CHAPITRE XV
Le reste de la vie d'Élisabeth ne fut au dehors qu’une suite non interrompue de succès. Elle rendit inutiles, les efforts de Philippe II pour soulever les catholiques d’Irlande. Une flotte anglaise pénétra même impunément dans le Tage, et une autre saccagea Cadix (1596). Le roi d’Espagne épuisa ses arsenaux et ses trésors pour équiper une nouvelle Armada : la tempête la détruisit encore; cette dernière tentative acheva la destruction de la marine espagnole. Celle du Portugal était tombée en même temps et du même coup. Quand on avait appris à Philippe II le désastre de la grande Armada et cette fin douloureuse de ses plus chères espérances, il était resté impassible et menaçant. « Une branche a été coupée, dit-il, mais l’arbre est encore florissant. » Non, l’arbre était épuisé de sève et desséché. La guerre avec l’Angleterre avait ruiné la marine et le commerce de l’Espagne, comme l’intervention en France l’épuisa d’or et abattit sa renommée militaire.
Mjcm guerres de religion en Vranee (ISdt-fl&OS).
La lutte entre les deux religions commença en France par un complot. Les réformés qui venaient d’être persécutés par Henri II, et qui, sous François II, l’époux de Marie Stuart, étaient encore menacés parles Guises, s’unirentaux mécontents de toute sorte que la faveur des princes lorrains avaitsuscités et se crurent, assez forts pour s’emparer du gouvernement. Tel est le sens de la conspiration d’Amboise , dont le chef réel fut le prince de Condé, et le chef apparent un gentilhomme nommé de La Renaudie (1560). Mais le gouvernement était alors dans des mains viriles. Les Guises, avertis à temps, se mirent sur leurs gardes, et les conjurés se trouvèrent comme pris au piège. Les Guises déshonorèrent leur victoire par d'atroces vengeances : ils songeaient même à faire tomber la tête d’un prince du sang, Louis de Bourbon, lorsque François II mourut à 17 ans. Catherine de Médicis, deve.nue régente de son fils, Charles IX (1560), se sépara pour quelque temps de cette politique impitoyable et écouta les avis de Michel de L’Hôpital, qu’elle avait nommé chevalier. Ce grand
magistrat voulait imposer aux partis la tolérance. C'était « une de ces belles âmes frappées à l’antique marque, un autre Caton le Censeur; il en avait du tout l’apparence, avec sa grande barbe blanche, son visage pâle, sa façon grave. » Lorsque, après la défaite des conjurés d’Amboise, les Guises, • exaltés par le succès et pensant qu’il fallait en finir, demandèrent rétablissement de l’inquisition espagnole , L’Hôpital avait répondu ; « Qu’est-il besoin de tant de bûchers et de tortures? Garnis de vertus et munis de bonnes mœurs, résistez à l’hérésie. » Il disait encore : « Otons ces mots diaboliques, noms de partis et de sédition, luthériens , huguenots, papistes ; ne changeons pas le nom de chrétiens ! » Du vivant du dernier roi, il avait déjà fait rendre l’édit de Romorantin qui, en attribuant aux évêques la connaissance du crime d’hérésie , empêchait du moins l’introduction en France de l’inquisition. Par l’édit de juillet 1561, tout en déclarant les prêches illicites, il accorda une amnistie générale, et suspendit l’exécution des sentences pour fait de religion ; par celui de janvier 1562, il fit un pas de plus. Se croyant assez fort pour mettre en pratique ses idées de tolérance , il autorisa le culte calviniste dans les campagnes et dans les villes non fermées de murs, mais en défendant aux protestants de tenir des assemblées et de réunir des soldats.
Les passions étaient trop ardentes pour écouter le langage .d'un honnête homme et d’un vrai chrétien. Les concessions faites aux protestants ne firent qu’irriter les catholiques exaltés et rendre les Guises populaires. Catherine espéra qu’une conférence entre les théologiens des deux croyances ramène- < rait l’accorcL Le colloque de Poissy, troublé par de mutuelles invectives, rendit la scission plus irrémédiable (1561). Le duc de Guise s’allia étroitement avec Montmorency et Saint- André. Les protestants crièrent au triumvirat et se préparèrent à oc défendre la cause à coups d’arquebuse , » comme le conseillait Théodore de Bèze.
Le massacre de Vassy fut le signal des hostilités, qui, sept fois suspendues, en trentw-deux ans, par des traités précaires et mal observés, sept fois recommencèrent.
Le mars 1562 , le duc de Guise passait par Vassy en