CHAPITRE XV
paix à Gondé ; il la signa à Amboise en retour d’un édit qui autorisait le,culte des protestants dans les maisons des nobles, dans l’étendue des domaines des seigneurs justiciers et dans une ville par baillage (12 mars 1563).
Pour montrer leur bonne union, catholiques et protestants firent en commun une expédition contre le Havre, que les Anglais voulaient garder et qui leur eût valu mieux que Calais. .
L’édit d’Amboise s’exécuta d’abord avec loyauté de la part du gouvernement. Mais les haines politiques et religieuses étaient trop fortes pour s’apaiser au gré de la cour : au lieu de la guerre civile, on eut des assassinats. Pour amollir les gentilshommes, Catherine multiplia autour d’elle les fêtes et les plaisirs : les mœurs en devinrent plus mauvaises et la paix n’en fut pas meilleûre. La reine trouvait d’ailleurs les Bourbons trop puissants. Gomme naguère, en face du grand Guise, elle avait incliné vers les réformés : en face de Condé, elle pencha vers les catholiques. Elle restreignit peu à peu les garanties accordées aux protestants. Les crimes commis contre eux ne furent point recherchés. Dès que le roi se trouva majeur, sa mère le conduisit à travers les provinces du midi pour le montrer aux populations, changeant les gouverneurs suspects de calvinisme, faisant détruire les fortifications des villes protestantes. Enfin elle eut à Bayonne avec le duc d’Albe de longues conférences. Cette entrevue avec un tel homme devait exciter les inquiétudes des huguenots. On répandit que le général de Philippe II avait conseillé à la reine le massacre des chefs hérétiques, disant que « la tête d’un saumon valait mieux que celle de 10 000 grenouilles. »
Les deux partis cherchaient à se surprendre : les protestants amassaient de l’argent et préparaient leurs armes ; Catherine réorganisait l’armée royale et levait en Suisse 6000 hommes. Condé tenta un coup hardi; il essaya de surprendre la cour à Monceaux. Catherine n’eut que le temps de se sauver à Meaux, d’où la cour gagna Paris sous la protection de l’infanterie suisse. Condé, avec 4000 hommes, osa bloquer la capitale. Les habitants forcèrent le vieux Montmo-*rency à sortir pour livrer bataille. L’action s’engagea près de
Saint-Denis; mais le connétable prit de mauvaises dispositions et fut tué. Il n'y eut d’ailleurs ni vaincus ni vainqueurs. Si le champ de bataille resta aux calboliques, les huguenots y vinrent le lendemain offrir un nouveau combat que l’armée royale n’accepta pas (1567).
Condé reçut, quelque temps après, 9000 lansquenets ou reîtres allemands. Dès le premier jour, ces étrangers réclamèrent leur solde. Toute l’armée huguenote, chefs et soldats, se cotisa pour la fournir. On se dirigea alors sur Chartres afin d’intercepter les arrivages de la Beauce à Paris. La reine mère, qui n’avait pas voulu, par jalousie de pouvoir, donner de- successeur au connétable, n’avait point d’homme de guerre à opposer aux réformés. L’Hôpital reprit l’avantage et parla de paix ; on la fit à Longjumeau le 23 mars, à condition que les protestants restitueraient les places qu’ils occupaient, mais que l’édit d’Amboise serait rétabli sans restriction.
C’était, comme on le dit de la suivante, une paix boiteuse et mal assise. Catherine de Médicis ne l’avait signée que pour faire une autre guerre. Elle se proposait d'enlever le même jour Condé et Coligny en Bourgogne, et la veuve d’Antoine de Bourbon, Jeanne d’Albret en Béarn, pour leur faire subir le sort des comtes de Horn et d’Egmont. Ils échappèrent tous trois. Condé et Coligny, après une course de cent lieues, arrivèrent à la Rochelle, où Jeanne d’Albret les rejoignit avec son fils, Henri de Béarn.
Catherine avait donc manqué son coup, mais elle se croyait prête pour la guerre. Elle la déclara, en lançant un édit qui défendait sous peine de mort l’exercice de la religion prétendue réformée et ordonnait aux ministres protestants de sortir du royaume sous quinze jours. Tous les membres du parlement et des universités furent astreints à prêter serment de catholicisme. Pour soutenir de pareils édits, il eût fallu de grandes forces ; la cour n’avait qu’une armée de 1 8 000 fantassins et de 4000 chevaux. Elle fut placée sous le commandement du jeune duc d’Anjou, que Catherine voulait mettre en avant, afin de pouvoir, au besoin, l’opposer à son frère Charles IX; Tavannes et Biron devaient le diriger.
CHAPITIÆ XV.
