CHAPITRE XV
brayantes et enthousiastes félicitations des cours de Rome et d’Espagne pour la « si sage et si sainte résolution » qu’il avait prise, et pour se réjouir avec lui d’un si glorieux succès. » — « Soyez bien persuadé, lui écrivait Philippe II, qu’en faisant les affaires de Dieu, vous ferez encore mieux les vôtres. » Voilà le mot odieux de cette politique atroce. Et, en cas de guerre, il promettait tout, hommes et argent; il ajoutait: « Je voudrais pouvoir venir en personne combattre près de vous. A mon défaut, le duc d’Albe agira avec tout le zèle nécessaire.» Et il le suppliait, « avec toute l’ardeur de sa tendresse, de continuer et de parfaire ce qu’il avait si bien commencé. » Un trait abominable de ces boucheries, c’est que la haine personnelle, la rivalité de profession, même l’avidité au gain en furent aussi les mobiles. Le philosophe Hamus fut tué par un rival; à Angers, le duc d’Anjou fit mettre soigneusement sous les scellés la succession des morts , même des vivants, et la Saint-Barthélemy ne fut pas pour lui seul un moyen d’apurer ses comptes et de remplir la caisse *.
Ce grand crime fut inutile, comme les crimes le sont toujours. Les protestants avaient perdu leurs chefs; le premier moment de stupeur passé, ils reprirent les armes dans plusieurs villes avec une rage désespérée. L’armée royale s’en aperçut aux sièges de Sancerre et de la Rochelle. Le duc d’Anjou commandait devant cette dernière place et ne sut pas la prendre. Nîmes, Montauban, cent autres villes où les protestants dominaient avaient fermé leurs portes ; et en même temps la reine voyait se former au sein même des catholiques, un parti nombreux favorable,, sinon aux calvinistes, tout au moins aux idées de tolérance. Charles IX, rassasié de sang, y venait de lui-même, échappant à sa mère, à Rome et à l’Espagne. Il écrivait, le 13 février, au duc d’Anjou, alors devant la Rochelle : « Je vous prie de préférer la douceur et la clémence.... de tenter l’amiable jusqu’à l’extrémité sans en
A . La femme de Philippe 11, en félicitant son frère au sujet de la victoire de Saint-Denys, en < 567, lui recommandait de n’oublier pas la conflscation des biens du prince de Condé, a comme c’est raisonnable. > L’original de la lettre, déchiré en cet endroit , ne nous permet pas de constater ai la reine d'Espagne ne demandait pas pour elle-même une partie de ces biens.
peindre jamais l’espérance.... la force, pour heureuse qu’elle puisse être, me sera toujours dommageable, d’autant que de la ruine de ma ville et sujets il ne me peut revenir que perte. > La paix de la Rochelle accorda aux réformés la hberté de conscience.
Ils sortirent donc victorieux d’une lutte commencée pour leur extermination. Les divisions de leurs adversaires avaient favorisé leurs héroïques efforts.
La Saint-Barthélemy avait désuni les catholiques. Beaucoup d’âmes honnêtes furent révoltées, et l’ambition du duc d’Alençon, frère du roi, exploitant ces nobles sentiments, il se forma un troisième parti que les deux opinions extrêmes s’accordèrent à flétrir du nom de politiques. Mélange de mécontents, d'ambitieux et d’honnêtes gens, ce nouveau parti, faible à l’origine par son petit nombre et l’incohérence de ses éléments, grandit avec le temps, grâce au progrès des idées de tolérance. C’est à lui que Henri IV devra son triomphe.
A Charles IX, mort en 1574, succéda son frère, Henri III, élu quelque temps auparavant roi de Pologne. Ce prince, distingué par son esprit, mais à qui ses vices ont attiré la haine des contemporains et le mépris de la postérité, essaya de mettre en pratique les maximes de Machiavel, son auteur favori, et les leçons d^ Catherine de Médicis en opposant les deux partis l’un à l’autre pour qu’ils se détruisissent mutuellement.
Les politiques s’étaient unis aux protestants , François d’Alençon à Henri de Navarre, qui, retenu captif depuis la Saint-Barthélemy , venait de s’échapper. Après une guerre mal conduite, qui valut pourtant au fils du grand Guise, au Balafré, un triomphe, la victoire de Dormans qu’il gagna sur les Allemands venus au secours des réformés, le roi mit fin, par le traité de Beaulieu, à la cinquième guerre civile, en donnant au prince de Condé le gouvernement de la Picardie. ^
Jacques d’Humières, gouverneur dePéronne, protesta contre cette nomination, et réunit plus de 500 gentilshommes de cette province catholique en une association pour la défense delà foi. Cet exemple fut bientôt imité; en peu de temps, chaque province eut sa hgue. Henri de Guise s’empara habi-