CHAPITRE XV
D’un esprit élevé, d’un caractère impérieux, d’un orgueil extrême, ayant beaucoup d’énergie, d’astuce et d’intelligence, la fille d’Anne de Boleyn, Élisabeth, avait été longtemps contrainte de dissimuler ses sentiments et sa foi sous le règne terrible de sa sœur, qui la fit un moment enfermer à la Tour, et l’eût proscrite sans l’appui intéressé que lui prêta Philippe II. Marie n’avait pas donné d’enfant à ce prince, et si Élisabeth disparaissait, la couronne d'Angleterre revenait k la jeune reine d’Écosse, Marie Stuart, par conséquent à son époux le dauphin, qui fut le roi François IL Philippe aimait mieux courir le risque de voir l’Angleterre dans l’hérésie qu’étroilemeut unie k la France. Élisabeth avait donc vécu suspecte et surveillée, loin de la cour, « et avait pris cette habitude de fausseté qui s’allia chez elle aux altières et violentes passions qu’elle tenait de son père. Le jour de son avènement (17 novembre 1558), elle se montra ce qu’elle fut tout le reste de sa vie. Elle prit possession du trône avec aisance, et passa de l’oppression au commandement sans surprise et sans gêne. Elle s’entoura sur-le-champ d’hommes dévoués et habiles. Les deux principaux furent lord Robert Dudley, qu’elle nomma comte de Leicester, et qui resta son favori tant qu’il vécut, et Guillaume Gecil, qui fut 40 ans son premier ministre. Sachant garder ceux qu’elle avait su choisir, elle fut toujours bien servie. Elle ne permit pas k ses favoris de devenir un seul moment ses maîtres, et ses ministres les plus expérimentés ne furent jamais que ses utiles instruments. En toute rencontre, elle rechercha les conseils et se réserva les décisions. Sa volonté, uniquement dirigée par le calcul et par l’intérêt, fut quelquefois lente, souvent audacieuse, toujours souveraine *. »
Philippe aurait voulu renouer avec elle ou plutôt avec l’Angleterre les liens qui l’avaient uni k Marie Tudor. Il lui fit offrir sa main. Élisabeth se garda bien de se donner un tel maître. Lorsqu’elle se fut déclarée ouvertement protestante, le roi lui adressa d’abord des remontrances, puis commença une sourde guerre de menées ténébreuses et d’intrigues qui
<. Mignel, Histoire de. Marie Stuart.
précéda de 25 ans la rupture ouverte. Dès 1563, l’ambassadeur espagnol distribuai! 60 000 écus aux prêtres catholiques persécutés par Ébsabeth, et la reine le faisait arrêter dans son palais, conune fauteur de complots, tandis que son ministre Gecil déclarait en plein parlement que Philippe II allait ordonner une descente. Il faisait en effet de grands préparatifs dans les ports des Pays-Bas. En 1564, les courses de corsaires commencèrent entre les deux nations, et Élisabeth ayant fait saisir (1567) cinq vaisseaux qui portaient la solde de l’armée de Flandre, le duc d’Albe, par représailles, s’empara des biens des Anglais en Flandre.
Philippe comptait sur une diversion puissante au cœur même de la Grande-Bretagne; il offrait à la reine d’Ecosse de l’or, des vaisseaux, des soldats et ses conseils.
Nièce des Guises, élevée à la cour brillante du roi de France, ' Henri II, la catholique Marie Stuart, après la mort de son jeune époux, François II, se trouva jetée, à 18 ans, au milieu d’un pays sauvage et fanatique. L’Écosse, dont elle devenait la reine nominale, obéissait bien plutôt au farouche John Euox. Ce réformateur avait eu pour maître Calvin, qu’il surpassait peut-être en énergie. Arrêté, après l’assassinat du primat Beaton (1546), il avait passé plusieurs aimées, enchaîné sur les galères de France, était revenu en Écosse eu 1555, et, par son éloquence, la pureté de ses mœurs, son ardeur infatigable, son exaltation habilement tempérée par la prudence, il avait réussi à introduire les doctrines calvinistes dans sa patrie. Dès l’année 1557, les seigneurs protestants s’étaient unis par un covenant (ligue) public, et,^ grâce aux secours d’Élisabeth, avaient obtenu, par le traité d’Édimbourg, le renvoi des troupes françaises, ce qui les rendit maîtres du gouvernement (1560). La mort de la régente, Marie de Lorraine, en cette même année, précipita la ruine du catholicisme en Écosse. La confession de Knox fut solennellement adoptée par le parlement (7 août 1560). Les ministres de la nouvelle Église dressèrent le Livre de discipline^ destiné à régler parmi eux le gouvernement chrétien. Ils désapprouvaient la hiérarchie anglicane presque autant que la hiérarchie romaine. La souveraineté religieuse appartint donc au peuple qui, reconnu