‹ Histoire des temps modernesChapitre 130 sur 311 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

clause était dirigée contre Marie Stuart (1 584). Un nouveau complot mit directement en cause la reine d’Êcosse. Antony Babington, jeune catholique anglais d’un caractère enthousiaste, avait résolu d’assassiner Élisabeth et de délivrer Marie. Il fut exécuté avec deux de ses complices. On les éventra vivants (1586).

Cette fois, Marie fut traduite devant une commission anglaise choisie parmi ses plus ardents persécuteurs. Elle refusa d’abord de reconnaître la juridiction à laquelle on prétendait la soumettre. Quand on lui lut la lettre par laquelle Élisabeth lui annonçait sa mise en jugement, elle répondit avec indignation : « Gomment ! votre maîtresse croit-elle donc que je dégraderai mon rang, mon État, la race de qui je descends: le fils qui me succédera, les rois et les princes étrangers, dont les droits sont lésés dans ma personne ? Jamais. > Elle consentit pourtant à comparaître devant ses juges. Sa défense fut habile, souvent éloquente, toujours digne. Iptroduite au mépris du droit, la procédure se continua au mépris des formes. Marie ne fut pas confrontée avec les témoins : on refusa de produire les originaux de ses lettres. Elle n’en fut pas moins condamnée à mort par tous les commissaires (25 octobre 1586). Le parlement sanctionna la sentence. Élisabeth hésita quatre mois à faire exécuter l’injuste arrêt, non qu’elle eût aucun sentiment de pitié, mais par crainte pour sa réputation. Elle essaya de faire empoisonner Marie. Le goôlier ayant été incorruptible, elle livra au bourreau la pauvre reine réfugiée. Marie Stuart montra sur l’échafaud le courage le plus héroïque. Œ Porte ces nouvelles, dit-elle à son fidèle serviteur André Melvil, que je meurs ferme en ma religion, vraie Écossaise, vraie Française. » Elle donna sa bénédiction à tous ses serviteurs, qui fondaient en larmes. Le bourreau même lui demanda pardon à genoux.(18 février 1587). ’

Cette odieuse exécution mit fin aux complots des catholiques contre Élisabeth. Jacques VI lui- même se rapprocha de celle qui avait tué sa mère, mais qui pouvait lui léguer ou lui retirer une couronne.

Philippe II s’occupa seul de venger Marie Stuart ; il voulait bien plutôt abattre cette Angleterre protestante, le prin-

cipal boulevard de Thérésie. Le 3 juin 1588, sortit de l’embouchure du Tage le plus formidable armement qu’eût jamais vu la chrétienté: 135 gros vaisseaux, 8000 matelots,

19 000 soldats, la fleur de la noblesse espagnole, et Lope de Véga sur la flotte pour chanter la victoire. Les Espagnols, ivres de ce spectacle, décorèrent cette flotte du nom d'invincible Armada. Elle devait rejoindre aux Pays-Bas le prince de Parme, et protéger le passage de 33000 vieux soldats; la forêt de Vaës, en Flandre, s’était changée en bâtiments de transport.

L’alarme était extrême en Angleterre : çn montrait aux portes des églises les instruments de torture que les inquisiteurs apportaient sur la flotte espagnole. La haine de l’étranger fît même oublier les haines religieuses : les catholiques accoururent en foule, dans chaque comté, sous l’étendard du lord lieutenant. Un d’eux, le lord Montague, vint offrir à la reine un régiment de cavalerie commandé par lui-même, par son fils et par son petit-fîls. La reine parut à cheval devant les milices assemblées à Tilbury, et promit de mourir pour son peuple.

Mais la force de l’Angleterre était dans sa marine. La cité de Londres équipa seule 38 vaisseaux, et la flotte entière s’éleva à 191 navires portant 15 272 hommes. Sous l’amiral Howard servaient les plus grands hommes de mer du siècle, Drake, Haw'kins, Forbiser. Les petits vaisseaux anglais harcelèrent la flotte espagnole quand elle parut, le 31 juillet, en vue des côtes d’Angleterre. L’Armada s’éleva au nord jusqu’à Calais pour 'prendre à bord les troupes de Flandre bloquées ~ par les Hollandais; mais maltraitée par les éléments, assaillie sans relâche par les Anglais et leurs brûlots, la flotte espagnole ne put embarquer les troupes; et les restes de cet armement formidable, poursuivis par la tempête sur les rivages de l’Écosse et de l’Irlande, qu’ils tournèrent pour éviter de rencontrer l’ennemi dans la Manche, vinrent cacher dans les ■* ports de l’Espagne la honte et l’impuissance de Philippe II. L’expédition avait coûté 120 millions de ducats; 46 navires avaient seuls échappé au désastre, et 14 000 soldats -avaient péri. Ainsi," un dessein auquel Philippe II avait travaillé cinq ans et réfléchi dix-huit échoua en quelques jours.

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