seule à bonne fin.

Surtout ils eurent la bonne fortune de trouver pour chef Guillaume de Nassau, prince d’Orange. Grand dans les revers, comme Coligny, dont il épousa la fille, nul ne sut mieux profiter des moindres süccès. Il concentra dans sa main toutes les opérations de la guerre ou de la politique, et fit un État

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