CHAPITRE XV
les supplications de tous ses amis, entre les mains d’Élisabeth (1568).
Elle croyait trouver en Angleterre un asile : elle y trouva une prison. Pour se donner le droit de traiter Marie en criminelle, Élisabeth la 6t traduire devant un tribunal composé de seigneurs anglais, où comparurent Murray et les principaux de ses adhérents. Aprèscinq mois d’enquête,la reined’ Angleterre déclara aux deux parties que, d’un côté, elle n’avait rien découvert qui pût lui faire douter de l’honneur du comte de Murray ; de l’autre, qu’il n’avait prouvé aucun des crimes dont il accusait sa souveraine. En conséquence, Murray repartit pour l’Écosse, chargé d’une somme considérable que lui prêtait Élisabeth, et Marie fut retenue dans une captivité perpétuelle. On ne pouvait insulter plus ouvertement ù la justice.
Mais aussi les jours alcyoniens furent dès ce moment finLs pour Élisabeth, et l’expiation de l’injustice commença. Marie Stuart, prisonnière, fut plus dangereuse qu’elle ne l’avait jamais été sur le trône, car elle devint le drapeau du catholicisme; et, par sa beauté, par ses infortunes, elle fut cause d’une longue suite de complots intérieurs et de menaces étrangères. Philippe II pensionna les Anglais réfugiés près de lui et ouvrit à leurs prêtres catholiques des séminaires en Flandre, pour tenir la côte anglaise sous la menace perpétuelle d’une invasion plus redoutable que celle d’une armée de soldats. En 1569, le pape Pie V excommimia la reine d’Angleterre et délia tous ses sujets de leur serment d’allégeance. La même année, conspiration du duc de Norfolk, prise d’armes des comtes de Northumberland et de Westmoreland. Le mouvement fut surtout catholique. Les insurgés avaient peint Jésus-Christ crucifié, avec les cinq plaies sanglantes, sur une bannière. Ils formèrent une petite armée de 1000 cavaliers assez bien équipés et de 5 à 6000 hommes de pied. Mais les deux comtes n’osèrent s’enfoncer dans le sud : Élisabeth prit les mesures les plus habiles, et les révoltés se dispersèrent sans combat. En 1570, nouvelle révolte qui fut également comprimée. En 1572, Norfolk recommença ses menées. Marie Stuart lui promettait sa main. Le complot fut découvert, Norfolk arrêté, condamné à mort et exécuté.
Cependant la lutte entre le catholicisme et la réforme prenait un caractère d’atroce acharnement. En France, c’était la Saint-Barthélemy ; en Espagne, les auto-da-fé ; aux Pays- Bas, les exécutions du sanguinaire duc d’Albe. Menacée par Philippe II, Élisabeth envoya aux huguenots de France, aux Flamands révoltés et aux Maures des Alpujarras, de l’argent, des armes, des soldats. Ses corsaires faisaient une guerre de course bien plus favorable aux Anglais qu’aux Espagnols, les premiers n’ayant ni grand commerce, ni colonies, ni points vulnérables. En cinq ans, leurs prises montèrent à une valeur de 25 millions. En 1577, le célèbre Drake rançonna toutes les villes situées sur la côte du Chili et du Pérou, captura un nombre considérable de navires, et, après avoir fait le tour du monde, revint, au bout de trois ans, avec xm butin de 800 000 livres sterling (1580). Cavendish, en 1585, dévasta une seconde fois les colonies espagnoles des Indes occidentales. La même année, jilisabeth signait un traité d’alliance avec les Flamands et leur envoyait une armée de 6000 hommes, avec son favori, le comte de Leicester.
Philippe II faisait une autre guerre. Avant d’attaquer ouvertement la reine, il chercha à la renverser au moyen des catholiques anglais, que la reine tenait dans la plus cruelle oppression. Quiconque célébrait la messe ou seulement l’entendait, était condanmé à un an d’emprisonnement et à une amende de 100 marcs. Ce n’étaient que visites domiciliaires, incarcérations préventives, exécutions. Pour de mauvais propos tenus contre la reine, on était envoyé la première fois au pilori, la seconde fois on perdait les oreilles, la troisième fois la tête. Rien d’étonnant à ce que les catholiques voulussent secouer un joug odieux. De nombreux complots se tramèrent : un prêtre et un jésuite anglais, William Allen et Parsons, en étaient l’âme : près de. 200 personnes appartenant à tous les rangs de la société montèrent sur l’échafaud. Les protestants voyaient dans tout catholique un conspirateur, et il se forma une association dont les adhérents s’engageaient à poursuivre jusqu’à la mort, non-seulement les personnes qui attenteraient à la vie de* la reine, mais encore celles en faveur desquelles on ferait de pareilles tentatives. Cette dernière
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