Une première campagne durant l’hiver fut sans résultat; au printemps suivant, le maréchal de Ta vannes voulut isoler dans le midi l’armée protestante des secours allemands qu’elle attendait du nord et la battre avant leur arrivée. On manœuvra quelque temps sur la Charente ; enfin Tavannes surprit l’arrière-garde des protestants près de Jarnac (13 mars 1569). Condé y fut pris et assassiné après l’action. C’était une grande perte que celle de ce prince énergique et brave, depuis neuf ans la tête et le bras* du parti. Les protestants se décourageaient; une femme les releva. Jeanne d’Âlbret amena au milieu de l’armée découragée son fils, Henri de Béarn et le jeune prince de Condé. « Mes amis, dit-elle, voilà deux nouveaux chefs que Dieu vous donne et deux orphelins que je vous confie. » Le prince de Béarn, né à Pau, sévèrement élevé comme un gentilhomme campagnard, n’avait alors que 15 ans. Simple, brave et spirituel, sachant trouver de ces mots qui enlèvent, il plut à tous ; on le nomma généralissime, avec Coligny pour conseiller et pour lieutenant.
Coligny avait beaucoup des qualités nécessaires à un chef de parti dans une telle guerre. Protestant convaincu et austère, il était aimé, respecté des ministres comme des soldats; ce n’était peut-être pas im très-grand général ni un politique bien profond, mais il ne se laissait jamais abattre, ce qui est une grande force; il voyait juste, ce qui en est une autre; il savait faire ressource de tout ; et s’il n’y avait pas à espérer avec lui de décisive victoire, il n’y avait pas non plus à craindre d’irrémédiable défaite.
Jarnac n’avait été qu’un combat d’arrière-garde, et les protestants n’y avaient perdu que 400 hommes. Coligny restait donc assez fort pour défendre Cognac et Angoulême. Rejoint par 13 000 Allemands, il prit même l’offensive et fit essuyer un échec à l’armée catholique près de la Roche- Abeille. Mais Tavannes répara le mal. Des Allemands catholiques, des Espagnols, envoyés par le duc d’Albe, des Italiens, envoyés par le pape Pie V, augmentèrent les forces du duc d’Anjou. Acculé déjà à la Loire, le duc retourna sur ses pas, dégagea, par une diversion, Poitiers, que Çoligny assiégeait depuis six semaines, et parvint à prendre l’armée protestante entre la
Dive et le Thoué, près de Moncontour. La position était détestable ; 6000 soldats huguenots restèrent sur le champ de bataille (3 octobre).
La victoire de Moncontour fut cependant inutile, comme celle de Jamac. Charles IX, jaloux des lauriers que l’on cueillait pour son frère, vint à l’armée, et, au lieu de poursuivre les protestants jusqu’aux Pyrénées, perdit son temps à assiéger Niort et Saint-Jean d’Angély. Goligny traversa le midi dans toute sa largeur, refaisant au fur et à mesure son armée ; et il apparut tout à coup en Bourgogne, à la tête de toute la noblesse protestante du Dauphiné et de la Provence. Une armée catholique de 1 2 000 hommes voulut l’arrêter à Arnay-le-Duc ; ü la battit et arriva sur le Loing, à peu de distance de Paris.
L’événement le montrait bien : on ne pouvait venir à bout, par la guerre, de ce parti toujours vaincu, jamais détruit; il fallait autre chose. Pour désarmer les protestants, Catherine de Médicis leur fit accorder la paix ’de Saint- Germain avec des conditions très-favorables : le libre exercice du culte dans deux villes par province et dans toutes celles où il était établi; l’admission des calvinistes à tous les emplois, et quatre villes de sûreté, la Rochelle, Cognac, Montauban, la Charité, où les réformés pourraient tenir garnison (8 août 1570). « Paix mauvaise et manquée, véritable coupegorge. »
A la nouvelle de ce traité, il n’y eut qu’un cri d’indignation parmi les catholiques étrangers et français. Catherine de Médicis ne s’en émut point, et suivit sa politique toute nouvelle. Le mariage du jeune prince de Béarn avec Marguerite, sœur de Charles IX, pouvait cimenter à jamais la paix; elle le mit en avant. Il était de l’intérêt de la France d’employer au dehors l’esprit belliqueux et mutin de la noblesse protestante; elle accepta les propositions que lui faisait Goligny, de conduire ses coreligionnaires dans les Pays-Bas, où le duc d’ Albe venait de faire périr, dans les supplices, 18 000 personnes. Une pareille entreprise plaisait aux huguenots, et semblait un retour à la vieille politique étrangère, oubliée depuis la mort de Henri II. Goligny voyait, dans une guerre avec l’Espagne,