CHAPITRE XV
comme la source de l’autorité ecclésiastique, élut seul les ministres. Le royaume fut divisé en 10 diocèses, à la tête desquels durent être placés 10 ministres investis du titre de surintendants. Une école fut fondée dans chaque paroisse, « afin de pourvoir à l’éducation vertueuse et pieuse de la jeunesse. » Et l’Écosse se trouva être alors une sorte de république protestante, dirigée par des seigneurs et des ministres, sous le protectorat de l’Angleterre . *
Tout cela s’accomplit avant que la jeune et brillante veuve de François II fût revenue de France. Marie ne quitta ce pays qu’à regret. « La galère étant sortie du port (de Calais), et s'étant élevé un petit vent frais, on commença à faire voile. Elle, les deux bras sur la poupe de la galère du côté du timon, se mit à fondre à grosses larmes, jetant toujours ses beaux yeux sur le port et lieu d’où elle était partie, prononçant toujours ces tristes paroles : « Adieu, France!... » jusqu’à ce qu’il commença à faire nuit.... Elle voulut se coucher sans avoir mangé et ne voulut descendre dans la chambre de poupe, et lui dressa-t-on là son lit. Elle commanda au timonier, sitôt qu’il serait jour, s’il voyait et découvrait encore le terrain de la France, qu’il l’éveillât et ne craignît de l’appeler : à quoi la fortune la favorisa ; car, le vent s’étant cessé et ayant eu recours aux rames, on ne fit guère de chemin cette nuit; si bien que, le jour paraissant, parut encore le terrain de France, et n’ayant failli le timonier au commandement qu’elle lui avait fait, elle se leva sur son lit et se mit à contempler la France encore et tant qu’elle put.... adonc redoubla encore ces mots : « Adieu, France! Adieu, France! je pense « ne vous voir jamais plus*. » Elle arriva à Édimbourg le 21 août 1561, ayant échappé avec peine aux croisières anglaises *.
Cependant, à force d’adresse et de douceur, elle gagna les sympathies des grands et l’affection du peuple, et les premières années de son règne s’écoulèrent sans de grandes difficul-
A. BranlAme.
2. Marie Sluarl, qui descendait d’une fille de Henri VH, s’était dite légitime héritière de la couronne d’Angleterre après la mort de Marie Tudor et en arait pris le nom et les armes, avec son époux François H.
tés, parce qu’elle s’appuya sur son frère naturel, lord James Stuart, qu’elle créa comte de Murray. Mais il fallait assurer la succession au trône : l’Écosse, qui avait tant de fois souffert de la minorité de ses souverains, désirait que la reine contractât im second mariage. Marie, recherchée par une foule de princes, ne voulut faire aucun choix sans consulter Élisabeth, dont elle se trouvait l’héritière; car la reine d’Angleterre avait déjà annoncé l’intention de ne jamais prendre d’époux, craignant de se donner un maître. Élisabeth, jalouse de Marie Stuart, que l’Europe proclamait la plus gracieuse et la plus belle des femmes de ce siècle, montra tant de mauvais vouloir, que Marie finit par se passer de son aveu. Elle épousa son cousin Henri Damley (1565).
Ce fatal mariage fut l’origine de ses fautes et de ses malheurs. D’abord ilia brouilla avec l’ambitieux Murray; ensuite, sous les dehors les plus séduisants, Darnley cachait une âme basse et des goûts crapuleux. H aimait à boire, passait une partie de son temps à la chasse, et se montrait hautain, dur, exigeant. Marie, élevée dans une cour pleine d’esprit et d’élégance, le prit bientôt en dégoût. On sait les tragiques événements qui suivirent. Un musicien piémontais, Rizzio, le favori de la reine, est tué à coups d’épée sous ses yeux. Elle force les meurtriers à s’exiler, et laisse, par représailles, le comte de Bothwel assassiner Darnley. On étrangla le malheureux pendant qu’il dormait, et on fit sauter la maison (1567).
Trois mois après, Marie Stuart épousa l’assassin. Mais toute l’Écosse protestante se souleva. Bolhwel dut s’enfuir, se faire pirate, fut pris et enfermé à Malmoé sur le Sund, où il mourut en 1576. Marie, traînée à Édimbourg, au milieu des cris et des outrages de la populace, fut conduite au château de Lochleven. On la contraignit à abdiquer en faveur de^ Jacques VI, son fils unique, et à reconnaître pour régent d’Écosse lord Murray, son frère naturel. Elle s’échappa, grâce au dévouement d’un Douglas, et se mit à la tête de l’armée qu’avaient réunie les Seaton et les Hamilton. Mais ces troupes, levées à la hâte, furent mises en déroute près de Langside. Au lieu de se réfugier en France, Marie s’alla remettre, malgré