CHAPITRE XV
puissant de quelques petites villes révoltées. On sait le mot du cardinal Granvelle, l’ancien ministre de Charles-Quint et de Philippe II. On lui annonçait que le duc d’Âlbe avait détruit l’armée du prince d’Orange. « Le Taciturne est-il pris? demanda-t-il. — Non. — Eh bien I le duc d’Albe n’a rien fait. »
La violence ayant échoué, Philippe rappela le duc d’Albe et le remplaça par don Luis de Requesens (1573). Ce nouveau gouverneur, doux et conciliant, eût réussi peut-être à ramener le calme si l’argent ne lui eût manqué. Laissée sans solde depuis trois ans, et sans vivres, l’armée se paya de ses propres mains, en mettant à sac les principales villes, entre autres Anvers et Maastricht. Il en résulta que les catholiques s’unirent aux protestants, les provinces wallonnes aux provinces bataves : la confédération de Gand fut conclue (1576).
Philippe II envoya alors aux Pays-Bas le vainqueur de Lépante. Don Juan d’Autriche s’efforça de faire croire à sa modération et à son désir de la paix. Il échoua contre les défiances des protestants. Il réussit au moins à jeter des germes de discorde entre les Bataves et les Wallons. Ceux-ci, par défiance contre le calviniste Guillaume d’Orange, appelèrent en 1577, pour diriger la guerre contre l’Espagne, le catholique Mathias, archiduc d'Autriche (1577), puis le duc d’Anjou, frère du roi de France Henri III (1578). Don Juan mourut à 31 ans; son successeur, le duc de ParmeJAlexandre Farnèse, profita de ces divisions : mêlant habilement la diplomatie à la guerre, il parvint à rompre l’union de Gand, et les dix provinces wallonnes étant manufacturières et catholiques, les sept provinces bataves étant commerçantes et calvinistes, l’opposition des intérêts et des croyances amena l’opposition des vues politiques. Les Wallons reconnurent pour roi Philippe II, par le traité de Maëstricht (1579).
Mais déjà les sept provinces du nord (Hollande, Zélande, Gueldre, Utrecht, Frise, Over-Yssel et Groningue), avaient resserré leur union à Utrecht, et s’étaient constituées en république fédérative, chacune gardant son administration distincte, mais toutes soumises à l’assemblée des Etats généraux et ayant un stathouder ou gouverneur général qui fut Guillaume d’Orange (23 janvier 1579). Deux ans plus tard, les
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États généraux de la Haye, capitale fédérale des Provinccs- Unies, se séparèrent solennellement de la couronne d’Espagne, rompirent le sceau de Philippe II, et le déclarèrent déchu de toute autorité dans les Pays-Bas. Celle déclaration fut le titre fondamental de la nouvelle république (1581).
Le résultat définitif de la guerre était atteint. Avec tout son génie, et malgré l’assassinat du prince d’Orange par un agent de l’Espagne (1584)*, Farnèse ne put réduire les provinces du nord. Celles du midi (Brabant, Limbourg, Luxembourg, Flandre, Artois, Hainaut, Namur, Zutphen, Anvers et Malines) essayèrent même un instant de se constituer aussi en État indépendant sous le duc d’Anjou (1581); mais ce prince ne fit que des fautes et sortit des Pays-Bas avec honte. Leicester, qu’Élisabeth envoya pour les soutenir, ne réussit pas davantage (1585). La reine secourut mieux la république en détruisant l’invincible Armada (1588). Épuisé par ce grand effort, distrait par les affaires de France, où il envoya plusieurs fois Farnèse et les successeurs de cet habile général, Philippe II sembla renoncer aux Pays-Bas, en les donnant pour dot à sa fille Isabelle qui devait épouser un archiduc d’Autriche (1598). En 1609, Philippe lÙ consentait à une trêve de douze ans avec les États généraux de la Haye. L’indépendance de la république des Sept-Provinces ne fut pourtant officiellement reconnue par l’Espagne qu’au traité de Wesphalie, en 1648.
I.aUe deM deux relisIon«i en Angleterre t EliMbeth et marie Mtnart. Ka grande Armada
Dans la Grande-Bretagne, la lutte du catholicisme et de la réforme se personnifia en deux femmes, Élisabeth et Marie Stuart.
t. Philippe II avait priB, dès l’année 1573, la résolution de se défaire du Taciturne. Louis de Rcquesens reçut celte commission, mais ne trouva pas jour é l’exécuter. Don Juan d’Autriche et Alex. Farnèse eurent plus de scrupule. La mise à prix est du 15 mars 1680. Quant à Élisabeth de Valois et i don Carlos, dont on a reproché la mort à Philippe II , il n'y eut pas assassinat. Le (Us de Philippe II s’est tué lui-même, mais ce fut un suicide désiré, prévu et secondé par le père. Voyez sur ces questions les Mémoires lus à l’Académie de Bruxelles par M. Gachard en 1858 cl 4 859. ’