CHAPITRE XV
Tin moyen de maintenir glorieusement et sûrement la paix en France.
Charles IX avait alors 21 ans. Esprit assez heureux, mais caractère à la fois faible et violent, gâté par le pouvoir absolu, entouré de favoris italiens qui lui pervertissaient^ le cœur, il joua fort bien, et quelque temps k son insu, le rôle que lui réservait sa mère. Il avait trouvé plus d’une fois que les chefs huguenots portaient trop haut la tête, et n’avait pas oublié les conseils homicides que le duc d’Albelui donnait Ôayonne. Mais alors il était impatient du joug de sa mère, envieux des victoires qu’on attribuait à son frère. Mobile et passionné, il entra avec ardeur dans ces nouveaux projets, écrività Goligny, k Jeanne d’Albret, et poussa k la prompte conclusion du mariage de Henri de Béarn avec sa sœur. La reine de Navarre se décida k venir k Paris, puis l’amiral. « Enfin nous vous tenons, mon père, lui dit le jeune roi en l’embrassant, et vous ne nous échapperez pas quand vous voudrez. » Après le chef, nombre de gentilshommes huguenots accoururent pour avoir leur part des fêtes et des bonnes grâces du roi.
Catherine elle-même fut effrayée ; elle avait tropbien réussi. Le roi ne voyait plus que par les yeux de Goligny ; il pressait l’arrivée des dispenses pour le mariage, que le pape voulait refuser ; il faisait lever des troupes pour Goligny et rassemblait une flotte contrela Flandre. Les protestants, encouragés, rédigeaient en synode, k la Rochelle, la confession qui lui sert encore de règle aujourd’hui. Catherine fit des remontrances k son fils, qui les reçut fort mal ; il semblait alors décidé k acquérir c gloire et réputation par la guerre espagnole, > et il répondit k sa mère qu’il n’avait pas de plus grands ennemis qu’elle et son fils le duc d’Anjou. Mais les passions travaillaient pour Catherine. Le duc d’Anjou, les Guises, Tavannes, tous les seigneurs catholiques qui avaient combattu la réforme, voyaient avec colère l’influence passer k leurs ennemis. Philippe II, menacé d’une guerre aux Pays-Bas qu’il n’était point en état de soutenir, fit parler la religion et la peur. Il remontra k Charles IX les dangers auxquels l’hérésie exposait les rois, proposa une alliance offensive et défensive contre cet ennemi commun des couronnes. Toub les moyens étant bons.
il répandit de l’argent dans le peuple pour exciter des trou*blés. Quand la cour vint à Paris, avec son cortège de gentilshommes huguenots et de ministres protestants, c le sang mua » aux Parisiens restés tous catholiques. Un premier événement jeta le trouble dans les esprits. Jeanne d’Albret mourut subitement le 9 juin. On crut à un empoisonnement. Quand le mariage fut célébré, le 1 8 août, à la porte de Notre-Dame, on eut grand’peine à empêcher une émeute; les chaires retentissaient dans toutes les églises de malédictions contre les huguenots, et ceux-ci ne se faisaient point faute de bravades dans les rues.
Catherine arrêta alors le plan le plus machiavélique : c’était de faire assassiner Goligny par les Guises ; les huguenots vengeraient leur chef sur ceux-ci ; puis les troupes royales surviendraient pour tomber sur les uns et sur les autres comme violateurs de la paix publique. Le 22 août, Goligny reçut, en sortant du Louvre, im coup de feu tiré par Maurevel, assassin de profession aux gages du duc de Guise. A la première nouvelle de l’attentat, Charles IX courut auprès de l’amiral : « La douleur est pour vous, dit-il, l’injure et l’outrage sont pour moi, » et il jura de le venger.
Le lendemain, le roi semblait dans les mêmes sentiments; ' mais la reine vint l’assaillir avec le duc d’Anjou, le duc d’Angoulême, Tavannes, le chancelier Birague, le maréchal de Retz, le duc de Nevers, les trois derniers, Italiens ; elle représenta que les deux partis étaient prêts à en venir aux mains ; que chacun d’eux élirait un chef, et qu’il ne resterait plus au roi que son titre, si encore il lui restait. « La guerre est inévitable, dit Tavannes, il vaut mifeux la gagner à Paris que la mettre en doute en rase campagne. » On hésitait encore sur le nombre des victimes. « Il faut tout tuer, dit un des conseillers italiens, le péché étant aussi grand pour peu que pour beaucoup. » Charles, jusqu’alors immobile et sombre, s’écria tout à coup que, puisqu’on trouvait bon de tuer l’amiral, il voulait qu’on tuât tous les huguenots de France, « afin qu’il n’en restât plus un pour le lui reprocher après. »
Le duc de Guise se chargea de l’exécution. On en connaît les horribles détails. On sait aussi que Charles reçut les
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